Rating : « Morningstar est au service de l’investisseur »

Créé le

11.03.2011

-

Mis à jour le

05.05.2011

Face aux agences de notation assises sur le modèle « émetteur-payeur », d'autres structures ont cherché à émerger pour répondre aux besoins des investisseurs, à l'image de Morningstar aux États-Unis.

Morningstar est une entreprise d’analyse financière de création relativement récente. Pouvez-vous nous rappeler sa genèse ?

Morningstar est une entreprise américaine créée en 1984 avec l’objectif de fournir aux investisseurs individuels des informations sur les mutual funds. À l’époque, le constat était que l’on pouvait facilement trouver des informations et de la recherche sur les actions comme Général Electric, Boeing ou ATT, mais qu’en revanche, on manquait d’information et d’analyse sur les mutual funds qui demeuraient en bonne part pour de nombreux investisseurs des boîtes noires. Notre approche de transparence a été rapidement couronnée de succès aux États-Unis. En effet, il y existe un pourcentage important de particuliers qui sont prêts à payer cette information sur les placements long terme, tout simplement parce qu'ils gèrent leurs fonds pour leur retraite au travers de fonds de pension.

Un quart de siècle plus tard, Morningstar dispose aux États-Unis de plusieurs publications papier et d’un site Internet auquel plus de 180 000 particuliers sont abonnés. Parallèlement, la base de clientèle de notre entreprise s’est élargie aux conseillers financiers, aux investisseurs institutionnels, aux gérants, etc.

Cette démarche de transparence constitue notre ADN : Morningstar est au service de l’investisseur, qu’il soit particulier ou professionnel, et lui délivre de l’information qualifiée. Si notre produit a de la valeur, les clients à qui nous le destinons doivent être prêts à nous rémunérer pour notre expertise.

Quel a été votre développement depuis 1984 ?

De 1984 à la fin des années 1990, notre développement a porté sur la recherche sur les mutual funds, d’une part quantitative avec l’attribution des étoiles Morningstar, puis qualitative. À partir des années 2000, pour répondre à la demande de nos clients et de nos abonnés, nous avons développé une recherche actions, d’abord en Amérique du Nord, puis également en Europe et en Asie.

Nous avons grandement bénéficié de l’accord Merryll-Lynch, qui permet aux banques d’affaires de verser la partie recherche des frais d’intermédiation à des sociétés indépendantes comme la nôtre. La recherche est une activité qui coûte cher avec une montée en charge progressive qu’il faut pouvoir amortir soit en faisant payer les émetteurs, soit les clients finaux. Pour nous, le choix était simple : si la recherche que nous produisons a de la valeur, alors les investisseurs à qui elle est utile doivent être prêts à payer pour en disposer. Et là encore, les investisseurs ont été au rendez-vous. Le champ de la recherche actions s’est ensuite élargi aux marchés européens et asiatiques en même temps que nous signions des contrats sur ces marchés. Ce fut le cas, par exemple, en France, avec une banque qui souhaitait externaliser sa recherche actions.

Morningstar est coté au Nasdaq depuis 2005, ce qui impose une publication trimestrielle de nos comptes. Nous disposons de cash flows et d’une trésorerie conséquents. Cela nous a donné les moyens de réaliser de la croissance externe, mais aussi de conduire une politique de croissance organique, en lançant de nouvelles activités. Enfin, cette position de force nous permet d’investir dans des projets à 12/24 mois. En clair, notre situation financière nous permet d’être vertueux, à condition toutefois de gérer intelligemment nos ressources.

Notre diversification s’est poursuivie en 2009 vers l’activité de credit rating. Dans la suite logique de notre expertise en recherche actions, nous avons capitalisé sur notre historique de valorisation des entreprises. Nous sommes à même d’analyser le risque émetteur parce que nous avons une bonne visibilité des forces et des faiblesses des entreprises au niveau industriel et financier, et nous n’imaginerions pas analyser le risque crédit d’une entreprise dont nous n’aurions pas fait l’analyse actions. D’ailleurs, nos équipes sont mixtes et nos analystes crédit sont issus de l’analyse actions. Dans cette logique, nous ne proposons que des analyses corporate, nous ne traitons pas de dette souveraine, et n’avons pas pour projet de le faire à court terme.

En quoi l’activité de notation est-elle importante pour Morningstar ?

L’activité de credit rating est stratégique pour nous en ce qu’elle complète ce que nous savons faire. Nous analysons l’émetteur dans sa globalité, et non pas juste sur une émission. Nous évaluons sa solidité financière, son endettement total et ses cash flows, au lieu de nous intéresser à un compartiment de sa dette. C’est la même démarche qui nous avait poussés à créer notre propre recherche pour mieux analyser les portefeuilles des fonds que nous notons. Et c’est l’investisseur, celui qui paie, qui détient le pouvoir, qui nous rémunère pour les informations que nous lui apportons.

En matière d’analyse actions, nous fournissons à nos clients une synthèse de recherche, mais aussi la méthode qui nous a amenés aux conclusions que nous défendons, et l’outil de calcul de notre fair value par exemple, sous la forme d’un tableau Excel complet. Pour un particulier, c’est d’un maniement sophistiqué, mais pour un professionnel, ce modèle de valorisation détaillé lui permet de valider ou de modifier les hypothèses sur lesquelles nous avons travaillé, pour échanger d’égal à égal avec nos spécialistes.

Dans une période où certaines agences de notation font l’objet de suspicions, notre manière de travailler révèle tout son intérêt :

  • nous sommes payés par l’investisseur ;
  • nous évitons les situations qui présentent des conflits d’intérêt potentiels ;
  • nous laissons le pouvoir à celui qui paie, sans avoir à tenir compte des intérêts de l’émetteur.
Cette cohérence nous permet de continuer à investir dans nos propres outils de recherche financière.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº736