Traditionnellement supérieurs aux taux gouvernementaux, les taux swaps à 10 ans sont pour la première fois passés en dessous. Ce phénomène est suffisamment atypique pour mériter d'être signalé. Avec la crise, on a connu depuis septembre 2009 une brusque diminution de ces spreads, surtout aux Etats-Unis. Toujours supérieurs aux spreads européens, les américains sont à présent passés bien en dessous, devenant même pour la première fois légèrement négatifs. Les craintes des investisseurs quant à la soutenabilité des dettes publiques, les commentaires des agences de notation sur la dégradation de la qualité de crédit de la dette américaine, ainsi que le passage du plan santé d'Obama, y sont pour beaucoup.
S'agit-il d'une anomalie passagère, ou peut on craindre un changement structurel des marchés, remettant en cause le statut de référence des titres publics ? Dans les années 50 et 60, quand le marché des taux gouvernementaux était moins développé, des instruments de la dette du secteur privé étaient utilisés comme référence, par exemple les obligations de grandes entreprises publiques très bien notées comme ATT aux États-Unis. Ces titres n'étaient pas sans risque de défaut, mais la nature stable et régulée des émetteurs limitait la volatilité.
Progressivement, avec la libéralisation des marchés, on s'est aperçu que le rating des sociétés même les mieux notées pouvait être dégradé, et ces titres privés ont été remplacés par les obligations d'État. Mais en 2001, du fait de la raréfaction de la dette gouvernementale, il a de nouveau été