Finance responsable

« Redonner à la finance ses lettres de noblesse »

Créé le

12.10.2012

-

Mis à jour le

30.10.2012

Ancien trader, Stéphane Delacote a participé, en 2011, à la création de l’Observatoire pour l’innovation responsable, au sein de Mines Paris tech, nouveau nom de l’École des Mines. La première année d’existence de ce think tank a été consacrée à la finance.

En quoi une innovation est-elle ou n'est-elle pas responsable ?

L'idée centrale de l'observatoire est de promouvoir la vision selon laquelle une innovation devient responsable si la question de l'acceptabilité de cette innovation a été posée ouvertement. Comme le dit si bien Michel Callon [1] , chaque intervenant impliqué doit décider de s'engager dans un processus permettant à la société, c'est-à-dire aux différents groupes sociaux qui la composent, de l'évaluer, pour décider si oui ou non, et pour quels usages, cette innovation mérite d'être développée. L’innovation n'est pas responsable si un tel processus n'a pas eu lieu ou s'il a été défaillant.

Pour que la finance devienne responsable, ne doit-elle pas cesser d'innover ? En effet, en finance, l'innovation semble systématiquement destinée à contourner les réglementations ; comment peut-elle alors être responsable ?

Tout au contraire, nous devons continuer d'innover, mais en pensant des processus qui nous permettent de devenir responsables. Dans notre vision, il s'agit essentiellement d'un effort de démocratie.

Pouvez-vous donner des exemples d'innovations responsables en finance ?

Un exemple que j'aime beaucoup est la plate-forme MyHemera, à laquelle nous avons attribué le prix Dufrénoy. Il s'agit d'une plate-forme Internet communautaire qui cherche à réunir et partager toutes les approches quantitatives de pricing de produits financiers et d'analyses de leur risque. C'est en quelque sorte le Wikipédia des modèles financiers et MyHemera peut devenir un sérieux vecteur de transparence. Cette plate-forme contribuera, pour un coût très faible, a une meilleure compréhension et une meilleure analyse des tenants et aboutissants de produits financiers parfois très complexes. Le concept de transparence nous semble être un principe majeur à promouvoir à travers l'industrie financière.

Pourquoi avez-vous créé cet observatoire ?

La création de cet observatoire et son focus initial sur la finance sont une tentative pour redonner ses lettres de noblesses à cette industrie indispensable au bon développement de notre économie. Pour cela, des réformes nous semblent aujourd'hui indispensables. Nous avons tenté de proposer les directions de ce changement ainsi que certains principes qui pourraient être appliqués dans la réglementation et l'organisation des acteurs financiers.

Le premier principe est celui de démocratie. Une finance « noble » ne pourra être qu'une finance démocrate, où les innovations – pièces maîtresses dans la construction de l'édifice – seront développées en questionnant de manière ouverte la notion d'acceptabilité.

Mais il y a plein d'autres principes que nous pouvons utiliser sans transformer la finance en machine à gaz empêchant toute innovation, par exemple :

la formalisation : pour que les innovations financières deviennent responsables, ne pourrions-nous pas imposer leur formalisation au travers de comités et/ou d'écrits ? Les signataires deviendraient alors conscients de leur responsabilité ;

1 À la fois sociologue et ingénieur, Michel Callon a reçu en 2001 le prix John Desmond Bernal pour son travail sur l'aspect social des sciences et des technologies. En 2007, il a obtenu la médaille d'argent du CNRS.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº753
Notes :
1 À la fois sociologue et ingénieur, Michel Callon a reçu en 2001 le prix John Desmond Bernal pour son travail sur l'aspect social des sciences et des technologies. En 2007, il a obtenu la médaille d'argent du CNRS.