La microfinance offre un ensemble de produits financiers à ceux qui sont exclus du système financier classique. Aujourd'hui, plus de 150 millions de personnes dans le monde bénéficient de ses services. Pour ces familles et ces très petites entreprises, pouvoir épargner, emprunter ou s’assurer, c'est avoir les moyens de développer des activités autonomes, d’être moins vulnérables aux aléas socio-économiques, et d’améliorer leur niveau de vie.
Dans les années 2000, la microfinance a suscité un véritable engouement médiatique, en raison de ses succès en termes d’insertion économique et de la croissance exponentielle du nombre de ses clients. Sa mise en exergue comme un outil de lutte contre la pauvreté a renforcé l’attention prêtée à cette activité et des appuis financiers et techniques ont permis son expansion et sa professionnalisation.
Cependant, considérées par essence comme « sociales », les institutions de microfinance (IMF) n’étaient évaluées qu’à l’aune de leurs performances financières (croissance, recouvrement, rentabilité, productivité…). Or, on voit aujourd’hui émerger de sévères critiques qui pointent des
Pourtant, de nombreux praticiens ont identifié les risques liés à leurs interventions et mis en œuvre des instruments permettant d’y faire face. Ces outils ont vocation, au-delà de la microfinance, à contribuer au renforcement d’une finance responsable, soucieuse de ses résultats à la fois économiques, sociaux et environnementaux.
Une réflexion collective du secteur sur les enjeux des performances sociales
Plusieurs initiatives se sont rassemblées en réseaux, en particulier autour d’une coordination internationale – la « Social Performance Task Force » (SPTF) – pour mettre en commun des approches et des outils permettant d’évaluer et d’améliorer les performances sociales des IMF. Les performances sociales sont définies comme « la traduction dans la pratique de la mission sociale d’une institution de microfinance, pour servir un nombre croissant de personnes pauvres et exclues, fournir des services adaptés et de qualité, générer des bénéfices pour les clients et renforcer leur responsabilité sociale vis-à-vis des employés, des clients et de l’environnement ».
Aujourd’hui, la diffusion de ces innovations renforce les stratégies qu’élabore la microfinance pour contribuer au développement socio-économique. Elle offre aussi des réponses objectives aux critiques et concourt à la prévention des risques identifiés.
Les conditions d’une approche durable de la microfinance
Des outils d’évaluation sociale pour une plus grande transparence. On dénombre quatre types d'instruments d'évaluation sociale, qui viennent compléter les dispositifs d'évaluation financière. Les audits et les ratings sociaux étudient les processus internes des IMF et reçoivent aujourd’hui la reconnaissance du secteur, à travers une large utilisation de ces approches. Par exemple, l’outil SPI (Social Performance Indicators), mis au point par
Des approches de gestion des performances sociales pour renforcer l’impact sur les clients. Au-delà de l’évaluation, une communauté grandissante de praticiens de la microfinance travaille à l’amélioration des modes d’intervention, non seulement des IMF, mais aussi des fonds d’investissement soutenant ce secteur. Un prérequis essentiel est d’éviter de nuire aux usagers (« do no harm »). Ainsi, les IMF et leurs partenaires travaillent sur des principes de protection des consommateurs, par lesquels ils s’efforcent notamment de prévenir le surendettement, d’assurer la transparence des taux et de garantir le comportement éthique de leurs
Une stratégie durable, financièrement et socialement. Le renforcement des performances sociales se révèle propice à la viabilité financière des IMF. En effet, des microentrepreneurs satisfaits s’avèrent mieux à même de rembourser à temps et à mesure que leur activité économique se renforce, ils sont plus enclins à solliciter de nouveaux services. Par ailleurs, des employés satisfaits et en ligne avec les valeurs de leur organisation s’efforcent de répondre aux exigences de leur métier (suivi des clients, qualité du portefeuille). On a ainsi observé que dans des périodes de crise ou de critiques, comme en Bolivie ou au Nicaragua, les IMF les plus tournées vers leurs clients ont souvent mieux résisté aux pressions économiques et politiques.
De la microfinance à la finance durable ?
Au travers de tels dispositifs, la microfinance s’organise collectivement pour autoréguler ses pratiques et gagner en transparence et en efficience sur ses objectifs financiers, sociaux et environnementaux. Sur le plan financier, la maturité des IMF appelle une croissance maîtrisée, des retours financiers raisonnables, et des niveaux de coûts qui soient cohérents avec les services apportés et les capacités de remboursement des clients. D’un point de vue social, il s’agit de fixer des garde-fous clairs qui préservent les principes essentiels sur lesquels le secteur a bâti sa notoriété : proximité, inclusion financière, déontologie, respect des personnes, transparence, adéquation aux besoins, amélioration des conditions de vie de clients. En matière d’environnement, on assiste à un foisonnement d’expérimentations visant à établir des listes d’exclusion des activités nocives, à développer des produits financiers en faveur des énergies renouvelables ou à proposer des accompagnements permettant une meilleure gestion des ressources naturelles (eau, terres…).
L’ensemble de ces outils et approches apporte désormais une feuille de route au secteur et permettra d'y promouvoir en toute transparence des pratiques durables. Il s’agit bien sûr de développements qui font écho à ceux qui agitent d’autres branches de la finance et toutes les parties prenantes gagneraient à ce que des échanges entre ces expériences soient multipliés.