Covid-19

Répondre à une pandémie d'anxiété financière

Créé le

05.06.2020

La crise liée au Covid-19, qui a déclenché une pandémie d'anxiété financière, offre un excellent contexte pour mettre en application les sciences comportementales, afin de prémunir les investisseurs contre le risque de sous-performance.

 

Lorsque l'épidémie sanitaire liée au Covid-19 est devenue une pandémie, la volatilité du marché financier s’est envolée. Ainsi, l'indice VIX (aussi appelé « indice de la peur ») était plus élevé le 13 mars 2020 que lorsque Lehman Brothers s'est effondré, le 15 septembre 2008. Autrement dit, pour paraphraser l'économiste Robert Shiller, le Covid-19 avait déclenché une pandémie d'anxiété financière.

Suite aux mesures agressives de relance monétaire de la part des banques centrales, les principaux indices boursiers ont récupéré une partie de leurs pertes. Cependant, les investisseurs semblent se positionner pour une nouvelle baisse, car rien ne prouve que les marchés peuvent augmenter de manière soutenue alors que les données économiques continuent de s'effondrer. Ainsi, le spectre d'une pandémie d'anxiété financière est loin d'avoir disparu.

Comment s’installe une pandémie d'anxiété financière ?

Les pandémies d'anxiété financière sont alimentées par une contagion émotionnelle qui affecte la façon dont les investisseurs traitent l'information, prennent des décisions et élaborent des stratégies. La contagion émotionnelle est un processus en trois étapes par lequel les émotions d'un investisseur se transfèrent à un autre investisseur. Cela peut se produire au travers des interactions face-à-face, ainsi que des interactions virtuelles (par exemple, les médias et les réseaux sociaux).

Deux facteurs influencent le degré de contagion émotionnelle, à savoir la valence [1] et l’intensité de l’émotion. Dans le contexte de la pandémie d'anxiété financière Covid-19, la valence est (fortement) négative et le niveau d'excitation est (fortement) élevé. Cela laisse donc la porte grande ouverte à une contagion émotionnelle négative.

Cette contagion émotionnelle va, à son tour, engendrer une contagion décisionnelle parmi les investisseurs. Ces derniers, cherchant à maximiser le profit et l'utilité de leurs actifs, vont suivre le comportement de leurs pairs et, ce faisant, risquer de perdre totalement de vue la valeur supposée de leurs actifs. La contagion émotionnelle peut donc peser lourdement, à long terme, sur la performance des investisseurs. D'où la nécessité d'y parer.

Comment lutter contre une pandémie d'anxiété financière ?

Pour répondre efficacement à la pandémie d'anxiété financière, les investisseurs peuvent appliquer deux approches : le débiaisement et le nudging.

Le débiaisement

Le débiaisement vise à « modifier l’investisseur » afin de l'aider à prendre de meilleures décisions. Le débiaisement peut être mis en place en fournissant à l’investisseur une combinaison de connaissances et d'outils pour l’aider à surmonter ses limites et prédispositions. Afin de réduire la contagion émotionnelle, les techniques de débiaisement les plus efficaces sont :

– envisager des alternatives, c’est à dire permettre à l’investisseur de repérer des alternatives à sa décision ;

– la répétition mentale : permettre à l’investisseur de prendre conscience des biais impliqués dans sa décision ;

– réduire la difficulté et l'ambiguïté, c'est-à-dire aider l’investisseur à décomposer sa décision de manière séquentielle.

Le nudging

Le nudging, quant à lui, vise à modifier le cadre dans lequel les décisions sont prises afin d’inciter l’investisseur à changer ses décisions sans pour autant l’y contraindre. Cette approche accepte l’existence du biais comportemental, mais permet de créer des situations dans lesquelles ce biais n'est pas pertinent. Le nudging peut être mis en place au travers des changements dans l'interface du logiciel d'investissement. Afin de réduire la contagion émotionnelle, les techniques de nudging les plus efficaces sont :

– induire une réflexion tournée vers l'avenir, c'est-à-dire inciter l’investisseur à revenir aux fondamentaux en projetant le rendement de ses actifs sur le moyen/long terme. Ainsi, l'interface du logiciel d'investissement peut ouvrir sur un écran projetant des scénarios de rendement sur le moyen/long terme de l'investissement ;

– les options par défaut, c’est-à-dire activer l’inertie de l’investisseur afin de réduire la tentation de vendre rapidement. Ainsi, l'interface du logiciel d'investissement peut rendre l'acte de vente ou achat laborieux.

Un processus inévitable

Ancrée dans la biologie mais soutenue par des facteurs situationnels et sociaux, la contagion émotionnelle entre les individus est un processus quasi inévitable, a fortiori dans une situation de pandémie d'anxiété financière – dans une telle situation, même les vétérans de l'investissement ne sont pas à l’abri. Afin de limiter le potentiel impact négatif de la contagion émotionnelle sur la performance des investisseurs, des outils des sciences comportementales peuvent être mis en application. Ces outils, en agissant sur les systèmes de la pensée 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et 2 (plus lent, plus réfléchi et plus logique), peuvent aider les investisseurs à apprendre à moduler, voir contrôler, l’impact de la contagion émotionnelle.

1 La valence désigne le caractère agréable (valence positive) ou désagréable (valence négative) de certains états émotionnels.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº846
Notes :
1 La valence désigne le caractère agréable (valence positive) ou désagréable (valence négative) de certains états émotionnels.