Rencontre avec… Olivier Binet : « Le paiement est indissociable de l’expérience d’achat »

Créé le

18.09.2012

-

Mis à jour le

15.06.2017

Né sur Internet, Paypal s’impose peu à peu dans le commerce mobile et veut maintenant investir le paiement dans les commerces physiques, tout en se positionnant comme un apporteur d’affaires pour les commerçants.

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Paypal est né dans le transfert de personne à personne (sur les premiers PDA Palm) et le commerce sur le Web… désormais, vous allez sur le commerce mobile et sur le monde physique, notamment avec McDonald’s en France. Pourquoi une telle transition ?

Pour plusieurs raisons, et d’abord parce que c'est une attente des commerçants. Aujourd’hui, ils nous demandent de travailler avec eux sur le multicanal. Nous les accompagnons donc là-dessus, comme nous l'avons fait sur tous les supports, en tant que précurseur. Dès les premiers instants, nous avions des solutions pour mobiles sur iPhone, Android, BlackBerry, et Facebook. Et demain, ce sera aussi dans le retail. Nous avons « PayPal Here » aux États-Unis qui transforme un smartphone en véritable TPE et qui permet de prendre des paiements par carte bancaire. C’est une solution qui vise les petits commerçants. En parallèle, nous travaillons avec les très grands commerçants sur l’expérience d’achat qu’ils veulent offrir demain et sur la façon dont le paiement s’y intègre. Le paiement est indissociable de l’expérience d’achat. Pour nous, c’est une donnée fondamentale sur laquelle nous travaillons. Nous ne faisons pas, en dehors de « Paypal Here » aux États-Unis, de grandes annonces lorsque nous lançons une solution pour le retail. Pour l’instant, nous jouons profil bas. Par exemple avec McDonald’s, nous n’en parlons que très peu, parce que nous travaillons avec eux sur une expérience.

En quoi consiste-t-elle ?

L’application s’appelle Go  McDo [1] . Vous allez rechercher sur mobile quels sont les McDonald qui proposent cette expérience, vous précommandez et prépayez. Et lorsque vous arrivez en magasin, vous flashez un QR code et vous êtes servis. Ce qui sert de base à la réflexion, c’est une problématique particulière : comment est-ce que je vais vouloir traiter mes consommateurs et comment ais-je faire pour qu’ils ne fassent pas la queue ? S’ils sont prêts à payer avant, je ne leur ferai pas faire la queue.

Les fast-foods sont-ils les seuls commerçants intéressés ?

Tout dépend des problématiques. Les commerçants veulent créer des expériences et cherchent le paiement qui convient. Est-ce que ce sont des modèles de prépayés, du paiement à l’acte, à l’avance, du paiement en magasin ? S'agit-il d'abonnement, d'une autorisation de prélèvement ? Est-ce que c’est sur mobile, sur la caisse ? Ou alors en préinscription sur Internet depuis le déclenchement du paiement via une connexion en magasin établie grâce au mobile ? Nous le faisons par exemple avec les téléviseurs connectés de Samsung : je m’inscris à l’avance, je lie mon compte PayPal avec celui de Samsung et c’est avec le code pin que je paie sur la télévision.

En ce qui concerne le transfert de personne à personne, PayPal a été l’un des premiers en France. D’autres, comme Kwixo ou SMoney se lancent dans ce domaine. Qu’en pensez-vous ?

Le P2P sur mobile, ça marche. Même si ce n’est pas encore une révolution comme l’est le paiement dans le e-commerce ou le m-commerce.SMoney est encore un pilote pour l’instant. Aujourd’hui, je laisse les marchands choisir ce qui fait la différence à l’arrivée. Pour moi, ce qui fait la différence, c’est la réalité des chiffres sur le taux de transformation, et en apport de vente additionnelle. Je pense que là, la comparaison est parfois difficile.

La plupart de vos concurrents disent qu'à la différence de PayPal, les commissions sont moins importantes. Et le transfert est gratuit de personne à personne…

Peut-être. Cela dit, la carte aussi est beaucoup moins chère… que nous et que ces fameux concurrents. Malgré tout, nous avons réussi à faire plus que survivre. Concernant le transfert de paiement de personne à personne, cela dépend de la source d’approvisionnement que vous avez lié à votre compte PayPal. Si c’est un compte bancaire, le transfert de personne à personne sera gratuit. Si c’est une carte, il y aura un surcoût, parce que cela nous coûte tout simplement plus cher.

Parmi les 5 millions d’utilisateurs actifs [2] Paypal en France, combien ont fait la manipulation pour associer leur compte bancaire à PayPal ?

En France, la très grande majorité des utilisateurs de Paypal ont lié une carte bancaire plutôt qu’un compte bancaire. Mais soyons très clair, aujourd’hui, le gros de notre développement n’est pas sur le P2P, même si c’est notre métier historique.

Pensez-vous que les prélèvements SEPA vont changer la donne ?

Nous verrons bien. Encore une fois, il faut prendre en compte comment est exécuté le paiement et la proposition de valeur de paiement, qui se greffent à l’expérience d’achat. Ce sont deux choses entièrement différentes. Et même si je pense que PayPal est absolument fantastique, derrière, si on n’est pas capable de se greffer à une expérience d'achat, cela ne sert à rien.

Par ailleurs, à peu près un quart de nos transactions sont transfrontalières : un Italien par exemple va vouloir payer avec sa carte prépayée, un Allemand avec un ELV (Elektronisches Lastschriftverfahren), etc. Ces gens achètent en France sur les sites d’e-commerce. Et vous faites comment avec les fameux concurrents que vous avez cités ? Ils ne peuvent pas. C’est ce qui justifie notre prix plus élevé. Ce qui convainc les commerçants, ce n’est pas que notre discours, c’est la réalité des chiffres : or les plus importants d'entre eux sont chez nous et ils ont les moyens de faire les calculs et les tests pour faire leur choix en connaissance de cause.

 

1 McDO France, NDLR. 2 Utilisateurs ayant utilisé au moins une fois Paypal (sur Internet ou mobile) dans les 12 mois précédents.

À retrouver dans la revue
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Revue Banque Nº752
Notes :
1 McDO France, NDLR.
2 Utilisateurs ayant utilisé au moins une fois Paypal (sur Internet ou mobile) dans les 12 mois précédents.