Quand les économistes expliquent l’instabilité et la complexité du monde, quelle stratégie d’investissement peut-on adopter ? La réponse donnée par les particuliers est intéressante.
L’année 2007 fut une année de rupture. Si l’on en reste à la surface, on peut dire que les deux décennies qui ont précédé ont reflété une sorte de logique à l’œuvre dans les rapports entre les principaux actifs que sont les obligations, les actions et l’immobilier, une cohérence aussi dans la relation entre l’économie et les actifs. Depuis, c’est plutôt le règne des paradoxes.
Le premier paradoxe, lui, est bien connu. Dans la conjoncture que nous connaissons, avec des problèmes d’emploi, de solvabilité, d’inquiétude diffuse, les prix du logement devraient baisser. Au lieu de cela, ils battent tous les records ! L’explication, qui réside dans une situation de rareté, mène à un autre paradoxe.
D’ordinaire, quand un marché immobilier est au plus haut, il est aussi en train de préparer une sur-offre qui permettra, en douceur ou brutalement, de revenir vers l’équilibre. Mais là, il n’en est rien, c’est la rareté qui s’accentue. D’où la configuration étrange que l’on peut énoncer ainsi : dans une conjoncture économique qui lui est défavorable le marché du logement est au plus haut, et continue d’avoir la faveur des investisseurs privés et de leurs conseillers.
Une logique de valeur refuge
Indépendamment des problèmes spécifiques du logement en France, une logique de valeur refuge est en train de se mettre en place. Mais refuge contre quoi ? Dans les années 1970 dominées par l’inflation, la pierre était une valeur refuge, tout comme l’or. L’ennemi était identifié, la réponse ciblée. Il en va tout autrement aujourd’hui, où l’on cherche plutôt à se protéger contre l’inconnu, contre une instabilité du monde dont on ne sait pas très bien comment elle se concrétisera.
Cette ligne d’explication semble valide face à un second paradoxe. L’épargne, tout comme l’investissement, a aujourd’hui une forte aversion au risque. Adieu, donc, les actions. À tort ou à raison, là n’est pas la question. Il devrait donc y avoir, de la même façon, une désaffection de l’immobilier d’entreprise. Et c’est là le paradoxe. On pourrait penser que les sociétés d'investissement immobilier cotées (SIIC) cumulent les inconvénients dans ce contexte d’aversion au risque. Non seulement ce sont des actions cotées, et de plus elles sont constituées surtout d’immobilier d’entreprise, en prise directe avec la conjoncture économique. Pourtant, depuis le début de l’année, elles ont progressé de 5 % pendant que le CAC 40 perdait tout autant, ce qui semble bien confirmer l’émergence d’une approche « refuge ». Dans le même ordre d’idées, les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) connaissent une collecte soutenue. Les statistiques du premier semestre sont intéressantes, car elles sont relativement peu influencées par les SCPI logement, donc fiscales, traditionnellement souscrites au second semestre. Le graphique montre qu’à part l’accident du début 2009 – on se souvient des comportements alors tétanisés dans tous les secteurs – la collecte des SCPI poursuit sa lancée.
Si les montants en jeu ne sont pas considérables au regard des ordres de grandeur de l’épargne, ils revêtent un caractère très significatif dû à la particularité de ce placement. À l’inverse de nombreux autres produits, comme les Sicav ou FCP, l’achat de parts de SCPI se fait dans le cadre d’un dialogue étroit, souvent long, avec les souscripteurs potentiels. Les statistiques des SCPI ont ainsi valeur de sondage, elles reflètent l’évolution de l’état d’esprit qui prédomine à l’endroit même où se forment les comportements d’épargne.