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« Renforcer nos capacités en tant qu’acheteur pour mieux répondre aux attentes des banques »

Créé le

18.01.2021

Le recouvreur iQéra est également acheteur de créances bancaires. Les difficultés qu’ont, en France, les banques et les acheteurs à s’entendre sur le prix d’un prêt non performant pourraient s’estomper.

Le problème des Non Performing Loans (NPL) est souvent associé à l’Italie. La France est-elle à l’abri des difficultés rencontrées par son voisin ?

En France, le montant de NPL est important puisqu’il s’élève, à fin juin 2020, à 126 milliards d’euros, ce qui constitue le plus gros volume de la zone euro. Toutefois, les fonds propres des banques françaises sont solides. De plus, rapportés à l’encours total des crédits, les NPL ne représentent que 2, 34 % car le montant des encours sains français est également le plus important de la zone euro. La France est donc loin de la situation dans laquelle se trouvait l’Italie il y a quelques années, quand celle-ci affichait un ratio de 17 %, dangereux pour l’équilibre financier et bilanciel des banques ! Depuis, les banques italiennes ont drastiquement réduit leurs encours de NPL et leur ratio.

La situation de la France mérite toutefois d’être surveillée. Il est légitime de s’interroger sur l’effet que pourrait avoir la crise économique liée à la Covid 19 sur les chiffres français. La BCE estime qu’un stock trop important de NPL dans un établissement place celui-ci face à un problème opérationnel de capacité à recouvrir ces créances.

Que peut faire une banque qui détient un stock de NPL trop important ?

Deux solutions s’offrent aux banques qui doivent affronter une augmentation de leur stock de NPL. La première solution est d’augmenter leurs capacités de recouvrement. Les établissements peuvent, pour cela, renforcer leurs équipes internes mais la crise actuelle étant liée à des circonstances exceptionnelles qui devraient disparaître à court terme, ils peuvent être réticents à l’idée de recruter et de renforcer leur système d’information. Voilà pourquoi le recours à une société de recouvrement sera probablement privilégié.

La seconde solution est la cession des NPL. Une banque peut préférer céder si elle veut libérer des fonds propres pour prêter davantage ou si ses fonds propres montrent des signes de faiblesse ou si son ratio de NPL est trop important.

En cas de cession de NPL, comment intervenez-vous ?

Nous intervenons pour assurer le recouvrement – ou servicing –, mais nous sommes également susceptibles d’acquérir les créances. Nous avons dernièrement tenu ce rôle d’acquéreur dans des transactions importantes, aux côtés d’investisseurs strictement financiers. Ces cinq dernières années, c’est en Italie et sur les marchés anglo-saxons que nous avons observé les plus gros « deals », dont les montants pouvaient atteindre les 5 milliards d’euros.

En quoi le marché français est-il différent de ce que vous observez en Italie ou sur les marchés anglo-saxons ?

En France, l’idée même de cession de NPL n’est pas encore banalisée. Seuls les acteurs spécialistes du crédit consommation ont recours de façon habituelle à la cession. À l’inverse, dans les grandes banques, il existe de nombreuses réticences face à l’idée de céder. Elles craignent, en cédant, de faire naître des soupçons sur la solidité de leurs fonds propres, mais aussi de vendre leurs NPL en deça de leur véritable valeur. Elles craignent également, quand elles ne connaissent pas le serviceur qui assurerait le recouvrement après la cession, que ses méthodes de recouvrement soient contestables. Cette question ne se pose pas si iQéra est le serviceur proposé dans la transaction et si la banque nous délègue déjà le recouvrement d’une partie de ses créances car elle sait que nous n’avons pas recours à des méthodes contestables. Ce point est important pour une banque en termes réputationnels car, en cas de recours à des méthodes inadaptées, le débiteur tiendra pour responsable l’établissement qui lui a octroyé le crédit.

Pourquoi les banques craignent-elles de vendre leurs NPL ?

Comme je l’expliquais, ce sont surtout les acteurs spécialistes du crédit consommation qui, en France, cèdent leurs NPL et ils cèdent ces créances quand ils ont déjà fourni, en interne, des efforts pour les recouvrir et qu’elles ont le statut de « passages en pertes ». Un espoir de récupérer les sommes dues demeure mais il est très faible donc le prix du NPL est très bas et la décote (par rapport à la valeur nominale) est très importante. Ainsi, les acheteurs sont habitués à un certain niveau de décote et quand une banque décide de vendre des NPL en amont, avant même d’avoir exercé la moindre action de recouvrement contentieux, ils doivent se constituer une expertise et des benchmarks pour calibrer la valeur de ces créances – valeur plus élevée de fait : ce type de NPL laisse un véritable espoir de récupérer tout ou partie de la créance. Depuis deux ans, des banques envisagent de céder ce type de NPL mais les transactions ne se font pas toujours, faute d’accord sur le prix. iQéra s’est préparé à cette nouvelle donne puisqu’il est le fruit de la fusion récente entre MCS/DSO en France et Serfin/Sistemia en Italie, l’un de nos objectifs étant de renforcer nos capacités en tant qu’acheteur pour mieux répondre aux attentes des banques. Nous n’irons toutefois pas au-delà de ce que nous savons être le bon prix compte tenu de l’espoir de recouvrement que nous sommes capables, en tant que serviceur, d’estimer. Nous pouvons acheter seul ou aux côtés d’un ou de plusieurs investisseur(s) strictement financier(s) (pour des deals de taille importante). Les investisseurs – qui connaissent moins bien que nous les modèles d’encaissements de chaque typologie de NPL – apprécient de voir le serviceur s’engager en se portant lui aussi acquéreur, à hauteur par exemple de 10 ou 20 % de l’opération. En tant qu’acheteur, notre point faible est le taux auquel nous nous finançons auprès des banques, mais la situation évolue dans le bon sens car la valeur des NPL et notre métier sont mieux reconnus par les équipes de financement.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº853