Alors qu’en début d’année 2020, l’épidémie de Covid-19 était essentiellement circonscrite à la Chine, celle-ci s’est ensuite très rapidement diffusée dans le reste du monde. Pour enrayer cette crise sanitaire, la plupart des pays ont mis en place des mesures de confinement incitant les populations à limiter les interactions physiques. Ces mesures de distanciation physique (interdiction d’événements publics, fermetures d’écoles, de commerces jugés non-essentiels et des frontières) ont contraint les dépenses des agents et les échanges entre pays provoquant un choc de demande qui s’est diffusé à l’ensemble du tissu productif mondial, provoquant une crise économique sans précédent en temps de paix.
Un choc d’activité sans précédent
Comme le laissait pressentir l’évolution des indicateurs en temps réel (consommation d’électricité, transaction par carte bancaire…), les comptes nationaux du premier trimestre publiés dès la fin avril 2020, puis ceux du deuxième trimestre publiés fin juillet, ont concrétisé les effets économiques du confinement. Encore modérée au premier trimestre bien qu’ayant déjà atteint des niveaux historiques malgré seulement 15 jours de confinement sur le trimestre, la récession apparaît dans sa pleine mesure au deuxième trimestre avec beaucoup de pays affichant une chute du PIB de plus de 10 %, dont la France avec un recul de -13,8 %. Au total, en glissement annuel à la fin du premier semestre 2020, la France (-18,9 %) fait un peu mieux que l’Espagne (-21,5 %) ou le Royaume-Uni (-21,5 %), mais est bien plus affectée que l’Allemagne (-11,2 %) et les États-Unis (-9,0 %) (voir Graphique 1).
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L’hétérogénéité de ces performances s’explique à la fois par l’intensité des mesures prophylactiques qui ont été mises en œuvre et par la structure sectorielle de la production. La fermeture des commerces non essentiels et le coup d’arrêt du tourisme ont particulièrement frappé certains secteurs et notamment, le transport aérien, l’hébergement, la restauration et les services de loisirs, secteurs dont le poids dans l’économie diffère d’un pays à l’autre (voir Graphique 2). Ils représentent plus de 14 % de la valeur ajoutée en Espagne contre moins de 9 % en Allemagne et en Chine.
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En outre, l’intégration des pays dans les chaînes de valeur du commerce international a aussi contribué à la diffusion du choc, y compris dans les pays n’ayant pas adopté de mesures strictes de confinement.
Elles peuvent enfin résulter des problèmes de construction des comptes nationaux dans le contexte de la crise de la Covid-19 et en particulier, le traitement de la production non marchande qui n’a pas été identique selon les pays.
Une forte accumulation d’épargne par les ménages
L’impact sur le marché du travail des chutes d’activité a été amorti dans de nombreux pays européens par des dispositifs de chômage partiel et par un recours accru au télétravail. L’activité partielle a ainsi permis de maintenir les salariés en emploi et de les indemniser en cas de réduction temporaire de leur durée du travail. Il en est résulté une hausse modérée du taux de chômage en Europe et un quasi-maintien du revenu des salariés. Aux mesures de chômage partiel s’est ajouté un ensemble de mesures d’urgence permettant de soutenir le revenu des ménages, la trésorerie des entreprises et d’accroître certaines dépenses discrétionnaires comme les dépenses de santé.
Les baisses de revenu des ménages et des entreprises résultant des mesures sanitaires prises au premier semestre ont été en grande partie absorbée par les finances publiques (voir Graphique 3). Cela a été notamment le cas en Allemagne et surtout au Royaume-Uni où les administrations publiques ont compensé respectivement plus des deux-tiers et au-delà de 90 % des pertes de revenus sur la période (contre environ de 55 % en France, en Espagne et en Italie).
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Les mesures de soutien du revenu des ménages ont conduit à une hausse du taux d’épargne dans une situation de dépenses contraintes par la fermeture des commerces. À la fin du premier semestre, en lien avec la crise de la Covid-19, les ménages britanniques auraient accumulé 89 milliards de livres sterling d’épargne brute « forcée », soit une hausse du taux d’épargne de plus de 12 points de leur revenu disponible. L’épargne contrainte s’élève à plus de 60 milliards d’euros en France et en Allemagne et est proche de 40 milliards d’euros en Espagne et en Italie (voir Graphique 4).
