Afrique

« La réponse aux enjeux démographiques passe par la croissance économique »

Créé le

16.11.2018

-

Mis à jour le

27.11.2018

Quelles sont les principales tendances démographiques en Afrique ?

Un certain nombre d’économies africaines doivent faire face à un accroissement rapide de leur population. Le Nigeria en est l’exemple le plus patent, avec une population de plus de 200 millions d’individus et qui pourrait devenir le troisième pays le plus peuplé dans le monde en 2050, derrière la Chine et l’Inde. Le principal challenge dans ces économies est que la croissance de la population est supérieure à celle de l’économie. Sur les trois dernières années, la croissance économique du Nigeria a ralenti, sous l’effet de la baisse du prix du pétrole depuis 2014 : elle s’est contractée de 1,6 % en 2016, et n’a atteint que 0,8 % en 2017.  Une des principales conséquences porte sur les emplois : de nombreux pays dans cette région affichent des taux de chômage très élevés, et la capacité de ces pays à donner un travail notamment aux jeunes sera déterminante pour assurer leur équilibre économique.

Comment les gouvernements gèrent-ils cette situation ?

Face à ces challenges, on constate certains changements. Tout d’abord, la croissance économique en Afrique devrait reprendre en 2018 et se traduire par des effets positifs sur les créations d’emploi. Compte tenu des enjeux démographiques, les gouvernements de ces pays doivent par ailleurs concentrer leur action sur l’emploi et l’éducation, pour que leur population ait les compétences nécessaires pour être employée de façon productive dans leur économie. Certains pays se sont aussi concentrés sur le développement des industries qui nécessitent beaucoup de main-d’œuvre, comme par exemple les industries manufacturières en Afrique de l’Est.

Cette situation peut-elle provoquer un accroissement de l’immigration vers les pays développés ?

Probablement pas, car certains pays d’Afrique ont tout de même des économies qui ont une croissance économique forte, de l’ordre de 10 % au cours des trois dernières années en Éthiopie, supérieure à 7 % en Côte d’Ivoire. Et si des courants d’immigration vers les pays développés ne vont pas disparaître, on commence aussi à constater un certain nombre de mouvements de retour vers les pays d’origine qui présentent des opportunités de croissance.

Quel rôle peuvent jouer les services financiers dans ces économies ?

L’inclusion financière dans les économies africaines et le développement de services financiers sont liés à l’accroissement de l’emploi : lorsque les personnes ont un emploi, elles peuvent compter sur des revenus stables ; accroître l’inclusion financière et la mise à disposition de possibilité d’épargne pour ces populations a alors un impact positif sur l’économie, car les banques collectent plus de fonds et disposent de capitaux plus importants pour financer d’autres clients ou les entreprises. Un pays africains exemplaire dans ce registre est le Kenya : le mobile banking a permis d’adapter les services bancaires et financiers à la situation rencontrée dans une large partie de l’Afrique. Sans oublier que le secteur financier en Afrique est aussi un employeur important : c’est le cas de l’Afrique de l’Est en général, mais aussi du Nigeria ou de l’Afrique du Sud, dont les secteurs des services financiers sont très développés.

Quel est le niveau d’épargne dans ces pays ?

Pour le moment, beaucoup de ces pays ont encore un assez faible PIB par habitant. Les capacités d’épargne restent encore limitées et elles le resteront tant que le taux de chômage ne se réduira pas. Mais, à titre d'exemple, le gouvernement kényan a permis aux particuliers d’investir dans des obligations d’État pour des montants très faibles, parfois jusqu’à des tranches de 10 dollars. Ouvrir ce type de possibilités encourage le développement de l’épargne.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº826bis