Formation

Réseau des IUP, déjà 20 ans !

Créé le

16.10.2013

-

Mis à jour le

31.10.2013

Créés au début des années 1990, les IUP fêtent leurs 20 ans d’existence. Michel Roux, qui a été jusqu’en 2007 président du réseau des IUP Banque finance, fait le point sur l’évolution de ces cursus et leur capacité à rester en phase avec les besoins du marché. S’il estime que le parcours pédagogique n’a rien à envier aux écoles de commerce, il déplore un soutien trop timoré de la part de leur ministère de tutelle.

Comment les enseignements des IUP restent-ils en adéquation avec les besoins du marché des professionnels ?

En premier lieu, nous travaillons avec le CFPB [1] , un partenaire incontournable, sur lequel nous nous appuyons au travers des CFA, mais aussi des délégations régionales. Chaque IUP a également un conseil de perfectionnement. Ce comité, obligatoire pour les IUP et les Masters, consiste à réunir au moins une fois par an professionnels et universitaires, pour nous conseiller sur les évolutions des métiers de la profession, en soulignant les priorités, quels enseignements renforcer…

Les écoles de commerce et de management ne sont-elles pas plus proches du monde professionnel que les IUP ?

Nous avons un triptyque dans les formations universitaires, et plus spécifiquement dans les IUP, qui s’articule dans la relation avec les entreprises, la formation et la pédagogie, et enfin la recherche. Si nous examinons ces différents points, nous soutenons largement la comparaison avec les écoles de commerce. Certes, sur le premier point, les universités et, dans une moindre mesure, les IUP, n’exploitent pas suffisamment leur réseau d’anciens, contrairement aux écoles de management. En effet, nos associations d’anciens n’ont pas encore l’efficacité de celles des écoles et nous n’avons pas su pour le moment créer cet esprit de corps que l’on retrouve dans les écoles de commerce. Certes, un annuaire des IUP Banque Finance est consultable sur Internet, mais son actualisation est une lourde tâche, tant la mobilité professionnelle et géographique est grande parmi les nouvelles générations. Il faudrait, en interne, une structure dans l’université qui accompagne ce mouvement, qui aide les étudiants à s’organiser et consente des moyens financiers ou opérationnels adaptés.

En termes de pédagogie et d’enseignement, en revanche, nous n’avons rien à envier aux écoles, nos professeurs intervenant d’ailleurs souvent dans les deux types de structures. Sur ce plan, nous travaillons en bonne intelligence : par exemple, la Faculté de sciences économiques et de gestion de l’Université de Paris XIII a monté une licence en commun avec l’ESCP Europe. Une vingtaine d’étudiants à BAC +2 y sont admis ; la moitié des cours se déroule à Paris XIII, l’autre moitié à l’ESCP Europe, comme si ces étudiants étaient issus des classes prépa. À l’issue de cette année, ces derniers soutiennent un mémoire en anglais devant un jury d’universitaires, d’enseignants de l’école et de professionnels et un tiers d’entre eux intégreront l’école en deuxième année.

En outre, les IUP ont un avantage compétitif : toutes nos formations sont adossées à de la recherche. Les écoles ne peuvent pas en dire autant, loin de là, y compris parmi les plus réputées !

Enfin, soulignons tout de même le montant des frais d’inscription dans nos formations, sans commune mesure avec celui des écoles de commerce !

Quel est l’avantage que retirent vos étudiants de cet adossement à la recherche ?

Cela permet de fonder les cours sur les dernières recherches en matière d’analyse de crédit, de gestion des risques, de nouveaux produits. L’enseignement bénéficie des travaux et des publications de nos chercheurs. Par exemple, sur la séparation des activités de banque d’investissement et de banque de détail, de très nombreux articles et ouvrages universitaires ont précédé le texte de loi. Les écoles cherchent aujourd’hui à créer des unités de recherche ou à fusionner avec des universités pour rattraper ce retard.

Pourtant, les IUP sont, selon vous, les « oubliés du ministère »… pourquoi ?

Rappelons que les IUP sont nés au début des années 1990 dans les formations scientifiques sur l’impulsion de Claude Allègre, alors conseiller de Lionel Jospin, ministre de l’Éducation. Claude Allègre a calqué les IUP sur le modèle allemand des écoles dites « d’ingénieur des travaux », en introduisant un diplôme d’ingénieur-maître qui venait s’intercaler, en France, entre celui de technicien à BAC +2, et d’ingénieur des grandes écoles à BAC +5/6. Ce diplôme d’ingénieur-maître a été très mal accueilli par les écoles d’ingénieurs et la Commission des titres d’ingénieur !

Du coup, les formations IUP n’ont pas été reconduites dans les sciences « dures », le choix se faisant désormais entre écoles d’ingénieurs ou masters, mais les formations dans le secteur tertiaire en ont subi les affres, même si les écoles de commerce étaient beaucoup moins sensibles à ces aspects, car il existait déjà une diversité de formations possibles entre les écoles à prépa intégrée et d’autres à BAC + 4 ou +5.

En outre, il n’a jamais été possible d’obtenir l’autorisation de délivrer un master labellisé IUP ; nous pouvons créer des masters Banque finance dans le cadre de la réforme LMD, mais non sous la bannière IUP. Pourtant, nous avons un parcours attractif largement copié par d’autres, comme l’École d’économie de Toulouse, qui, il faut bien le reconnaître, a une aura supérieure à la nôtre ! Le ministère ne soutient pas suffisamment cette formation professionnalisante, et pas uniquement sur le plan financier, mais aussi en termes de reconnaissance et de valorisation.

Comment ont évolué les parcours proposés par les IUP ?

Mon souhait est de maintenir dans les IUP, comme je le pratique aujourd’hui à l’Université de Paris XIII, un parcours en trois ans dont la première année correspond en fait à une dernière année de licence, puisque nous recrutons des élèves à BAC +2, issus d’un DUT, d’un BTS, de classes prépa ou de filières éco/gestion. Les parcours IUP délivrent une culture générale, économique et bancaire. Elle est accessible avec une sélection à l’entrée, sur dossier, test et entretien oral, comme une école de commerce. En deuxième année, le master 1 peut se faire à l’étranger grâce aux partenariats passés avec de nombreuses universités, l’immersion dans le tissu économique étranger étant très formateur y compris pour les langues. Enfin, la troisième année en master 2 devrait idéalement se dérouler en apprentissage pour une meilleure intégration dans le monde professionnel ; voilà le parcours de rêve pour nos étudiants ! À Paris XIII, sur une centaine d’étudiants, une quinzaine suit ce parcours innovant : culture générale ; étranger ; apprentissage.

D’autant que les principales banques françaises se recentrent, notamment pour des questions de coûts, sur un apprentissage qui se déroule en un an au lieu de deux sur les années M1 et M2. Elles nous poussent aussi à installer un stage systématique en fin d’année M1, de manière à pouvoir jauger les étudiants pendant 4 ou 5 mois avant l’entrée en apprentissage. Mais cela présente certaines difficultés, car les étudiants suivent déjà en M2 un stage de 6 mois… or ils doivent tout de même engranger quelques connaissances théoriques !

Nous avons également introduit des cours nouveaux dans le domaine de la conformité sur la suggestion des conseils de perfectionnement.

Autre exemple d’adaptation et d’innovation dans nos parcours : l’IUP que je dirige à Paris XIII a pu proposer à 51 étudiants en M2 apprentissage un voyage de 10 jours à New York (voir Encadré 1). Nous cherchons à exploiter toutes les opportunités pour renforcer les cursus de nos étudiants, mais nous sommes souvent en pleine improvisation, sans savoir de quoi sera faite notre année : il est difficile de programmer. Par exemple, ce voyage aux États-Unis est le résultat d’un concours lancé en octobre par la Région Ile-de-France, dont nous avons eu la réponse en décembre, pour un départ en avril…

Dans quels délais un cursus universitaire peut-il être modifié ?

Nos diplômes sont habilités en général pour quatre ans : en cas de modifications majeures, il nous faut repasser entre les fourches caudines des conseils, avant de l’envoyer pour avis au ministère. Sinon, nous avons droit à 10 % de modifications par rapport à la maquette habilitée : cela veut dire que, sur le total de 500 que compte une formation annuelle, 50 heures de cours peuvent bouger, changement entériné uniquement par le Conseil de la faculté et de la vie universitaire. Cette latitude permet de remplacer certains cours, en fonction de l’actualité ou des centres d’intérêt préconisés par les professionnels.

Pour l’heure, nos maquettes de cours intégrant les dernières propositions d’aménagement sont parties vers le ministère il y a plus d’un an et demi ; nous en attendons le retour pour les laisser tourner pendant au moins un an, avant de reconvoquer un Conseil de perfectionnement.

La crise affecte-t-elle les débouchés de vos formations ?

Les besoins pour les métiers commerciaux de la banque de détail auxquels préparent nos formations restent importants et jusqu’à présent, nous n’avons pas trop souffert de la crise. Nous formons essentiellement des directeurs d’agence et des chargés de clientèle de professionnel. Dans notre future maquette, si elle est habilitée, nous formerons aussi des conseillers patrimoniaux d’agence (CPA), qui ne sont pas des gestionnaires de patrimoine de banque privée, mais des conseillers attachés à un groupe de succursales, et qui gèrent un fonds de commerce de clients pas encore éligibles à la banque privée, mais déjà au-delà du gestionnaire de clientèle privé. Cette orientation est venue du CFA et des discussions avec les professionnels.

Pour les M2 en formation initiale, mais hors apprentissage, la position des banques a un peu évolué. Elles nous disent qu’elles ne prendront en stage que les étudiants dont elles considèrent qu’ils ont un potentiel pour un CDI ; d’où la difficulté de plus en plus grande pour trouver des stages aux étudiants qui n’ont pas encore de projets professionnels trop affirmés. Cela étant, la banque reste le secteur où les chances de convertir un stage en CDI sont les plus fortes : le taux de conversion est de l’ordre de 90 % pour les M2 en apprentissage et de 60 % en formation initiale. À cet égard, l’apprentissage semble la meilleure voie d’intégration.

Concernant les cursus en apprentissage, les banques se montrent-elles aussi de plus en plus sélectives ?

Elles ne font pas de cadeaux ! Pourtant, les IUP ont déjà des critères très précis : des candidats curieux, au profil commercial, volontaristes, dynamiques, qui n’ont pas peur des objectifs…

Aujourd’hui, dans l’IUP banque finance de l’Université de Paris XIII, sur 58 étudiants en M2 en apprentissage, 53 ou 54 devraient décrocher un CDI. Mais ce mouvement risque de se ralentir : certains établissements ont déjà prévenu qu’ils ne pourront pas prendre leurs apprentis à l’issue de leur formation. C’est une interrogation récente, depuis un an ou deux. Côté diplôme, nous resterons proches d’un taux de réussite de 100 %, nettement supérieur à ceux de la formation initiale classique : dans ce domaine, toujours à l’IUP de Paris XIII, sur 40 étudiants en M2 hors apprentissage, 32 ou 35 seulement trouveront un CDI dans les six mois qui suivent la validation du diplôme.

Les métiers de directeur d’agence et de conseiller de clientèle de professionnels restent-ils moins recherchés par rapport à d’autres fonctions plus rémunératrices et avec de meilleurs débouchés, comme les conseillers de patrimoine ?

Cette année, dans l’IUP que je dirige, sur les 58 étudiants en M2 en apprentissage, 10 ou 12 seront directeurs d’agence, ce qui est une proportion non négligeable… Mais ce résultat s’entend sur une promotion qui a été recrutée sur deux ans. Comment cela va-t-il se passer pour ceux qui ne sont recrutés que sur un an d’apprentissage, même si la prise de poste se fait sur une agence de taille limitée, avec un effectif limité à 4 ou 5 personnes, rattachée à une succursale ? Ils devront malgré cela gérer à la fois du management, de l’animation, du suivi d’objectif, de la formation, du recrutement… Ces métiers ne sont, à mon sens, pas suffisamment défendus par la profession. Et les responsabilités qui leur sont attribuées sont peut-être trop importantes !

Les étudiants recrutés comme conseillers de clientèle de professionnels ne s’en sortent pas si mal : le poste débouche sur plus d’une trentaine de perspectives de carrières différentes (chef de produit, contrôle de gestion…), ce qui est un atout dans la conjoncture maussade actuelle. C’est une voie royale pour découvrir le métier de la banque de détail, qui permet de gérer un patrimoine privé et un patrimoine professionnel. Mais là aussi, les banques ne l’expliquent peut-être pas assez ! À cet égard, les 5 ou 6 conférences que j’organise chaque année, dans lesquelles interviennent les grands réseaux bancaires pour présenter ce métier, sont très appréciées des étudiants en formation initiale, les apprentis étant, quant à eux, déjà intégrés dans le monde professionnel.



 

1 Centre de formation de la profession bancaire.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765bis
Notes :
1 Centre de formation de la profession bancaire.