L’Algérie est le premier partenaire commercial de la France en Afrique (Afrique du Nord et subsaharienne). En 2009, 39 % des exportations françaises vers la zone Maghreb-Égypte étaient destinés à l'Algérie. Ainsi, depuis l’indépendance algérienne en 1962, la France est traditionnellement excédentaire avec l’Algérie (à l’exception d’un petit déficit en 2006) avec des volumes exportés croissants et un solde commercial bilatéral pratiquement toujours à son avantage.
Une relation asymétrique depuis toujours
En revanche, force est de constater que les partenariats restent extrêmement faibles. En effet, l’investissement direct étranger (IDE) français en Algérie oscille en moyenne entre 100 et 200 millions de dollars par an depuis plus de 20 ans, ce qui ne représente qu’un nombre restreint de projets d’investissements et de faible envergure. Cependant, un effort a été réalisé en 2008 avec un flux d’IDE de près de 350 millions de dollars principalement axé dans les secteurs du pétrole, du médicament, de l'alimentaire et des banques. En 2009, le stock d’IDE français en Algérie peut être estimé à 2,5 milliards de dollars alors que celui des États-Unis est évalué à plus de 5 milliards, celui des Émirats arabes unis à plus de 2 milliards, l’Italie à plus de 4 milliards de dollars, l’Espagne à 1,5 milliard de dollars. La France se classerait ainsi parmi les derniers pays investisseurs en Algérie alors qu’elle en est le premier partenaire commercial. Face à ce constat, on peut se demander si la France a réellement la volonté de s’impliquer en Algérie au-delà de simples échanges commerciaux.
Le rôle stratégique des banques
Cette situation ne devrait cependant pas durer : l’Algérie s’est fixée comme priorité son redémarrage économique s'appuyant sur le drainage de l’IDE, en particulier en provenance de France.
Le secteur bancaire est stratégique dans cette volonté à deux titres : les banques françaises présentes en Algérie sont un moteur pour financer efficacement l’économie locale ; leur coopération avec les pouvoirs publics est indispensable pour que ces entreprises françaises puissent se maintenir durablement en Algérie.
Du crédit à la consommation au réseau d’agences
La quasi-totalité des grandes banques françaises sont présentes en Algérie comme Société Générale ou BNP Paribas – qui dispose d’un réseau de plusieurs dizaines d’agences et un effectif de plusieurs centaines de personnes. L'activité principale de ces banques est d’abord la clientèle privée en finançant le crédit à la consommation (principalement du marché automobile, filière à très fort potentiel capitalistique) et, dans une moindre mesure, les opérations commerciales entre les deux pays pour le marché des entreprises.
Pour renforcer leur présence, ces banques se doivent de constituer un réseau d’agences vaste, permettant de toucher la plus large clientèle (particuliers, professionnels nationaux, privés, publics et étrangers) et que le meilleur moyen d’y parvenir est d’utiliser l’existant en s'appuyant sur l’absorption ou la coopération avec une banque locale. L’exemple du Crédit Populaire d’Algérie (qui détient près de 15 % de part de marché et d’un vaste réseau) est à cet égard emblématique : plusieurs banques françaises sont en lice depuis plusieurs années pour prendre le contrôle de cette banque sans que l’opération n’ait pu aboutir jusqu’à présent, comme si les autorités pesaient de tout leur poids pour monnayer cette opération.
La loi de finance complémentaire algérienne : un pavé dans la mare
Le marché du crédit à la consommation en Algérie atteignait près de 100 milliards de dinars de crédits accordés en 2008. Depuis, ce marché a été fortement ébranlé par la loi de finance complémentaire de 2009 qui limite de façon drastique l'octroi du crédit à la consommation. Officiellement, cette loi a pour objectif de limiter le surendettement des ménages, avec en filigrane la régulation de la consommation de produits importés. Cependant, selon le FMI, cette loi contre le crédit à la consommation est « un obstacle potentiel au développement du secteur financier ; c’est pourquoi il est nécessaire de tenter de cerner les réelles motivations à ce nouveau dispositif réglementaire ». Certains observateurs avancent, en effet, que sa motivation réelle est d’orienter les encours vers l’axe immobilier pour favoriser l’accès à la propriété des citoyens algériens et permettre du même coup la résorption de la
De plus, il faut souligner que ce nouveau dispositif législatif est un signal fort de l’Algérie à la France de revoir en profondeur leurs relations bilatérales (tous champs confondus y compris historiques).
Par cette loi, le pari de l’Algérie est risqué, à la fois parce qu’il freine le pouvoir d’achat des ménages, mais surtout il donne un signe fort à l’étranger sur la volatilité de son dispositif législatif qui peut soudainement remettre en cause les stratégies progressives d’internationalisation. Enfin et surtout, il crispe les relations franco-algériennes avec une incertitude forte pour l’avenir. En contrepartie, l’Algérie est consciente de sa position de force actuelle sur le niveau de ses réserves financières, ses perspectives prometteuses en matière de volumes d’exportations d’hydrocarbures et sa localisation stratégique dans la région Méditerranée
L’avenir franco-algérien
Pour autant, la première condition pour atteindre cet objectif réside dans le champ politique et non économique. En effet, il n’existera jamais de véritable partenariat entre la France et l’Algérie, y compris dans le secteur bancaire, sans réelle volonté active. Les relations politiques sont depuis longtemps tendues, en particulier depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Du point de vue français, on reproche à l’Algérie ses volte-face législatifs et son incapacité à construire des relations stables et durables. Surtout, la France semble reprocher à l’Algérie son incapacité à faire table rase du passé. Du coté algérien, le grief le plus important est en effet lié au contentieux historique et à l’incapacité de la France à reconnaître les méfaits tragiques de sa colonisation et ceci malgré quelques efforts, au moins dans les discours. Ce volet politique ne pourra être franchi sans avoir résolu la question de la mémoire et de la réparation de la colonisation.
Passée cette étape cruciale, il sera également nécessaire de définir une approche dynamique des flux de personnes entre ces deux rives de la Méditerranée car on ne peut concevoir d’une manière viable sur le long terme un libre échange sans avoir la possibilité de se déplacer beaucoup plus facilement.
Mettre en œuvre des outils conjoints de développement
Une troisième condition, d’ordre technique, serait la capacité des deux pays à mettre en œuvre une batterie d’outils pour aboutir à la réalisation de nombreux partenariats, notamment :
- une structure commune basée à la fois en France et en Algérie permettant de centraliser toutes les offres et demandes des partenariats. Cette structure aurait en charge d’initier des projets sur des filières prioritaires avec la recherche, la mise en relation et surtout l’engineering des projets, y compris l’accompagnement sur le terrain afin de solutionner tout blocage (foncier, immatriculation, transferts, douanes…) ;
- toutes les structures consulaires algériennes devraient disposer d’une cellule économique afin de favoriser l’information auprès des opérateurs français désireux d’investir, des opérateurs algériens désireux d’exporter en France ou d’importer à partir de la France ou des émigrés qui souhaitent investir en Algérie ;
- une banque d’investissement mixte participant au financement des projets en question sachant que les expériences passées de Finalep et de l’AFD en Algérie n’ont pas obtenu les résultats escomptés ;
- une structure répertoriant les compétences humaines pouvant faciliter la mise en œuvre du partenariat franco-algérien avec une priorité d’utilisation des compétences des binationaux ;
- enfin, une école de management franco-algérienne basée en France et en Algérie spécialisée dans l’entrepreneuriat. L’Esaa (l’École supérieure des affaires initiés par la France et basée à Alger) est une bonne initiative, mais l’axe prioritaire doit être l’entrepreneuriat enseigné dans les grandes villes algériennes et françaises.
Faire évoluer la relation franco-algérienne
Il est urgent de faire évoluer la relation franco-algérienne en la faisant passer d’une relation purement commerciale à un véritable partenariat. Le premier signe probant ne sera pas économique, mais politique. Il sera celui de la mémoire, en reconnaissant explicitement les crimes contre l’humanité commis par la France en Algérie. Reconnaître cette histoire tragique, c’est permettre au système français de se réconcilier définitivement avec lui-même.
Le secteur bancaire algérien
État des lieux
Ses caractéristiques
Le système bancaire algérien reste dominé par le secteur public qui représente encore 90 % du marché bancaire des ressources et des crédits. Cette situation tire son origine dans le choix du modèle économique au lendemain de l'indépendance : un modèle autocentré ayant opté pour la propriété collective des moyens de production et la maîtrise totale de tous les secteurs stratégiques et en particulier celui de la banque. Le marché financier, qui complète le système bancaire, est peu développé à part pour quelques grandes entreprises comme Sonelgaz ou Air Algérie.
Le bilan des années 2000
Au début des années 2000, le constat sur le système bancaire algérien est catastrophique : le secteur informel est omniprésent et constitue un marché de plusieurs milliards de dinars sans aucun contrôle finançant à la fois des opérations commerciales et des opérations mafieuses ou terroristes. Le système bancaire algérien est ainsi devenu totalement obsolète malgré quelques efforts récents. Compte tenu de la demande, du nombre d'habitants et de l'étendue du territoire, il faudrait une couverture bancaire plus importante avec la création de plus d’un millier d’agences.
La rénovation du système bancaire algérien
Face à ce constat, le gouvernement algérien s’est lancé depuis 2005 dans un vaste programme de revitalisation de son système bancaire qui se concentre sur trois axes stratégiques :
- rénover le tissu bancaire national en mettant l’accent sur la formation, la fluidité des procédures et la remise aux normes des agences de réseau. À titre d’exemple, la recapitalisation des banques a été enclenchée depuis plusieurs années et des normes prudentielles ont été imposées. Le capital réglementaire minimum pour créer une banque est passé de 500 millions de dinars à 2,5 milliards (soit 25 millions d'euros). Les systèmes de contrôle ont été renforcés (depuis la faillite de la BCIA et de Khalifa Bank) et un effort conséquent a été dirigé vers la formation (en particulier sur l’évolution des risques) avec le soutien de l’UE;
- favoriser l’implantation de banques étrangères en ouvrant des possibilités de prises de participation dans leurs homologues algériens;
- orienter les concours bancaires avec une préférence pour les opérations d’investissements en ce qui concerne les entreprises et le financement immobilier pour les ménages.