Deux ans après l’Accord de Paris, en décembre 2017, la France réunira un nouveau sommet international « pour faire un point d'étape sur son avancée et mobiliser les financements indispensables » à sa réalisation.
Ce point d’étape permettra de faire un premier constat sur la lutte contre le changement climatique et en particulier sur l’apport indispensable de la finance, deux ans après la CoP 21. En effet, d’une part, les besoins de financements sont gigantesques et, d’autre part, la pression juridique pour agir contre les effets de ces changements s’accroît sur les entreprises et gouvernements. Ainsi, après la condamnation du gouvernement des
La transition vers une économie sobre en carbone pourra difficilement se faire sans un apport plus marqué de la finance. Quels nouveaux produits, normes comptables ou réglementaires pourraient y contribuer ?
Quel bilan deux ans après l’Accord de Paris ?
Tout d’abord, selon plusieurs experts, les engagements pris par les différents États suite à la CoP 21 conduiraient à un monde à 3 voire 3,5 degrés à la fin du siècle, plutôt qu’aux 2 degrés « promis ». Ensuite, ces engagements, bien qu’insuffisants, nécessiteraient
Enfin, le deuxième plus gros émetteur,
Pourtant, le monde bat des records de température chaque mois et les catastrophes naturelles s’enchaînent. L’océan atlantique a ainsi vu récemment naître plusieurs ouragans quasi simultanément. Celui ayant frappé la ville de Houston a causé des dégâts matériels estimés à quelque 300 milliards de
La première leçon à tirer de ces constats est que deux sujets semblent décisifs pour relever le défi du changement climatique : les montants colossaux nécessaires pour financer la lutte contre le réchauffement climatique et l’engagement de « décarbonation » des pays. La deuxième leçon est que le défi le plus important à relever réside davantage dans l’ambition et l’efficacité des politiques climatiques que dans les conditions d’accès aux marchés de capitaux.
Trois innovations financières pour relever le défi
Les spécificités de la finance au service du développement durable (besoins de capitaux patients, contraintes comptables et prudentielles à l’investissement long,
Il est donc indispensable d’innover davantage pour contribuer au processus de transformation de la finance destiné à soutenir le climat et permettre de véhiculer plus de capitaux vers les projets verts tout en répondant aux engagements de décarbonation.
Nous proposons trois innovations financières (produit, comptable et prudentielle) :
- la première est la création d’une nouvelle classe d’actifs liant la dette publique et les objectifs environnementaux (incluant dans sa version souveraine une innovation de dimension politique). Cette innovation peut également être utilisée par tout émetteur privé (entreprise, banque, etc.) ou quasi souverain (collectivités locales, mairies, etc.) ;
- la deuixème est une innovation comptable et technique consistant à utiliser une prime « climatique » dans l’actualisation de tout projet d’investissement ;
- la dernière consiste à réinvestir le champ de régulation prudentielle en y injectant des incitations environnementales.
Pour une nouvelle classe d’actifs verts
Les obligations à impact environnemental (OIE) que nous appelons à développer sont des obligations où le paiement des d'intérêts est lié à la réalisation d'un objectif spécifique relatif à une politique environnementale. Elles peuvent être émises par des gouvernements, des municipalités ou des mairies, des institutions multilatérales et même des entreprises. Afin de se projeter et réaliser le scénario 2 degrés, l’émetteur idéal serait un gouvernement, seule partie prenante disposant de la force de frappe nécessaire pour la réalisation de cet objectif.
Dans la forme que nous privilégions d’une OIE souveraine (émise par un gouvernement), si un objectif environnemental n'est pas atteint, le rendement de l'obligation augmente (cette caractéristique est communément appelée « pay-for-failure »). En d'autres termes, les décideurs politiques sont contraints de tenir leurs promesses. S’ils échouent, une rémunération financière supplémentaire est prévue et sera payée
Pour une actualisation verte
L'actualisation et, de façon plus générale, la comptabilité régissent les activités quotidiennes des investisseurs institutionnels et des sociétés cotées en bourse. Son influence peut être considérée comme tout aussi importante que celle des taxes, mais attire pourtant nettement moins l'attention.
Si l'on investit dans un projet, une entreprise ou un instrument financier, on doit actualiser les futurs flux de trésorerie afin d'obtenir leur « valeur » actuelle avant de prendre une décision. La logique de l'actualisation est puissante et allie un savant mélange de risque, de rémunération et de préférence en termes de durée.
Mais force est de constater qu’elle ne prend pas assez en compte l’intérêt des générations futures. En effet, la partie environnementale du bilan n’est pas « activée » et les normes comptables n’imposent aucune contrainte en la matière. Il faudrait donc mettre en place, au niveau de ces normes comptables, une prime climatique pour l’actualisation de tout projet d’investissement ou de financement. Cette prime serait d’autant plus forte que l’empreinte carbone du projet est élevée, pénalisant ainsi la valeur des flux futurs telle que calculée
Pour un bonus-malus dans les prêts
La régulation prudentielle touchant banques et assureurs peut également être un obstacle à la finance de long terme et durable, mais elle peut aussi être transformée en puissant levier pour réorienter les flux financiers. En effet, les régulations prudentielles influent directement sur le comportement des acteurs financiers et notamment sur leur allocation d’actifs. Plus les réglementations sur la liquidité sont exigeantes, plus les établissements sont incités à investir en actifs liquides, etc. De ce point de vue, pour que les acteurs prennent en compte les enjeux du changement climatique et favorisent des investissements adaptés (par exemple des infrastructures vertes), les établissements de crédit et assureurs pourraient être astreints à être capitalisés de façon à pouvoir faire face à des stress-tests climatiques.
Il faudrait également réinvestir ce champ prudentiel en y injectant des incitations positives encourageant la transition énergétique – comme le propose la FBF à travers son projet de green supporting factor (GSF) –, en réduisant par exemple la charge en fonds propres face à des prêts
Ainsi, la lutte contre le changement climatique est étroitement dépendante du secteur financier et des décisions économiques prises par les investisseurs. S'ils sont trop tournés vers le présent, ils investiront de façon excessive dans les combustibles fossiles et de manière insuffisante dans les énergies renouvelables. Au contraire, l’intégration de primes climatiques dans l'actualisation, d’un bonus-malus dans la régulation prudentielle, et l’émission d’une nouvelle catégorie d’obligations vertes contribueraient à favoriser les solutions les plus économes en énergie.
Les décideurs financiers et politiques gagneraient à agir rapidement, puisque tout citoyen ou actionnaire d'une entreprise de services énergétiques pourrait être tenté par des actions en justice relatives au climat. Plus important encore, la prise en considération des générations futures grâce à ces innovations financières pourrait contribuer à réaliser une meilleure allocation des capitaux, et à terme, sauver notre planète.