Face à la dégradation de l’environnement économique et à l’absence de dispositif de prévention du surendettement en France, Crésus, association spécialisée dans l’accompagnement des ménages en situation de fragilité économique depuis 22 ans, s’est engagée à rechercher une solution coordonnée à ce phénomène, en coopération avec les acteurs économiques, sociétés financières et bancaires.
Sur prescription des banques
L’objectif poursuivi par la plateforme partenariale est de réduire progressivement le surendettement en France. Pour relever ce défi, l’association mise sur un double dispositif : l’accompagnement des « bénéficiaires », c’est-à-dire des ménages en difficulté financière, et la coopération avec les établissements financiers partenaires qui orientent leurs clients en difficulté vers la plateforme. Fin août 2014, les conseillers de la plateforme d’accompagnement ont ainsi accompagné 17 200 bénéficiaires. L’objectif est de quintupler le nombre de situations traitées d’ici 5 ans.
La plateforme de prévention accueille les publics détectés en situation de fragilité financière sous forme de rendez-vous coordonnés, procède à une analyse budgétaire approfondie et propose à chaque bénéficiaire des mesures d’accompagnement adaptées dont la vocation est de rétablir un équilibre budgétaire durable. Les 35 établissements partenaires (services de recouvrement, contentieux, services consommateur…) associés à la démarche détectent les clients fragilisés et leur proposent un rendez-vous avec la plateforme Crésus via un extranet sécurisé. La saisine de la plateforme se fait sur prescription des établissements bancaires et financiers associés à la démarche. Une charte d’accompagnement garantissant la confidentialité et la gratuité du dispositif est préalablement signée par le bénéficiaire.
Une démarche structurée
Deux pôles d’intervention sont désormais opérationnels : l’accompagnement budgétaire et la médiation permettant de restructurer l’endettement auprès de chacun des créanciers lorsque la situation le justifie. L’accompagnement proposé comporte plusieurs étapes :
- un bilan global et transparent du budget et des engagements du client ;
- la détermination de la capacité de remboursement et du reste à vivre, construits avec le bénéficiaire ;
- un soutien moral et psychologique ;
- une démarche d’optimisation des charges et de maîtrise des dépenses ;
- des conseils et des recommandations budgétaires ;
- la mise en place d’une épargne de précaution.
L’objectif de la démarche est à la fois économique et social : grâce à ce dispositif de détection précoce, Crésus et ses partenaires entendent réduire d’un tiers le surendettement en France.
Sur le plan opérationnel, il a fallu convaincre les établissements financiers de coopérer et de confier leurs clients fragiles. La volonté de Crésus est également de changer l’attitude passive des créanciers face à leurs clients en difficulté et de les impliquer dans une action positive face au risque d’exclusion.
Combler l’absence de connaissances
Crésus s’est également donné pour mission, au travers d’un programme d’éducation budgétaire et financière innovant, de former et sensibiliser tous les publics de manière ludique aux questions liées à la gestion budgétaire, aux avantages et aux risques des différents moyens de paiement, au fonctionnement des banques et des assurances, du crédit et de l’épargne. Le tout dans une logique d’échanges, d’inclusion et de responsabilisation individuelle et collective. Le principal objectif est de contribuer à faire de chacun un citoyen autonome et responsable.
Les programmes d’éducation budgétaire et financière ne sont pas toujours dispensés au sein du système éducatif et les jeunes qui en sortent n’ont que très peu de connaissances pratiques leur permettant d’acquérir leur indépendance et d’éviter les risques de paupérisation. Par ailleurs, nous vivons dans une société où certains mondes évoluent sans se croiser et où, à la défiance des professionnels de la banque et de l’assurance envers certains de leurs clients, répondent une méfiance et une appréhension de la société civile envers des institutions mal comprises et souffrant d’une image négative. Les sessions d’éducation budgétaire et financière permettent également aux professionnels de la banque et de l’assurance de revoir certaines de leurs pratiques ou de leurs modes de communication.
- 42 % des Français ne savent pas calculer un taux d’intérêt annuel sur 100 euros.
- 46 % des Français estiment que leur niveau de connaissance est insuffisant pour lire un document d’information commercial sur un service ou un placement financier.
- 23 % des jeunes interrogés n’ont appris à gérer leur budget avec personne et n’ont donc aucune base de gestion budgétaire et financière.
- 1 jeune sur 4 reconnaît avoir des problèmes d’argent, 38 % des jeunes interrogés utilisent le découvert, 50 % n’ont pas d’épargne et 39 % empruntent régulièrement de l’argent à leurs proches.
Éduquer grâce au programme Dilemme
L’objectif principal du programme Dilemme est de contribuer à faire de chacun un citoyen autonome et responsable à travers différents sous-objectifs : créer le dialogue et les échanges autour de l’argent, promouvoir la consommation éclairée et responsable, améliorer les compétences financières et budgétaires des citoyens permettant de :
- connaître leurs droits et devoirs et être mieux armés pour comprendre et choisir des produits bancaires et assurantiels ;
- avoir une vie saine et équilibrée ;
- éviter la spirale du surendettement ;
- trouver des alternatives et des solutions en cas de difficultés financières ;
- améliorer leur employabilité et savoir-être ;
- désacraliser le rôle de la banque et de l’assurance.
Co-construction
Pour ce faire, le programme Dilemme a été élaboré et est développé en coconstruction avec les institutions financières directement concernées, des acteurs majeurs de la grande distribution, des pionniers du monde éducatif et de l’économie sociale et solidaire. Cette volonté de coconstruire permet à Crésus de s’appuyer sur l’expertise, l’expérience et les réseaux de ses différents partenaires sans avoir à assumer un développement interne trop rapide. C’est également cette approche qui permettra au programme Dilemme d’être adapté à d’autres pays, dans un premier temps en Europe. Par exemple, le développement en Belgique se fait aux côtés de la FSMA (autorité des marchés belge) et de fondations d’entreprises, déjà spécialisées en éducation budgétaire et connaissant très bien le contexte national.