Comment jugez-vous le marché des produits financiers ?
Ces produits sont trop nombreux et trop complexes. La situation n’est pas allée en s’améliorant depuis le début de la crise. Par exemple, les produits structurés sont toujours aussi nombreux et difficiles à comprendre.
Pourquoi ne pas laisser fonctionner la libre concurrence ? Si les épargnants préfèrent les produits simples, les autres disparaîtront !
Dans le domaine financier, la concurrence ne parvient pas à instaurer l’optimum social. En effet, les épargnants, comme tous les consommateurs, se divisent en deux grandes catégories : les sophistiqués et les naïfs, deux populations qui réagissent différemment.
Par exemple, face à un placement dont l’investisseur ne peut sortir qu’à une échéance lointaine, sauf s’il verse des frais de sortie élevés, l’épargnant sophistiqué repère immédiatement cette caractéristique et ne consacre à ce produit très rémunérateur que les sommes dont il n’aura pas besoin avant l’échéance. Le naïf ne se méfie pas, il ne voit que la performance proposée et risque de sortir avant l’échéance, et donc de verser les frais. Imaginons qu’un concurrent propose un produit plus liquide ; le naïf ne le choisira pas, car il sera moins rémunéré.
Autre exemple : un produit structuré dont la formule est complexe. L’épargnant sophistiqué va décortiquer la formule pour apprécier ses chances de gain et investir en toute connaissance de cause. En ne s’intéressant qu’au rendement offert et en ne se préoccupant pas de la formule, le naïf risque de se faire piéger.
Si un concurrent offre un produit plus vertueux, à la formule plus simple mais au rendement moins élevé, le naïf n’en voudra pas, car il recherche un rendement élevé. Le sophistiqué, lui non plus, ne tire aucun avantage d’une clarification de l’offre, car il sait repérer les pièges.
Donc la concurrence ne fonctionne pas. Les épargnants doivent être protégés par la sphère publique.
Améliorer la culture financière des épargnants constituerait une solution ?
La formation n’est pas une solution. Lorsqu’une personne est surconfiante et sous-estime le risque, il est très difficile d’aller à l’encontre de sa personnalité. Même après lui avoir expliqué qu’il ne peut pas y avoir de rendement élevé sans prise de risque importante, elle continue de choisir les produits très rémunérateurs, même si elle n’a pas les moyens de prendre des risques. La naïveté est davantage un caractère psychologique qu’une question de culture. Enfin, les choix en matière d’épargne font appel aux probabilités et dans ce domaine, le cerveau humain est déficient.
Que proposez-vous pour protéger les épargnants ?
Je préconise de ne pas restreindre la liberté contractuelle, car certaines personnes sont capables de prendre des risques en toute connaissance de cause. En revanche, il faut faire disparaître les produits trompeurs, par exemple ceux qui camouflent les coûts de sortie anticipée, ce qui est interdit. Pour rendre les établissements plus vertueux, les sanctions qu’ils encourent doivent être plus sévères et le montant des amendes plus élevé. Et s’ils font l’objet de plaintes, elles doivent être rendues publiques. Enfin, je préconise de revoir les mécanismes d’indemnisation (voir Encadré).
Quel est votre avis sur les frais prélevés sur les produits d’épargne ?
Ils sont trop élevés et pas assez transparents. Cette situation perdure, car seuls les clients sophistiqués prêtent attention aux frais. Autre anomalie : les banques ne font pas la promotion auprès des particuliers des
Protéger les épargnants présente un intérêt sur le plan macroéconomique ?
Cela n’est pas démontré, c’est donc essentiellement un choix politique, une question de démocratie économique.