La finance durable se définit comme un écosystème d’acteurs et d’outils au service d’un développement économique harmonieux dans ses dimensions environnementales, sociales et de gouvernance, sans qu’aucun de ses trois piliers ne néglige les
Le défi à relever est donc double : s’assurer que les progrès de la connaissance scientifique, comme les travaux du GIEC ou les nouveaux modèles financiers, soient réellement pris en compte ; passer à la vitesse supérieure dans la mise au point d’indicateurs et d’outils aptes à en faciliter l’intégration par l’industrie financière. Car la dernière difficulté dans cette affaire est que le temps nous est compté : des mouvements irréversibles sont en marche, dans le domaine climatique notamment, avec la menace de franchir des seuils qui augmentent le degré d’incertitude à un niveau tel qu’il ne sera a priori plus gérable par les marchés.
État des lieux de recherche en finance verte et durable
La finance a désormais pris conscience de l’intérêt d’intégrer les enjeux environnementaux et sociaux, que ce soit pour améliorer ses processus de gestion des risques ou pour répondre aux attentes de ses parties prenantes et se reconnecter à l’économie réelle. La communauté académique suit le même mouvement et s’efforce d’adresser les questions prioritaires. Les initiatives se multiplient en France comme au niveau international. On peut citer notamment la création de
Ces marques d’intérêt ne suffisent pas, compte tenu de l’importance et de l’urgence des enjeux qui appellent une mobilisation de l’ensemble de la communauté de recherche en finance pour produire les conditions d’accélération du financement de la transition écologique. La complexité des enjeux appelle aussi une approche interdisciplinaire associant les chercheurs des sciences naturelles et sociales, comme les climatologues, les économistes comportementaux, les mathématiciens et les statisticiens.
Thèmes et besoins immédiats
Les sujets de la finance verte et durable ne sont pas réductibles au climat, mais il convient d’admettre que les enjeux climatiques offrent un proxy très utile pour définir une approche méthodologique cohérente : identifier, mesurer et contrôler les risques climatiques ; définir les outils aptes à diriger les financements vers les projets de transition énergétique et l’économie bas carbone.
Les risques liés au climat tels que formalisés par la Banque d’Angleterre et le célèbre discours de Mark
Les risques, au moins physiques et de transition, sont évalués à l’aide de modèles et de scénarios générés par ces modèles. Pour les risques physiques, il s’agit de modèles climatiques, développés par les grands centres de recherche en climatologie, tels que l’Institut Pierre Simon
Pour les risques de transition, la situation est plus complexe encore : les scénarios de transition économique doivent être déterminés de manière endogène, en tenant compte des émissions et de leurs effets sur le climat. C’est l’objet des modèles dits intégrés, qui contiennent à la fois une description du système économique et un modèle climat, en général beaucoup plus léger que celui qu’intègrent les modèles climatiques, et développés par les centres de recherche en économique, comme le CIRED en France avec le modèle
Deux grands sujets de recherche
Le financement de l’économie bas carbone pose deux grands sujets de recherche.
Le premier tient aux effets de l’intégration des risques climatiques : celle-ci peut-elle susciter la réallocation attendue du capital vers les actifs bas carbone et convient-il de stimuler cet arbitrage vert à travers par exemple des traitements prudentiels différenciés (green supporting factors et/ou brown penalising factors) ou des mécanismes de garantie des risques (blended finance) ?
Le second sujet est celui de l’impact : il ne se mesure pas en valeur absolue et doit prendre en compte les effets environnementaux et sociaux positifs et négatifs liés à l’investissement ou au financement d’une organisation. La mesure de l’impact ne peut non plus s’affranchir des sujets de causalité et d’additionnalité, sans lesquelles il est vain de prétendre augmenter les flux financiers vers les actifs durables. Cela pose aussi la question des effets d’alignement et de concentration sur la valeur de ces actifs. Première génération de mesure d’impact, le calcul de l’empreinte carbone est toujours largement utilisé par les praticiens, bien que celui-ci repose uniquement sur les émissions de carbone directes (scope 1) ou induites par la consommation d’énergie (scope 2) ; la seconde génération d’empreinte carbone revendique l’intégration du scope 3 (usages), et des émissions
Au-delà de l’empreinte carbone, des cadres de mesure d’impacts sont en cours de
La finance verte est à la croisée des chemins et une implication forte de la communauté académique pourra permettre de bâtir la future finance verte sur les fondations de mesures de risques et impacts transparents, plutôt que sur des méthodologies propriétaires opaques développées par certains consultants. Une fois les mesures d’impact en place, et avec une nomenclature précise d’actifs verts, il s’agira de structurer les produits d’investissement apportant aux investisseurs des garanties de liquidité suffisante, et une nouvelle comptabilité verte qui permettra de reconnaître ces produits à leur juste valeur pour la société.
Favoriser la création d’une banque de données vertes
Mobiliser la communauté académique ne suffit pas : construire un modèle de finance durable à la hauteur des défis suppose une forte implication de l’industrie financière ; c’est en changeant l’échelle de la recherche et en nouant un dialogue dense avec les chercheurs que l’on résout les problèmes. Pour être à la hauteur des engagements de leurs dirigeants, les institutions financières doivent accepter de mutualiser leurs moyens pour soutenir de grandes initiatives de recherche dans une nouvelle dynamique de transparence, à la fois sur les modèles et sur les données, qui sont la matière première et la clé des solutions. La communauté académique pourra ainsi remplir sa première fonction sociale qui est d’accompagner l’innovation des acteurs économiques et de les informer de l’état de l’art de la recherche et des incertitudes, voire des dangers qui pèsent sur l’utilisation de certains outils. La puissance publique doit également jouer son rôle. Favoriser la création d’une banque de données vertes et durables apparaît une priorité compte tenu de leur importance dans toute la chaîne de valeur. Il s’agit de permettre aux entreprises de partager leurs données en confiance, mais aussi de permettre aux chercheurs d’accéder aux données fiables normalisées pour tester leurs idées ; c’est aussi le moyen pour le régulateur d’avoir accès aux indicateurs pertinents sur le niveau des risques pris par l’industrie financière et pour les pouvoir publics de quantifier l’impact des politiques de transition énergétique. La création d’un observatoire interdisciplinaire pour la finance durable ayant la mission de coordonner les travaux et de stimuler la production de connaissances nouvelles serait un signal aussi fort qu’utile pour démontrer l’engagement de l’industrie financière à prévenir la menace d’une prochaine grande crise écologique et sociale.