Un rebond au troisième trimestre… puis la rechute
Après un plongeon de l’activité de plus de 30 % par rapport à la situation pré-Covid en avril, les différents instituts envisagent pour le deuxième confinement, une chute de moindre ampleur. Pour le mois de novembre l’activité en France devrait s’établir entre -12 % pour l’INSEE et la Banque de France et -14 % pour l’OFCE. Pour le mois de décembre, à ce jour, seul l’INSEE et l’OFCE ont fourni une estimation. Les deux instituts projettent une amélioration, quasi identique, de l’activité le dernier mois de l’année : cette dernière devrait se situer entre 8 % et 10 % sous son niveau d’avant crise (respectivement pour l’INSEE et l’OFCE). En rythme trimestriel, cela équivaut à une contraction de l’activité au quatrième trimestre 2020 de 4,4 % pour l’INSEE contre près de 6 % pour l’OFCE. En rythme annuel, le PIB reculerait de 9,1 % pour l’INSEE contre 9,5 % pour l’OFCE.
Croissance en 2021 et Plan de relance
En 2021, nous supposons que le durcissement des mesures prophylactiques restera limité aux secteurs à forte interaction sociale, et ce pendant une durée de 6 mois. Dans ces conditions, le PIB devrait connaître un rebond progressif. Par ailleurs, le gouvernement a décidé de lancer un Plan de relance de 100 milliards d’euros entre 2020 et 2022. En 2021, ce plan devrait mobiliser 29 milliards d’euros de ressources (1,2 point de PIB) mais son impact sur le déficit serait plus faible car 17 milliards d’euros seront financés en 2021 par des fonds européens. Sous cette impulsion budgétaire, la croissance attendue pour 2021 serait de 7 % alors qu’elle ne serait que de 6 % hors Plan de relance. À noter que le PIB de la France reviendrait fin 2021, à un niveau inférieur de -1,7 % de celui de fin 2019. En supposant une croissance potentielle de 1,2 %, la perte d’activité estimée par rapport à ce potentiel serait encore de -4,1 points de PIB fin 2021.
À court terme, éviter les faillites d’entreprises
Malgré la mise en œuvre de mesures de soutien aux entreprises, la brutalité de la récession induite par la pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires associées devraient avoir des conséquences importantes sur le tissu productif français. L’ampleur des séquelles que laissera cette crise sera d’autant plus importante et durable que la récession d’activité est hétérogène suivant les secteurs. Pour Guerini et al (2020), en 2021 le nombre de faillites d’entreprises sera 80 % plus élevé que lors d’une année « hors Covid-19 ». Pour ces auteurs, les secteurs de l’hébergement-restauration, les services aux ménages et la construction sont particulièrement exposés aux défaillances d’entreprises tandis que ceux issus des secteurs du commerce et de l’industrie manufacturière le sont dans une moindre mesure. En partant de ces résultats sectoriels, Heyer (2020) estime que les destructions d’emplois salariés dues à des défaillances d’entreprises liées à la crise de la Covid-19 s’élèveraient à environ 175 000 en 2021 dont près de 40 % pour le seul secteur des services aux entreprises.
Dans ces conditions, fin 2021, l’économie française enregistrerait près de 800 000 destructions d’emplois par rapport à fin 2019 et le taux de chômage devrait s’établir à 10,6 % de la population active.
À moyen terme, combattre les origines de la crise actuelle
Cette crise pandémique a été engendrée par différentes causes qui, si elles ne sont pas traitées, vont engendrer de nouveaux épisodes récessifs dans les années à venir. Cette crise est avant tout liée à la dégradation de l’environnement et à la détérioration des écosystèmes qui favorisent la transmission des maladies infectieuses par la faune sauvage aux humains. Les canaux sont multiples : déforestation, artificialisation des sols, destruction des habitats naturels, acidification des océans, commerce d’espèces sauvages… La fonte du Permafrost inquiète le plus souvent pour ses effets climatiques – à juste titre. Mais parce qu’il abrite des bactéries et des virus congelés depuis des millénaires, la fonte du Permafrost représente également une menace sanitaire. Enfin, l’hyperdensité urbaine, la concentration de la population dans les mégapoles et la mondialisation marquée par l’intensification des échanges et l’accélération de la circulation des personnes sont autant de vecteurs de contamination, de propagation et de diffusion rapide des virus.
Si les aides publiques sont aujourd’hui nécessaires, elles doivent impérativement être mises au service de la transformation du régime de croissance vers un système intégrant la contrainte environnementale et la réduction des inégalités, de manière à combattre les origines de la crise actuelle.