Lancés par vagues successives à partir de la fin des années 1990 en Europe, les fonds à horizon n’ont pas encore rencontré le succès escompté à leur lancement. Le marché reste largement dominé par les pays scandinaves, Suède en tête, où ils font partie des fonds retenus comme option par défaut et reçoivent une petite part des contributions obligatoires. Avec un peu plus de 30 milliards d’euros sous gestion domiciliés dans ce pays à fin juin 2017, la Suède représente 76 % des encours des fonds à horizon en Europe. Pourtant introduits en France et en Allemagne dès 2001-2002, la collecte n’a toujours pas décollé, avec moins de 2 milliards d’euros cumulés d’encours sous gestion dans ces deux pays.
Ce n’est pourtant pas l’offre qui manque : Morningstar recense plus de 275 fonds à horizon en Europe, classés au sein de différentes catégories scindées par période de 5 ans de 2015 à 2045, et une catégorie supplémentaire pour les fonds dont l’horizon va au-delà de 2046. Les dix plus gros fonds, tous suédois, concentrent plus de 60 % des actifs sous gestion dans ces catégories. Pour les fonds à horizon, comme pour les autres, le marché européen est caractérisé par son extrême fragmentation.
Les fonds à horizon constituent pourtant une solution attractive pour les épargnants qui souhaitent constituer un revenu complémentaire au cas assez probable où le système par répartition viendrait à verser des pensions insuffisantes au moment de leur départ à la retraite. Assez simples d’utilisation, ces fonds investissent initialement dans des actifs plus risqués mais avec plus de potentiel, tels que les actions ou les obligations à haut rendement, et évoluent graduellement vers une allocation plus équilibrée avec une proportion croissante d’obligations de haute qualité, versant un revenu fixe, à mesure que la date cible – l’horizon du fonds – se rapproche. Cette date cible correspond généralement à l’année de départ à la retraite de l’investisseur.
Le contraste avec les États-Unis est saisissant
Aux États-Unis, en revanche, l’industrie des fonds à horizon, les target-date funds, a dépassé les 880 milliards de dollars d’encours sous gestion à fin 2016, une hausse de 15 % (collecte et effet marché cumulés) par rapport à l’année précédente. L’essor des fonds à horizon aux États-Unis remonte à 2006, lorsqu’ils ont obtenu le statut de Qualified Default Investment Alternative, une des options par défaut autorisées dans les plans de pension américains lorsque l’épargnant ne choisit pas un investissement en particulier. Depuis lors, leur succès ne se dément pas et c’est devenu l’option par défaut de nombreux plans de pension à contribution définie. Une telle manne a naturellement attiré l’attention des sociétés de gestionet la catégorie des target-date funds est devenue l’une des plus compétitives. On y retrouve les mêmes tendances globales que dans la plupart des autres catégories de fonds : le poids croissant de la gestion passive et la baisse des frais supportés par les investisseurs. Sur les 59 milliards de dollars de collecte aux États-Unis en 2016, les deux tiers environ se sont orientés vers des fonds à horizon gérés de manière indicielle. Les frais de gestion moyens pondérés par les encours des target-date funds sont ainsi tombés à 71 points de base en 2016, alors qu’ils étaient encore de 99 points de base cinq ans auparavant.
La compétition est sévère. Trois sociétés de gestion se distinguent néanmoins par la taille de leurs encours dans ce secteur : Vanguard, Fidelity et T. Rowe Price. Elles détiennent à elles trois une part de marché supérieure à 70 % et Vanguard, avec une part de marché de plus de 30 %, a continué à prendre de l’avance en 2016, en captant 13 % des souscriptions nettes sur l’année.
La taille suffisante
Le succès de Vanguard et d’autres gérants d’actifs américains de premier ordre est assez simple à analyser. Pour un fonds à horizon, plus peut-être que pour n’importe quel autre type de fonds, la sélection est fondamentale. Le critère des frais en est un élément central. Contrairement aux voitures de luxe, un fonds plus cher que les autres n’est pas la garantie d’une meilleure promenade. Année après année, et il peut y en avoir beaucoup avant la retraite, des frais trop élevés entament sérieusement la performance d’un fonds. Les grandes sociétés qui sont en mesure de réaliser des économies d’échelle pour faire baisser les coûts ont donc un net avantage concurrentiel. Ce n’est évidemment pas le seul facteur à prendre en compte. L’investisseur doit s’assurer que l’allocation d’actifs et son évolution dans le temps sont conformes à sa tolérance pour le risque ; certains fonds à horizon ont des allocations en actions plus agressives que d’autres, et ce sur toute la « trajectoire » (glide path) du fonds. Au-delà de l’allocation d’actifs de ces fonds, la façon dont ils s’exposent à ces classes d’actifs mérite également la plus grande attention. Beaucoup de ces fonds, aux États-Unis comme en Europe, sont en effet structurés comme des fonds de fonds maison. Les investisseurs qui n’optent pas pour une gestion indicielle, doivent donc s’assurer que l’expertise interne sur ces différentes classes d’actifs existe. Or peu de sociétés de gestion dans le monde peuvent prétendre à l’excellence sur toutes les classes d’actifs. Enfin, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que pour investir dans un fonds à horizon dont l’échéance est parfois dans plusieurs décennies, le client doit avoir la confiance que l’établissement financier à qui il délègue la gestion de ses projets de retraite a de bonnes chances de continuer à exister le moment venu. Ceci explique la concentration du marché américain autour de quelques grands noms qui ont bâti leur crédibilité sur plusieurs décennies, et constitue une barrière à l’entrée non négligeable pour les sociétés plus récentes ou au passé plus tumultueux.
Du nouveau en Europe
La situation des fonds à horizon en Europe n’est pas pour autant figée. Il y a même fort à parier que le succès rencontré par ces solutions d’investissement quasi clés en main aux États-Unis devrait faire des émules. D’un point de vue réglementaire tout d’abord, l’entrée en application en janvier 2018 de la directive MiFID II pourrait encourager les conseillers en gestion à faire une utilisation accrue de ces produits, car ils sont simples à utiliser par les investisseurs finaux. D’un point de vue du lancement de nouveaux produits ensuite, on a observé par exemple un pic de souscriptions en Europe en 2015 sur les fonds à horizon de relativement courte échéance. Il correspond au lancement en Italie de plusieurs séries de fonds qui ont connu un certain succès. Cette même année, Vanguard lançait au Royaume-Uni une série de neuf fonds à horizon pour les investisseurs britanniques, tandis que Fidelity lançait sa gamme luxembourgeoise de fonds à horizon, enregistrés à la vente dans la plupart des pays européens.