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Économie

Quelle inflation aux États-Unis ?

Créé le

15.06.2021

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Certes, certaines tensions ponctuelles vont se tempérer. Ainsi en va-t-il des voitures d’occasion. Mais nous pensons que la hausse des prix va se maintenir à un haut niveau jusqu’au début de l’année prochaine, soit entre 3,5 et 5 % environ en glissement. Pourquoi ?

D’abord parce que la demande mondiale va s’amplifier à partir du troisième trimestre. Ensuite parce que les prix de l’énergie vont continuer de monter. Parallèlement, les tensions devraient continuer de se manifester dans certains compartiments des services à forte proximité humaine comme les loisirs et le tourisme. En outre, les tensions dues à l’insuffisance de l’offre dans les semi-conducteurs, le transport (routier et maritime), les matériaux de construction et certains métaux liés à la transition énergétique (cuivre, cobalt…) vont probablement se poursuivre, si l’on en croit les professionnels.

À cela s’ajouteront les « pénuries » de main-d’œuvre liées à l’indemnisation très généreuse du chômage qui se poursuivront jusqu’en septembre. Sur 3 mois annualisés, la hausse du coût de l’emploi (ECI, qui intègre les bonus et commissions) a atteint 4,5 %. En réalité, ceci témoigne de la forte concentration des pressions salariales dans les secteurs peu qualifiés, sensibles au montant d’indemnisation chômage, au 1er rang desquels figure le triptyque hôtellerie/restauration/ divertissement.

N’oublions pas non plus que les loyers (ainsi que les loyers fictifs [1] ) devraient logiquement progresser, à la suite de la hausse des prix immobiliers (croissance des prix immobiliers à 2 chiffres pour l’indice Case Shiller 20). Enfin, les anticipations d’inflation à moyen terme ont accéléré depuis 3 mois.

Il faut donc s’attendre à des données d’inflation générale proches de 4,5 % à la fin 2021 (pour une inflation sous-jacente à 4 %). C’est assez sensiblement au-dessus du consensus.

À partir de la fin du premier trimestre 2022, la décélération de la hausse des prix sera en revanche substantielle (retour vers un niveau proche de 3 % à horizon un an pour l’indice général). Nous ne croyons pas à un effet substantiel de facteurs structurels évoqués ici ou là sur l’inflation (baisse de l’immigration, dé carbonisation de l’économie, régionalisation des chaînes de valeur).

Au total, il faut s’attendre pendant environ un an à un régime d’inflation supérieur à ce que nous avons connu depuis une dizaine d’années. Mais il ne s’agit en aucun cas d’un dérèglement inflationniste tel que nous l’avions connu pendant les années 1970. Et ce niveau élevé d’inflation présente aussi quelques avantages : maintien de taux d’intérêt réels négatifs (pour assurer la soutenabilité de la dette) et de hausses contenues salaires réels (afin de sauvegarder la compétitivité).

 

1 Service de location que se rendent à eux-memes les propriétaires de leur logement.

À retrouver dans la revue
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Revue Banque Nº858
Notes :
1 Service de location que se rendent à eux-memes les propriétaires de leur logement.