Financement participatif

« La rapidité d’octroi est différenciante par rapport au secteur bancaire »

Créé le

11.05.2017

-

Mis à jour le

24.05.2017

La plate-forme de prêts aux PME Credit.fr a été lancée en mars 2015. Pour son président, il ne s’agit pas de concurrencer les banques – 60 % des crédits se font d’ailleurs en cofinancement avec des acteurs traditionnels –, mais de proposer un service plus rapide et moins bureaucratique grâce aux outils numériques. Credit.fr travaille à l’utilisation de données « non conventionnelles » pour affiner ses algorithmes de scoring.

Pourquoi avoir lancé le site de financement participatif aux PME Credit.fr ?

Credit.fr a été créé en septembre 2014. Nous sommes une des cinq premières plates-formes à avoir été agréé avec le statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP), le 17 octobre 2014, et nous avons démarré l’activité de crédit en ligne en mars 2015.

Nous avons lancé Credit.fr pour plusieurs raisons. Les TPE et PME ont globalement accès au crédit bancaire, il ne s’agit donc en rien de pallier un manquement de la part des banques. Mais le chemin est long et fastidieux pour obtenir un crédit bancaire : il faut se rendre en agence, rencontrer un conseiller… Aujourd’hui, avec le Big Data, les outils d’aide à la décision et les algorithmes, nous pouvons révolutionner l’expérience des TPE et PME, leur donner une réponse très rapide à une demande de crédit. Et, enfin, depuis la crise financière, les particuliers ne veulent plus de produits compliqués, ils ont envie de donner plus de sens à leur épargne, et cherchent de nouvelles rentabilités.

En mars 2015, nous avons lancé Credit.fr avec l’idée que la différenciation se ferait sur la capacité à sélectionner les bons dossiers. Pour cela, nous nous assurons d’avoir un sourcing de dossiers très abondant, pour nous assurer cette bonne sélection des dossiers. Et nous faisons en sorte d’avoir des bons algorithmes de scoring, les bons outils d’aide à la décision, et une équipe d’analystes financiers expérimentés. Nous ne sélectionnons que des entreprises de plus de 4 ans, dont la probabilité de défaut est beaucoup plus faible que les plus jeunes, qui ont des fonds propres positifs, un résultat d’exploitation positif, et peu d’endettement. Nous sommes très sélectifs pour pouvoir donner une préréponse en ligne à une entreprise en 15 secondes, puis une réponse définitive en moins de 48 heures. Les entreprises viennent se financer sur Credit.fr parce que cela est plus rapide.

Quels types d’entreprises se financent sur Credit.fr, pour quels besoins ?

Les prêts s’élèvent à 60 000 euros en moyenne, sur 36 à 60 mois, 47 mois en moyenne. La décision d’octroi de prêt est plus rapide, moins bureaucratique, sans demande de caution personnelle, et nous offrons à l’emprunteur une assurance décès-invalidité sur la tête du dirigeant, qui coûte en général cher dans les banques traditionnelles.

Nous avons en moyenne un à six dossiers en cours de financement sur le site. Nous avons déjà financé 192 dossiers pour un moment total de plus de 11 millions d’euros, avec aucun défaut et aucun retard de paiement. Nous avons examiné plus de 30 000 dossiers, 7 000 dossiers en 2015, 17 000 en 2016 et déjà 8 000 en 2017. Notre taux d’acceptation est inférieur à 1 %, ce qui nous permet de ne proposer que des entreprises de qualité. Et nous servons un taux de 7,60 % en moyenne.

Les entreprises qui empruntent via Credit.fr sont des TPE et PME du commerce, de l’artisanat, de l’industrie, des professions libérales… elles ont en moyenne 15 ans d’ancienneté et 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires. Elles ont besoin de financer du développement, du matériel, des travaux, des embauches, du besoin en fonds de roulement, du stock, et bien sûr de l’immatériel.

Comment les entreprises viennent-elles vers Credit.fr ?

Nous avons beaucoup travaillé sur notre sourcing. Il y a des demandes spontanées, et nous avons signé des accords avec des acteurs du crédit comme Younited Credit (ex-Prêt d’Union), un acteur qui fait du crédit à la consommation pour les particuliers mais vers lequel se tournent certains dirigeants d’entreprises pour des demandes de crédit pro. Nous avons également des accords avec des courtiers comme Empruntis et Meilleurs taux qui travaillent de plus en plus avec des acteurs comme nous. Ils apprécient la réponse rapide que nous offrons à une demande de crédit. La collecte est très rapide également, elle se fait en moyenne en 5, 6 ou 7 jours. Cette rapidité est complètement différenciante par rapport au secteur bancaire. Mais nous ne nous positionnons pas en pourfendeur du secteur bancaire, nous sommes une start-up qui est complémentaire du secteur financier traditionnel.

