Pourquoi positionner le groupe BNP Paribas sur le secteur de l’entrepreneuriat social ?
L’entrepreneuriat social est à la conjonction de deux des quatre axes de notre RSE : il relève à la fois du financement durable de l’économie et constitue une forme de lutte contre l’exclusion, dans le cadre de notre engagement civique. Il nous a donc semblé parfaitement naturel d’étudier ce segment de marché. Nous l’avons fait à partir de fin 2012, lorsqu’une certaine masse critique a été atteinte. Nous avons mené une étude pour savoir quelle pourrait être notre valeur ajoutée dans ce secteur. Il est apparu que les entrepreneurs sociaux (ES) avaient envie d’avoir une « vraie » banque, capable de leur fournir des financements classiques pour leur
Quelle définition de l’entrepreneuriat social avez-vous retenue ?
L’entrepreneuriat social est un sous-ensemble de l’économie sociale et solidaire, qui comprend aussi toutes les associations, fondations et ONG, acteurs que nous servons à travers nos centres d’affaires Associations. La définition que nous avons retenue ne s’attache pas à la notion de statut juridique. Le prérequis est que la structure soit viable économiquement, mais le critère primordial est que la finalité sociale soit supérieure ou égale à la finalité économique. Dans notre analyse, nous allons plus prêter attention à la pérennité des revenus qu’à la rentabilité. Nous exigeons aussi que 40 % du produit d’exploitation soit généré de façon récurrente par la production de biens et de services ; ce critère exclut donc les organismes fonctionnant uniquement à partir de subventions comme l’humanitaire, ou acquittant une délégation de service public comme les hôpitaux ou les crèches. En revanche, nous retenons comme revenus d’activité les prix de journées pour les établissements médico-sociaux ou les aides au poste pour les
Votre démarche vis-à-vis de l’entrepreneuriat social relève-t-elle de la pure RSE ?
Non, la définition que je viens d’évoquer est inscrite dans notre politique de crédit spécifiquement élaborée pour les entreprises sociales, en partenariat avec nos banques de détail dans nos marchés domestiques (en France, Belgique, Italie et Luxembourg) et la direction des risques. Cette démarche est par ailleurs un des items de notre « Plan entrepreneurs ». Le sujet est pris sous un angle business. C’est pour cela que nous sommes légitimes.
Mais elle est pilotée par la RSE…
L’équipe Microfinance et Entrepreneuriat social de la fonction RSE a structuré le sujet et assure la coordination de l’approche sur tous les marchés domestiques. Elle a conçu pour les commerciaux des outils spécifiques, comme un questionnaire de découverte ou une grille de qualification. Durant la première année du projet, elle était à la disposition des équipes commerciales et des risques, pour fournir un avis d’expert sur l’impact social à prendre en compte dans l’analyse financière de l’entreprise.
Au sein du réseau, qui est en charge des entrepreneurs sociaux ?
En France, une communauté de cinquante référents a été constituée, la moitié étant des chargés d’affaires, l’autre des analystes crédit. Aucun n’est pour le moment entièrement dédié à l’entrepreneuriat social, car les volumes ne sont pas suffisants, mais ils le souhaiteraient.
Travaillez-vous en partenariat avec des structures externes ?
Oui, c’est essentiel. Nous avons ainsi un partenariat avec France Active : pour les dossiers ayant un impact sur l’emploi, chaque référent BNP Paribas travaille en binôme avec un analyste de France Active, en vue d’un cofinancement ou de l’octroi d’une garantie par notre partenaire. Ce double regard sur les dossiers rassure l’expertise interne.
Votre stratégie vis-à-vis de l’entrepreneuriat social ne se limite pas à la banque de détail. Quelles autres activités du groupe touche-t-elle ?
Nous avons développé un produit d’épargne spécifique : le FCP BNP Paribas Social Business France. Pour nos clients de banque privée, nous commercialisons des fonds externes d’impact investing, comme ceux de Phitrust ou ResponsAbility. Nous proposons des fonds d’épargne salariale solidaire. En novembre dernier, nous avons créé un fonds d’investissement dédié qui investira d’ici 2016 40 millions d’euros en fonds propres et en dette long terme dans les entreprises sociales de plus de trois ans. Enfin, nous nous sommes engagés à tripler notre volume de sous-traitance confiée aux entreprises sociales, et notamment aux ESAT.
Votre démarche se décline-t-elle à l’international ?
Elle a été lancée simultanément sur nos marchés domestiques en France, Belgique Italie et Luxembourg. Aujourd’hui, nous regardons d’autres pays où nous sommes déjà présents, comme le Maroc, la Pologne et la Californie aux États-Unis. La déclinaison opérationnelle tient compte des spécificités locales, mais la définition de ce qu’est l’entrepreneuriat social et notre politique de crédit sont globales. C’est essentiel pour consolider notre action au niveau du groupe, en particulier en matière de mesure de l’impact social. Nous voulons une méthodologie unique qui nous permettra à la fois d’alimenter notre analyse des dossiers, de nous comparer et de communiquer sur notre utilité sociale. Nous avons lancé un chantier : il s’agit d’aller au-delà de la communication des inputs (combien de millions d’euros ont été investis) et même des outputs (combien de bénéficiaires sont concernés). Nous voulons mesurer l’outcome de notre action : quelle valeur ajoutée avons-nous créée pour la société ?
Concrètement ?
Les indicateurs dépendront des secteurs : pour le logement social, par exemple, le nombre de logements et de mètres carrés fournis ; pour le domaine de l’emploi, le nombre d’emplois pérennes créés et le montant des dépenses publiques évitées… Nous avons besoin d’une analyse fine pour notre exploitation en matière de risques, mais nous devrons les agréger, pour mieux valoriser les ES clients. La question de la mesure de l’impact social est essentielle : c’est elle qui crédibilise la démarche.
Aujourd’hui, les volumes sont faibles. Ne voyez-vous pas un risque, en ne finançant que les entreprises les plus emblématiques, de créer une bulle autour d’elles ?
Les entreprises emblématiques ont aujourd’hui besoin de fonds propres et doivent en général faire appel à plusieurs fonds pour satisfaire leurs besoins. