Au plus bas depuis quatre ans… On évoque parfois comme une catastrophe la baisse récente de l’euro par rapport au dollar et à beaucoup d’autres monnaies. On aurait bien sûr préféré que cette baisse arrive naturellement, si l’on ose dire, et dans le calme, plutôt qu’un peu rapidement et comme conséquence de la crise sur les dettes d’Etat. Il n’empêche : la baisse de l’euro est la meilleure nouvelle économique depuis de longs mois pour l’Union économique et monétaire. Un chômage élevé qui pèse sur la confiance et la consommation des ménages ; un investissement encore timide ; une distribution de crédit atone ; la nécessité, urgente pour certains pays, bientôt pressante pour les autres, d’entreprendre le rétablissement des comptes publics : les moteurs de la croissance en Europe ne sont pas si nombreux. Si les plans d’austérité deviennent encore plus sévères, les risques de rechute s’accroîtront encore. C’est pourquoi la baisse du change est une vraie bouffée d’oxygène, tout à fait bienvenue.
L’OCDE a publié récemment des estimations économétriques de l’effet du change sur la croissance. Une baisse de 1 % du change effectif de l’euro apporterait, dès la première année, 0,7 point de croissance en plus et de nouveau 0,6 la deuxième. Ce serait au prix d’un peu plus d’inflation (0,3 % la 1re année, encore 0,4 % la 2e), mais il n’est pas sûr que ce soit une mauvaise nouvelle, compte tenu du point de départ… Le taux de change effectif est justement, au milieu du mois de juin, 10 % plus bas que sa moyenne de 2009. Les perspectives économiques moroses et l’incertitude sur l’organisation institutionnelle de la zone euro devraient l’empêcher de se redresser trop vite, voire lui permettre de baisser encore.
Car il faut se rappeler que, même à 1,20 $, l’euro reste relativement cher. C’est proche, il est vrai, de sa moyenne depuis qu’il existe, mais son cours d’introduction, le 1er janvier 1999, était 1,17 $. Les diverses estimations de la « bonne » valeur du change, avec toute la fragilité et toutes les incertitudes qu’elles peuvent avoir, tournent autour de 1,15 $. L’euro a coté moins de 0,85 $ en 2001 – déclenchant alors, mais alors seulement, une intervention de la BCE. Il ne s’agit pas d’aller jusque-là. Il ne s’agit pas non plus de se féliciter des difficultés récentes de l’UEM. Mais prenons la baisse de l’euro pour ce qu’elle est : une bonne nouvelle !