En quoi la nouvelle réglementation prudentielle constitue-t-elle une opportunité pour les réassureurs ?
Avec Solvabilité 1, la prise en compte de la réassurance est plafonnée à un maximum de 50 %. Dans Solvabilité 2 cette limite disparaît. De plus, des éléments de réassurance non proportionnelle (voir encadré) sont introduits pour la première fois dans la réglementation. La réassurance est donc mieux prise en compte dans le calcul de la marge de solvabilité.
Solvabilité 1 est très rigide comparé à Solvabilité 2 qui, reposant sur un modèle économique, ouvre des espaces de discussion pour des solutions de réassurance qui n’étaient pas intéressantes auparavant. En revanche, le nouveau régime prudentiel introduit aussi le risque de contrepartie que présente le réassureur.
La notation du réassureur est donc regardée de près. Quelle est celle de Swiss Re ?
Nous venons d’obtenir un upgrade qui nous place à AA- selon Standard & Poors et nous sommes en ligne avec
Pouvez-vous donner un exemple de produit de réassurance qui devient intéressant avec Solvabilité 2, en permettant de réaliser une économie de fonds propres ?
La volatilité des actifs et du passif coûte cher en fonds propres aux assureurs. Notre domaine étant presque exclusivement celui du passif, nous proposons des solutions dans cet univers. L’exemple le plus classique est celui des catastrophes naturelles, mais avec solvabilité 2, certains autres risques sont mesurés selon leur volatilité, alors que cela n’est pas le cas sous Solvabilité 1.
Par exemple, le risque de réserve. Il s’agit des provisions constituées pour des engagements nés dans le passé. Prenons l'exemple de la victime d’un accident qui reçoit une rente pendant 30 ans. Cette personne peut réclamer et obtenir une indemnisation plus importante dans l’avenir, sa longévité peut être supérieure aux prévisions, une seconde victime du même accident peut se manifester… Bref, les sinistres peuvent évoluer et ceci est pris en compte dans Solvabilité 2, et non pas dans Solvabilité 1. Les assureurs ont donc intérêt à nous céder le risque lié à cette volatilité. Cette dernière concerne surtout la responsabilité civile (en assurance auto ou professionnelle, par exemple). Dans ce domaine de la protection sur le passé, la réassurance offre donc un intérêt renforcé même si, avant même l’élaboration de Solvabilité 2, les assureurs cherchaient parfois à réduire ce risque de volatilité afin d’améliorer leur notation par Standard & Poors, qui intègre cette question dans sa modélisation économique.
La réassurance proportionnelle semble mieux prise en compte par Solvabilité 2 que la réassurance non proportionnelle…
Avec la réassurance proportionnelle, si l’assureur cède 50 % de ses primes, et donc de ses risques, il réalise une économie de fonds propres de 50 %.
Pour le non proportionnel, il existe trois modes de calcul différents. Dans la formule standard, souvent appliquée par les organismes de taille petite ou moyenne, les bénéfices de la réassurance non proportionnelle telle qu’elle existe aujourd’hui sur le marché et telle qu’elle est efficace pour la cédante ne sont pas complètement reflétés et nous nous battons pour que cela évolue.
En revanche, les assureurs équipés d’un modèle interne (MI) – c'est-à-dire un modèle économique propriétaire, basé non pas sur des formules imposées mais sur les propres considérations du portefeuille – pourront faire valoir, sans limite, les effets de cette forme de réassurance sur leurs risques et donc leurs fonds propres. La différence avec la formule standard et Solvabilité 1 peut être très importante, surtout pour des compagnies spécialisées ou internationalement diversifiées.
Entre le MI et la formule standard, il existe une troisième option, moins connue : le
Dans la perspective de la mise en œuvre de Solvabilité 2, certains réassureurs se sont mis à offrir du conseil aux assureurs pour les aider à calculer leurs risques. Est-ce votre cas ?
Notre métier n’est pas d'offrir un calcul de la marge de solvabilité de nos clients et nous n’entrons pas en concurrence avec les cabinets de conseil en actuariat. Toutefois, nous avons un outil interne qui reflète la formule standard avec lequel nous pouvons effectuer une simulation de la marge de solvabilité à partir des portefeuilles de nos cédantes, si elles nous donnent suffisamment de données. Certains assureurs souhaitent y avoir recours. Ils nous donnent de façon confidentielle les résultats de leur QIS 5 et nous revenons vers eux avec une proposition de meilleure structuration de leur réassurance et une simulation des effets de réassurance sur leurs exigences de fonds propres. Cet accompagnement est nouveau, il n’existe pas dans l’environnement Solvabilité 1.
Les BFI et les réassureurs n’ont-ils pas des propositions comparables pour réduire le risque de longévité que prennent les assureurs vie ?
Ce risque concerne surtout les produits qui permettent de sortir en rente car alors, si le bénéficiaire décède tardivement, l’assureur risque de ne pas avoir assez de provisions. Or, avec Solvabilité 2, ce risque de longévité est très coûteux en fonds propres.
Certaines BFI proposent aux assureurs de leur acheter ces portefeuilles de contrats. Comme, a priori,elles ne gardent pas le risque, je suppose qu’elles le cèdent au marché ou qu'elles ont un partenaire (peut-être un réassureur) qui conserve le risque de longévité.
Nous proposons aux assureurs de réassurer le risque de longévité que nous conservons dans nos bilans. Ce risque est diversifiant pour nous qui portons beaucoup de risque de mortalité, en réassurant la prévoyance par exemple. Ces deux formes de risques ont tendance à s’annuler l’un l’autre, ce qui est une bonne chose pour notre équilibre prudentiel.
La réassurance permettant d’économiser des fonds propres, peut-elle constituer une solution alternative aux financements que les banques sont susceptibles de proposer ?
En effet, d’un côté, les banques proposent de la dette hybride qui est un élément de fonds propres reconnu par Solvabilité 2 et, de l’autre, la réassurance est en quelque sorte un substitut de fonds propres. Ces deux options sont concurrentes l’une de l’autre. Par exemple, un client cède une quote-part d’un portefeuille dans le cadre d’un contrat de réassurance proportionnelle pour une marge de profitabilité qui va au réassureur et qui peut être comparée au coût de la dette hybride.