Faites-vous du cofinancement avec d’autres types d’acteurs ?

Nous faisons du cofinancement dans 60 % des cas. Cela est le fait des entreprises que nous sélectionnons, il ne s’agit pas d’une initiative de notre part. La majorité des entreprises qui empruntent via Credit.fr ont emprunté une première partie auprès d’une banque et viennent chercher le complément d’un financement chez nous. Le cas typique est par exemple celui d’un hôtel-restaurant qui a besoin de 180 000 euros pour financer des travaux, obtient un crédit bancaire pour 180 000 euros, mais a besoin de 50 000 euros supplémentaires pour terminer ses travaux et se tourne vers Credit.fr plutôt que de retourner voir sa banque. Nous intervenons donc en complément d’un financement bancaire, et cela rassure les investisseurs de voir que la banque a vu son client récemment.

Qui sont les prêteurs sur Credit.fr ?

Les prêteurs, 11 800 aujourd’hui, sont pour 99 % d’entre eux des particuliers qui prêtent en moyenne 3 000 euros par an et choisissent d’investir sur un grand nombre de dossiers puisque le prêt moyen est d’un peu plus de 200 euros. À ces particuliers viennent s’ajouter des grosses PME et des holdings patrimoniales (1 % des prêteurs) qui viennent placer leurs excédents de trésorerie sur notre plate-forme et contribuent à hauteur de 24 % aux financements.

Quelles sont les particularités de votre méthode de scoring, en quoi se différencie-elle de celles des banques et comment utilisez-vous les nouvelles technologies numériques ?

Nous avons travaillé au départ pendant 8 mois sur un score propriétaire, pour bien garantir le risque. Nous avons « screené » les 3 millions d’entreprises qui nous intéressent. Nous sommes allés chercher les statistiques de la Banque de France (Fiben), nous sommes les premiers du secteur à les utiliser, et nous avons rédigé et signé un protocole avec la Banque de France pour cela. Aujourd’hui, une grande partie des plates-formes ont signé ce protocole et utilisent ces données.

Nous utilisons donc des données traditionnelles qui existent depuis longtemps et que les banques utilisent également. Mais nous allons chercher un peu plus de données que les banques. Car en revanche nous ne disposons pas de l’historique du compte bancaire de l’entreprise, même si nous demandons l’accès aux informations concernant ce compte. Nous étudions 200 à 400 paramètres par entreprise, le passé du dirigeant et de son activité, les données financières de l’entreprise, les données de paiement, sectorielles et géographiques…

Nous allons désormais également utiliser des données dites « non conventionnelles », numériques. Nous avons mené une étude avec l’agence de notation financière française Spread Research et des chercheurs de l’ESCP Europe et du laboratoire d’excellence REFI sur l’impact des données non conventionnelles (intensité de la présence sur les réseaux sociaux, dynamisme de l’environnement local, âge du dirigeant…) sur la solvabilité des entreprises. Nous sommes en train de travailler là-dessus pour affiner nos algorithmes et intégrer l’utilisation de ces données à notre modèle interne de scoring. Cette évolution sera en place dans le courant du second semestre 2017.

Pensez-vous que ce type d’outils de scoring pourrait être utilisé à l’avenir par les banques ?

Avec l’explosion des données numériques, ces outils pourraient se développer et être utilisés par les différents acteurs à l’avenir. Nous avons une longueur d’avance sur ce sujet des données non conventionnelles dans le secteur du crédit aux TPE et PME. La plupart des acteurs du crédit à la consommation en revanche en utilisent déjà en France mais aussi aux États-Unis et en Asie. Nous avons un avantage par rapport aux banques traditionnelles, nous sommes monoproduit, et nous concentrons donc tous nos efforts sur ces outils.

Que pensez-vous des résultats de l’étude publiée en février par UFC Que Choisir, qui estime notamment que la sélection des projets par les plates-formes de prêts en ligne n’est pas assez rigoureuse, avec une analyse des risques parfois insuffisante ?

Cette étude est assez à charge pour le secteur et c’est dommage, car elle jette un peu l’opprobre sur l’ensemble de celui-ci, alors qu’il y a qu’un ou deux acteurs qui se sont mal comportés. 80 % des acteurs du secteur font bien leur travail. C’est le cas de Credit.fr qui n’a d’ailleurs pas été épinglée dans ce rapport.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº809