Perspectives

Quel avenir pour le crédit à la consommation ?

Créé le

18.03.2013

-

Mis à jour le

26.03.2013

L’analyse et les perspectives de l’ASF (Association française des sociétés financières) sur le crédit à la consommation révèlent que la réforme du dispositif s’est traduite par un recul du crédit renouvelable et devrait entraîner une plus grande fluidité du crédit à la consommation.

La consommation représente aujourd’hui, en France, 56 % du PIB, soit environ 1 100 milliards d’euros. L’analyse des composantes internes de la croissance, qui comprend aussi l’investissement et la variation des stocks, montre que le taux de croissance du PIB est en France largement indexé sur celui de la consommation.

C’est ainsi qu’à la croissance zéro qu’a enregistrée, en volume, le PIB en 2012, répond la même stagnation de la consommation des ménages français. Et les prévisions de l’INSEE pour les deux premiers trimestres de 2013 sont tout aussi stables.

Les chiffres du crédit à la consommation des spécialisés en 2012

Les 70 sociétés adhérentes de l’ASF, qui représentent près de 60 % du marché du crédit à la consommation, sont principalement des filiales de grands groupes de la distribution, de l’automobile, du secteur bancaire ou de l’assurance. Leurs crédits sont distribués soit directement par les établissements eux-mêmes, soit par l’intermédiaire de réseau de commerçants, sur le lieu de vente.

En fonction des besoins de l’emprunteur, deux types de financements sont proposés :

  • le crédit affecté à l’achat d’un bien ou d’une prestation de service, sous forme d’un prêt affecté ou d’une location avec option d’achat (LOA) ;
  • le crédit non affecté, sous forme d’un prêt personnel ou d’un crédit renouvelable.
Dans cet environnement plutôt déprimé, caractérisé par une production en chute libre et un environnement réglementaire de plus en plus contraignant, les spécialisés devront relever les défis de l’adaptation, y compris sociale, de leur modèle, ainsi que du coût et de la raréfaction de la liquidité.

Le recul du crédit renouvelable

L’entrée en vigueur de la réforme française du crédit à la consommation s’est faite dans un contexte conjoncturel plutôt défavorable et il n’est pas exclu que la loi ait accentué la baisse de la production de nouveaux crédits. Un des premiers impacts tangible de la loi de 2010 tient au recul du crédit renouvelable.

Le législateur français a voté une série de dispositions qui vont au-delà de la simple transposition de la directive européenne, et visent à rendre le crédit renouvelable plus « responsable », tant du côté des prêteurs que des emprunteurs. Avec cette loi, la France s’est dotée de la réglementation sans doute la plus protectrice, mais aussi la plus restrictive d’Europe.

La loi de 2010 a commencé à produire des effets conformes aux souhaits du législateur :

  • contraction du parc de comptes de crédit renouvelable de près de 5 millions d’unités en 2 ans, sous le double effet de la baisse des ouvertures et de la hausse des résiliations ;
  • baisse significative du poids du crédit renouvelable (33 % de la production des établissements spécialisés en 2012, contre 40 % 3 ans auparavant) au profit des autres formes de crédit à la consommation ;
  • diminution de la durée de remboursement des crédits renouvelables sous l’effet de l'amortissement minimum, qui limite la durée d’engagement ;
  • enfin, réforme de l’usure qui a déplacé le marché vers le prêt personnel, en mettant à égalité de prix le crédit renouvelable et les autres formes de crédit, et génère une baisse des taux.

En perspective

Les tendances pour 2013 ne permettent pas d’anticiper un redressement des chiffres. En effet, selon les données de l’Observatoire des crédits aux ménages (OCM), le niveau d’intention de souscrire un crédit à la consommation dans les mois à venir est historiquement bas (3,5 %) et d’ailleurs les chiffres de l’ASF de janvier 2013 sont encore en baisse.

C’est la raison pour laquelle les professionnels demandent une « pause » législative : il y a eu une dizaine de lois en 12 ans ! En outre les engagements pris par les professionnels au Comité consultatif du secteur financier en novembre 2012, à la demande des ministres chargés de l’Économie et de la Consommation, clarifient l’application des dispositions de la loi identifiées par le cabinet Athling comme étant perfectibles.

En termes de perspectives, le crédit à la consommation de demain devrait être plus fluide, au travers de multiples canaux de distribution (à distance par téléphone ou par Internet, sur le lieu de vente, en agence), marqué par l’innovation (Internet, signature électronique sur le lieu de vente…), plus largement distribué (jeunes, titulaires de contrat à durée déterminée, intérimaires, seniors…), davantage centré sur la satisfaction des besoins du client qui sera mis au centre de la relation commerciale (financement de l’usage, de services tels que santé, études et loisirs, d’une consommation plus qualitative).

Par exemple, les achats sur Internet explosent, avec 45 milliards d’euros en 2012, soit une multiplication par 6 en 7 ans. Il y a là un marché très porteur. 117 500 sites marchands étaient actifs en 2012, contre 14 500 en 2005. Internet permet d’ouvrir les marchés, d’acheter loin, sur un grand marché, européen et mondial.

Alors même que les marges de manœuvre budgétaires apparaissent très réduites pour les pouvoirs publics français, l’endettement privé des ménages reste à un niveau relativement raisonnable ; le crédit à la consommation recèle un potentiel de développement, qui peut venir en accompagnement de la réduction des déficits publics, en soutenant la croissance.

Pour les professionnels, toute la difficulté est de trouver le juste équilibre, en prêtant à ceux qui en ont besoin, sans encourir le reproche de prêter trop facilement.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº759