Gestion d'actifs

Quel rôle pour les fonds obligataires alternatifs dans un portefeuille ?

Créé le

19.06.2017

-

Mis à jour le

29.06.2017

Les fonds obligataires alternatifs promettent généralement aux investisseurs de délivrer un rendement attractif tout en les protégeant d’une éventuelle hausse des taux d’intérêt. Mais à quel prix ?

Les fonds obligataires alternatifs ont connu un essor important après la crise financière de 2008, et ont continué à proliférer ces dernières années dans un environnement de baisse généralisée des taux, en profitant par ailleurs de l’élargissement des règles UCITS sur l’utilisation des produits dérivés dans les fonds « grand public ». S’il est vrai qu’il n’y a pas de définition unique de ce que constitue un fonds obligataire alternatif, et que ce terme peut recouvrir une très grande variété de stratégies d’investissement, on constate en pratique que la plupart de ces fonds se distinguent par :

  • un objectif de performance absolue ou de surperformance d’un taux court, comme l’EONIA ou l’EURIBOR + quelques points de pourcentage, avec des niveaux de volatilité du même ordre ;
  • une grande flexibilité dans la gestion de la duration, y compris la possibilité d’avoir une duration négative (par exemple de -5 à + 5) pour prémunir le portefeuille d’une hausse éventuelle des taux ;
  • peu ou pas de limite dans l’allocation sectorielle, par pays ou par qualité de crédit, avec notamment la possibilité de « shorter » certains segments via des produits dérivés tels que les « credit default swaps ».
Dans un contexte de taux historiquement bas (courant 2016, près de 25 % des titres qui composaient l’indice Bloomberg Barclays Global Aggregate Bond affichaient un taux de rendement négatif), la promesse de bénéficier avec ces fonds d’un rendement positif en toutes circonstances ainsi que d’une protection en cas de remontée éventuelle des taux a logiquement attiré les investisseurs.

Des groupes de fonds hétérogènes…

Morningstar regroupe ces fonds en deux catégories:

  • « Alternatif Long/Short Obligations », pour les fonds qui prennent des positions longues et courtes tout en gardant une exposition directionnelle au marché obligataire supérieure à 20 % ou -20 %;
  • « Alternatif Arbitrage Dette » pour les fonds qui cherchent à exploiter des écarts de valorisation entre différents segments obligataires principalement via des produits dérivés (voir Graphique 1).
Si l’on regarde leur composition, on constate tout d’abord que la plupart des fonds qui s’y trouvent sont peu sensibles aux variations des taux d’intérêt : la duration moyenne y est d’environ 1,5 an, à comparer avec 4,7 ans pour les fonds d’obligations internationales traditionnels. Mais les disparités sont importantes – certains fonds affichent une duration supérieure à 6 ans tandis que d’autres sont largement en territoire négatif (-5 ans). En revanche, on constate que la plupart des fonds ont une exposition significative au risque de crédit : à fin mai 2017, près de 40 % des fonds qui communiquaient leurs données de portefeuille à Morningstar affichaient une qualité de crédit moyenne inférieure ou égale à BB (l’équivalent de titres spéculatifs).

…avec des résultats inégaux

Si la grande disparité des approches complique la tâche de l’investisseur qui souhaiterait comparer les performances de ces fonds, on peut toutefois tirer quelques conclusions générales. Tout d’abord, sur le long terme, la majorité des fonds obligataires alternatifs n’a pas fait ses preuves, sur une base ajustée du risque, par rapport aux fonds obligataires traditionnels. Sur 5 ans à fin mai 2017, seuls 36 % des fonds de la catégorie Long/Short obligations et 39 % des fonds d’arbitrage de dette ont réussi à surperformer la moyenne de la catégorie Morningstar Obligations Internationales. Certes, on constate, comme attendu, que ces fonds ont généralement mieux résisté lors des périodes de hausse des taux, comme en 2013 lors du « tapering » de la Réserve Fédérale Américaine. En revanche, dans les périodes « risk-off » pour le crédit, comme c’était le cas fin 2015, les résultats sont moins convaincants pour les fonds long/short.

Dans l’ensemble, sur 5 ans, la vaste majorité de ces fonds ont sous-performé l’indice Bloomberg Barclays Global Aggregate (voir Tableau 2). Ce n’est pas surprenant compte tenu des frais plutôt élevés facturés aux investisseurs : 1,2 % en moyenne par an, ce qui est supérieur à la plupart des fonds obligataires traditionnels, mais surtout très nettement au-dessus du tarif des ETFs, de 20 à 40 bps en moyenne.

Des fonds difficiles à utiliser au sein d’une construction de portefeuille

Au-delà de l’historique de performance de ces fonds, il est instructif de voir comment ils se comportent par rapport à d’autres grandes classes d’actifs. Sans surprise, compte tenu de leur faible duration, on constate que les fonds obligataires alternatifs sont assez peu corrélés avec le marché obligataire dans son ensemble. Parmi ces fonds, le coefficient de corrélation moyen avec à l’indice Barclays Global Aggregate est à peine de 0,25 et près d’un quart des fonds affichent même ont une corrélation négative avec cet indice. Cela veut dire qu’ils ont eu historiquement tendance à monter lorsque le marché obligataire baisse, et l’inverse. En revanche, près de 90 % des fonds ont une corrélation de plus de 0,5 avec le marché des obligations high yield, et 23 % d’entre eux ont même une corrélation de plus de 0,5 avec le marché actions [1] . Ce dernier chiffre est à comparer avec une moyenne de long terme de 0,02 pour les fonds d’obligations internationales traditionnels, dont la sensibilité aux taux d’intérêt joue précisément un rôle de stabilisateur par rapport aux marchés actions.

Ce dernier point est crucial : cela veut dire qu’un fonds obligataire alternatif est généralement moins susceptible de vous protéger contre une éventuelle baisse de votre portefeuille actions.

Conclusion

Au final, si les fonds obligataires alternatifs peuvent avoir un intérêt pour des investisseurs qui souhaitent s’exposer à divers facteurs de risque (crédit, devise, etc.), ils ne sont qu’un piètre substitut aux fonds obligataires classiques au sein d’un portefeuille diversifié. Par ailleurs, les frais élevés de la plupart de ces fonds restent un handicap, a fortiori dans l’environnement de taux bas actuels et dans un contexte de développement d’une offre passive à bas coûts, très compétitive.

Enfin, compte tenu de la grande diversité des approches et des univers d’investissement, la sélectivité reste de mise. Les investisseurs qui souhaitent s’y intéresser ont tout intérêt à choisir une société de gestion avec une expertise avérée dans le secteur, et de bien chercher à identifier et comprendre tous les risques auxquels le fonds s’expose pour essayer d’atteindre ses objectifs ambitieux.

 

1 Coefficients de corrélation calculés par rapport à l’indice Bank of America ML Global HY Constrained et respectivement MSCI ACWI Dividendes Nets Réinvestis, sur 5 ans à fin mai 2017.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº810
Notes :
1 Coefficients de corrélation calculés par rapport à l’indice Bank of America ML Global HY Constrained et respectivement MSCI ACWI Dividendes Nets Réinvestis, sur 5 ans à fin mai 2017.