Le Qatar fait appel à des régulateurs occidentaux pour sa réglementation bancaire

Créé le

07.04.2011

-

Mis à jour le

24.08.2011

Ancien président de feu la COB et du CRBF, Jean-François Lepetit a depuis quelques années une ligne supplémentaire et surprenante sur son CV : membre de la Qatar Financial Center Regulatory Authority (QFCRA). Il revient sur la raison d’être de cet organisme.

Depuis quand siégez-vous à la QFCRA ?

Depuis sa création ex nihilo, il y a six ans. Le gouvernement de Qatar avait fait appel à d’anciens représentants d’autorités de régulation étrangères, comme la Fed de New York, la ​Banque d’Angleterre, la Hong Kong Securities Commission ou encore la FSA britannique.

Quel était l’objectif de Qatar en créant cette institution ?

Les pays de la péninsule arabique ont toujours cherché à attirer les banques étrangères, mais sous un statut off-shore : elles ne peuvent développer que les activités à l’international, bénéficiant d’avantages fiscaux, le marché domestique leur étant interdit. Il s’agissait pour ces pays d’éviter le syndrome du pot de fer contre le pot de terre, à savoir l’asphyxie des petits établissements locaux par les grands groupes bancaires internationaux. Il fallait également protéger la monnaie locale d’une internationalisation trop rapide et déstabilisante.

Cette situation perdure aujourd’hui. Bien qu’ayant évolué, Dubaï a ainsi toujours cette conception de la banque off-shore.

Le projet de Qatar était de créer une autorité qui allait superviser, selon des standards internationaux, des institutions financières étrangères (banques, assurances, gestionnaires d’actifs) sans cette distinction in-shore/off-shore. Au départ, une limitation des activités accessibles était certes prévue – banque de détail et distribution de produits financiers aux particuliers notamment – mais il n’y avait plus d’opposition de principe.

Quelles sont les réalisations du QFCRA ?

Nous délivrons les agréments aux établissements étrangers qui nous sollicitent, la promotion de la Place étant assurée par un autre organisme, la Qatar Financial Center Authority. Nous avons par ailleurs travaillé pendant cinq ans à la rédaction d’une réglementation inspirée des standards internationaux. À l’origine, cette réglementation avait pour vocation de s’appliquer à toutes les institutions financières du pays, y compris les acteurs nationaux supervisés jusque-là par la Banque Centrale. Les projets de rapprochement de cette dernière avec la QFCRA ont toutefois été retardés du fait de la crise financière, qui a jeté le doute sur l’efficacité des modèles de régulation occidentaux, notamment anglo-saxons. Il est probable que cette fusion des deux autorités ait lieu mais avec des Qataris plus impliqués que dans le projet initial.

Y avait-il une demande des institutions financières étrangères d’accéder de manière plus large au marché qatari ?

Oui bien sûr. Se développer en off-shore depuis d’autres pays, comme Bahreïn, Abou Dhabi ou Dubaï est toujours possible. Mais pour faire des affaires, le téléphone ne suffit pas : il faut être implanté localement. La crise a quelque peu freiné les enthousiasmes, mais les grandes banques qui ne sont pas encore là y réfléchissent. Dans la région, la place financière du Qatar est la dernière arrivée et reste donc encore plus petite que celles de ses voisins.

Les actifs à financer sont nombreux au Qatar : c’est un des pays les plus riches du monde du fait de sa production de gaz, mais le gaz réclame des investissements bien supérieurs au pétrole. Les banques étrangères et locales doivent coopérer pour financer ces marchés de plusieurs milliards.

Quelles sont les spécificités des places environnantes ?

Dubaï est très actif pour attirer les entreprises étrangères. Alors qu’il ne dispose pas de ressources énergétiques, sa position géographique l’a depuis toujours prédisposé au commerce, d’où la création d’une zone de franchise sous douane. L’émirat d’Abou Dhabi est plus calme, plus tourné vers la culture. En Arabie Saoudite, il reste très difficile de s’installer pour une banque étrangère. La Banque d’Indochine, du groupe Indosuez, y était à l’époque implantée. Mais elle est entre-temps devenue la Al Bank Al Saudi Al Fransi, dont les Français – ​à savoir le Crédit Agricole – ne détiennent plus que 30 %, le reste du capital étant saoudien. Bahreïn a, quant à lui, profité de sa situation géographique centrale dans la péninsule arabique, et en particulier de sa proximité avec l’Arabie Saoudite. Dès les années 1970, il a créé sa zone off-shore et attiré les banques étrangères qui pouvaient ainsi accéder au marché saoudien. Actuellement, il est sans doute le plus grand centre financier.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº737bis