L’an dernier, vous avez signé un partenariat avec Younited Credit pour faciliter le transfert sécurisé des informations bancaires en vue de l’obtention d’un prêt personnel. Comment ce partenariat -t-il été monté ?
Bruno Van Haetsdaele (B.V.H.) : Younited Credit est une société que nous connaissons bien. Nous sommes, comme eux, membres fondateurs de l’association France
Envisagez-vous d’autres partenariats ou d’autres évolutions dans les fonctions en 2019 ?
B.V.H. : Ce cas d’usage est bien repéré et peut se mettre en place aussi dans d’autres pays dans le monde, ou avec d’autres partenaires. C’est déjà le cas pour les extensions de fonctionnalités avec Younited Credit. Au départ, ils se sont appuyés sur notre agrément et passaient par une redirection sur notre interface. Ils ont souhaité intégrer un petit peu plus profondément le service et ils le font maintenant avec leur agrément sans sortir de leur interface, ce qui fait qu’ils maitrisent l’expérience de bout en bout. Cela leur a permis de gagner quelques points de conversion sur un système qui marchait déjà très bien avant. Nous avons d’autres projets avec Younited Credit, dont nous ne pouvons pas encore parler.
Et avec d’autres partenaires ou dans d’autres domaines ?
Christophe Martins (C.M.) : Nous avons atteint aujourd’hui un peu plus de 2,5 millions d’utilisateurs depuis notre création. Nous avons toujours voulu que Linxo puisse être utilisé comme un hub vers d’autres services financiers. C’est pour cela que Linxo Connect a été créé. Offrir la possibilité à un utilisateur de partager ses données avec un tiers peut faciliter son inscription. Dans les cas de crédit, mais nous pouvons aussi le déployer dans d’autres usages. Tous les services financiers sont demandeurs, lors de l’inscription, d’un certain nombre de données que vous devez ressaisir en tant qu’utilisateur. Il est dommage de ressaisir quelque chose qui existe déjà ; pourquoi ne pas juste le transférer ?
De nouveaux partenariats vont éclore en 2019. Nous ne pouvons pas encore les annoncer, parce qu’ils sont en train de s’intégrer, mais ils iront au-delà de l’univers du crédit, car les besoins sont assez variés. Notre ambition, autour de Linxo Connect, est de créer un écosystème de services qui puisse proposer à leurs utilisateurs de partager leurs données sous leur contrôle.
Votre hub de services ne concernera-t-il que les services financiers ou sera-t-il ouvert à des services commerciaux ou administratifs ?
C.M. : Aujourd’hui, il s’agit plutôt de services financiers, parce que c’est là qu’est la demande et c’est là où elle est la plus naturelle pour les utilisateurs. Mais nous ne nous fermons aucune porte.
Travaillez-vous uniquement en direct ou également en marque blanche ?
C.M. : Les deux : il y a la marque Linxo, avec le service Linxo pour 2,5 millions d’utilisateurs et l’application gratuite, et le service Oxling, avec justement les marques blanches ou la mise à disposition des
B.V.H. : En marque blanche, nous avons une dizaine de collaborations avec des clients, plutôt dans l’univers « grands comptes », banques et assurances. Nous travaillons de plus en plus avec des FinTechs qui vont très vite. Ce ne sont pas les mêmes cycles de vente, c’est assez rafraichissant. Ce qui est intéressant, dans l’open banking, c'est qu’il rejoint aussi l’univers de l’identité numérique et du KYC (Know Your Customer) au sens plus large.
Finalement, les transactions financières font le pont entre l’univers numérique et l’univers physique, parce que les transactions bancaires nous ramènent toutes à cet univers physique. Concernant l’identité, les services bancaires sont utilisés de plus en plus en ligne et ils font le lien entre identité physique et identité numérique. Des initiatives très importantes se développent dans ce sens dans certaines zones comme l’Inde. L’open banking avec la DSP 2 peut être un facilitateur, mais il faudra également une volonté des acteurs pour y aller résolument et aussi vite que dans d’autres zones du monde.
On pourrait imaginer une solution compatible avec tout ce qui est prélèvement à la source, par exemple…
C.M. : Il faut qu’il y ait une valeur d’usage pour l’utilisateur final. Nous ne nous interdisons rien, mais il faut que les gens se disent : « ok, je suis prêt à partager ». Typiquement, aujourd’hui, les gens sont prêts à partager avec les établissements de crédit à la consommation, pour ouvrir un produit d’épargne ou pour ouvrir un crédit immobilier.
Concernant les nouveautés dans l’application, vous y avez intégré Siri. Pour quoi faire ?
C.M. : Avec l’intégration de Siri, l’idée était de rendre certaines opérations très simples. Deux fonctionnalités étaient très utilisées : l’utilisateur voulait savoir la position de ses comptes et connaître les dernières opérations. C’est ce que propose Siri. Mais on ne peut pas tout faire à la voix…
Les données utilisées avec Siri restent-elles entre Linxo et l’utilisateur ou transitent-elle en partie par Apple ?
C.M. : Non, elles ne passent jamais par Apple. Le principe du raccourci Siri est de prendre une information qui est dans l’application et de la remonter à l’utilisateur. En fait, ça ne passe pas par les serveurs d’Apple : c’est l’application qui affiche ces informations. Ce sont des fonctionnalités que nous explorons.
Est-ce que vous allez proposer un assistant personnel équivalant Google, Cortana et autres ?
C.M. : Nous sommes ouverts : avec Siri, nous avons lancé un ballon d’essai. S’il y a un intérêt, nous ouvrirons à d’autres écosystèmes. L’idée est vraiment de savoir si les clients vont l’utiliser…
Peut-on imaginer d’autres domaines où Linxo pourrait intervenir avec la DSP2, comme l’initiation de paiement vis-à-vis d’un commerçant ?
C.M. : Nous n’en sommes pas encore là. Linxo est un assistant financier augmenté. L’idée est d’augmenter votre pouvoir sur votre argent et pour ça, typiquement, il existe déjà des cas d’usage qu’il faut couvrir. Ainsi, aujourd’hui, vous pouvez tomber à découvert alors que vous avez de l’argent sur un livret. Selon certaines études, cela concerne jusqu’à 60 % des Français et cela coûte en moyenne 60 € par an. Typiquement, avec l’initiation de paiement, nous avons aujourd’hui une fonctionnalité qui vous permet de prévoir les dépenses. Du coup, il suffit d’un clic pour activer un virement qui va remettre à flot le compte courant. Peut-être que demain, nous ferons quelque chose qui sera en mode plus automatique, du type : « Attention, vous allez être à découvert le 25, est-ce que vous voulez faire un virement qui partira deux jours avant ? Si oui, la prochaine fois, vous voulez que je vous avertisse ou qu’on le fasse automatiquement pour vous et que je vous prévienne ? ».
En 2019, nous avons des voitures qui se conduisent automatiquement sur la route, mais quand vous avez de l’argent sur un compte livret et pas sur votre compte courant, vous pouvez être à découvert, même quand tous vos comptes sont dans la même banque ! Ce sont des cas d’usage qui paraissent simples, qui ont beaucoup de valeur pour un utilisateur, mais il faut bien mettre en place toutes les briques technologiques.
B.V.H. : Selon nous, l’initiation de virement doit d’abord faciliter justement les virements que l’utilisateur initie lui-même au quotidien. Nous voulons qu’il puisse faire ce type d’opérations directement sur notre application. Après, les enjeux vont bien au-delà. Aujourd’hui le paiement chez les commerçants utilise beaucoup la carte bancaire. Il subsiste une certaine dépendance envers MasterCard et Visa. Google Pay vient de se lancer en France. Apple Pay se développe, avec une expérience utilisateur qui fixe un nouveau standard sur le sans contact. Ensuite, viennent aussi des acteurs qu’il ne faut pas ignorer, comme Alibaba ou WeChat Pay. En fait, l’initiation de paiement peut être une brique technique sur laquelle construire des solutions européennes, dans un écosystème qui ne serait pas dépendant d’un MasterCard, d’un Visa ou des Google Pay, Apple Pay ou autres. Si nous voulons vraiment faire émerger cet écosystème européen, il faudra là aussi qu’il y ait une volonté des autres acteurs en place de le faire émerger. Ce n’est pas sur la première version de ce que l’on voit au niveau de l’initiation de paiement de la DSP2 que nous pourrons le construire.
Que lui manque-t-il pour cela ?
B.V.H. : Nous sommes encore sur des mécanismes qui seront dans leur première version assez basiques avec une redirection systématique vers la banque et la nécessité pour chaque paiement que l’utilisateur soit présent. Le type d’expérience de paiement à la Uber ou à la Amazon One clic ne pourra pas être fait avec l’initiation de paiement en version DSP2 avec ce mécanisme de redirection qui est choisi pour la première version des standards.
En tant qu’observateurs et acteurs, comment voyez-vous le marché français autour de l’open banking ?
B.V.H. : J’aime bien dire que l’open banking n’a pas démarré avec la DSP2, mais qu'il existe depuis 20 ans. L’agrégation de comptes bancaires aux États-Unis existe depuis 1999. Nous avons commencé en 2010 et je trouve un peu triste que dans ces débats réglementaires, beaucoup d’acteurs considèrent que tout ce qui s’est passé avant la DSP 2 n’existe pas. Un peu comme si en Europe, nous avions inventé l’open banking avec la DSP2, alors qu’il est assez rare que ce soit la réglementation qui innove. La réglementation vient toujours après le développement de certains usages, pour les encadrer, et c’est très bien ainsi.
En France, nous avons eu un marché assez dynamique justement sur les solutions d’assistant financier augmenté avec plusieurs acteurs, en direct et en marques blanches pour les banques. Du coup le risque de disruption que ce type de services peut amener a été surestimé par les banques. Celles-ci ont eu une réponse assez forte, en faisant le minimum requis. Malheureusement, ce qui est en train de sortir des standards ne nous permet pas de continuer à fonctionner avec que nous avons aujourd’hui. Je n’ai aucun doute sur l’atterrissage à 5 ou 10 ans, qui sera le bon, mais il est vrai que nous avons beaucoup de sujets à détricoter aujourd’hui.