À l’heure de l’essor de plus en plus flagrant du e-commerce et du m-commerce, alors que les grands retailers, les pure players du web et les acteurs du paiement jouent des coudes pour se positionner sur l’accompagnement du parcours d’achat en rivalisant d’innovation, les banques, acteurs historiques de cette industrie, sont confrontées à la nécessité de repenser leur offre.
Mais comment définir une stratégie d’offre paiement qui continue de contribuer durablement à la rentabilité de la banque de détail dans un monde en déséquilibre (champ de contraintes réglementaires, économiques et concurrentielles, rupture des usages des consommateurs, nécessité accrue de fiabilité et de sécurité) ? Comment choisir les axes d’innovation sur lesquels se positionner et les partenaires ? Comment affronter la concurrence des nouveaux acteurs ? Face à ces questions fondamentales pour l’avenir de la banque de détail, il convient de revenir aux besoins fondamentaux des clients, qu’ils soient consommateurs, marchands ou entreprises pour définir une offre correspondant à une valeur d’usage perçue par le client, d'opérer un retour sans complaisance et réaliste sur les constats et enjeux actuels de cette industrie et, enfin, de s’appuyer sur ses vrais atouts.
Une véritable rupture des usages
Arrêtons-nous tout d’abord sur l’importance de l’activité « moyens de paiement » pour la banque de détail en France.vec plus de 18 milliards de transactions en 2012, l’activité paiement continue de progresser depuis 2005 de 5 % par an en moyenne. Les revenus bancaires liés à l’utilisation des moyens de paiement représentent 10 à 15 % du PNB de la banque de détail et environ 76 % des frais bancaires perçus pour un consommateur
Si les impacts des nouvelles réglementations européennes comme le
- les facteurs économiques : mondialisation et globalisation des échanges sont une réalité quotidienne pour le petit commerce de proximité qui se retrouve, par le biais du e-commerce, en concurrence avec des acteurs mondiaux tels Amazon ou eBay ;
- les facteurs environnementaux : le développement durable, l’économie locale avec le succès des circuits courts sont autant de nouveaux modes de consommation au cœur des préoccupations des clients ;
- les facteurs sociaux : les nouvelles
générations Y et Z , l’avènement des seniors, l’évolution des modes de vie privée et professionnelle (parents célibataires, familles recomposées, télétravail, équipes multisite et multiculturelles) sont autant de changements sociétaux qui modifient les comportements.[4]
Le consommateur, architecte de son offre de paiement.
Ces facteurs se traduisent par une évolution majeure des usages des clients. Le consommateur d’aujourd’hui est ultra-connecté (77 % des foyers français possédaient un accès Internet en 2012, 20 % des Français possèdent un PC, une tablette et un
Acheter en ligne correspond à un acte réfléchi, qui donne lieu, le plus souvent, à une étape de recherche et d’information dans laquelle le réseau social joue un rôle de premier plan (40 % des cyberacheteurs déclarent avoir fréquenté les pages Facebook des marques de
Dans ce contexte, le consommateur ne subit plus l’offre qui lui est faite en matière de moyens de paiement, mais il devient l’architecte de son service de paiement. Dès lors, et si l’on veut tirer bénéfice de cette rupture, les questions à se poser s’expriment en termes de valeur d’usage perçue par le client, valorisation de l’adéquation niveau de service-prix-besoin réel, contribution à la valeur globale de la relation client.
Du côté des marchands
Du côté des marchands, il en résulte l’obligation de :
- transformer leur parcours client pour s’adapter à ce besoin de mobilité, d’instantanéité, de simplicité, mais aussi de sécurité exprimé par leurs clients consommateurs ;
- proposer une expérience client enrichie (recommandations, alertes, promotions, préférences, identification par QR-code, géolocalisation des enseignes) identique sur l’ensemble des canaux (omnicanal) ;
- se lancer dans la course du commerce en ligne pour capter de nouvelles opportunités de vente et pour faire face à la concurrence des pure players (Sarenza, Venteprivée) et des grandes enseignes.
- sécuriser la vente en face-à-face ou en ligne (conduire le client jusqu’à l’acte d’achat) ;
- être accessible quel que soit le parcours client et le canal ;
- simplifier et fluidifier le parcours ;
- proposer un paiement seamless, i.e. sans dégrader le tunnel d’achat ;
- proposer les moyens et options de paiement adaptés au type de commerce et de clientèle et au parcours de vente ;
- connaître et fidéliser ses clients ;
- analyser les comportements pour anticiper les besoins du consommateur, augmenter le panier moyen et multiplier les occasions de vente (récompense, promotion, discount) ;
- diminuer ses coûts ;
- encaisser et optimiser son besoin en fonds de roulement.
Le risque de désintermédiation pour les banques
On assiste donc à un déplacement de la valeur attachée traditionnellement à l’acquisition des paiements vers les maillons de l’acceptation, porteurs de nouveaux enjeux :
- la propriété de l’identifiant : choix du moyen et du procédé d’identification/authentification du consommateur pour faciliter son expérience d’achat et sécuriser le marchand ;
- la propriété des informations clients : proposition de services en fonction du profil du consommateur et de ses préférences (adresse de livraison, mode de paiement) ;
- universalité/complétude du paiement : gestion des promotions (couponing, réductions, comparateurs) ;
- vision globale des flux et gestion de la position : collecte des transactions, réconciliation ;
- connaissance du comportement client : gestion de la fidélité, ticketing.
Les nouvelles technologies
L’émergence de nouvelles technologies (sans contact, mobile, biométrie, son, vidéo, token, QR-codes, géolocalisation) au côté des technologies d’authentification et d’identification traditionnelles induit de nombreuses nouvelles façons de payer parmi lesquelles :
- le sans contact, qu’il ait comme support la carte ou un mobile ;
- les wallets (qu’ils soient « e » comme Paypal ou même ITunes d’Apple, « m » comme Paylib pour l’univers bancaire, ou Paiement Flash pour l’univers marchand) ;
- les terminaux de paiement mobile pour du paiement de proximité occasionnel en mobilité ou pour fluidifier l’achat auprès des vendeurs.
Une nouvelle stratégie d’offre paiement, un enjeu majeur pour la banque de détail
Les banques ont de nombreux atouts à valoriser et qui constituent un vrai capital :
- elles jouissent tout d’abord d’une légitimité historique sur le domaine des paiements ;
- elles ont l’avantage d’avoir développé à la fois une relation globale et pour certaines, de proximité avec leur client ;
- elles ont montré ces 30 dernières années leur capacité à créer l’interbancarité et l’universalité des moyens de paiement.
- sécurisation de la phase d’identification/authentification et garantie du paiement pour le compte du commerçant ;
- gestion des informations personnelles pour le compte du client ;
- collecte et réconciliation de l’ensemble des flux (en boutique, en ligne et sur mobile) pour servir les besoins de cash management de l’ensemble des acteurs (gestion de budget pour les consommateurs et pilotage de la trésorerie pour les commerçants).
Une nouvelle page de l’histoire des paiements est en train de s’écrire. Repenser l’offre paiement est désormais une réalité inéluctable qui nécessite d’aller de l’avant et d’accepter d’abandonner les acquis et réflexes de l’industrie des paiements construite avec succès ces 30 dernières années. Nouveaux acteurs, nouvelles technologies, nouveaux comportements sont les composantes de cet écosystème, le nouveau monde des moyens de paiement est devant nous.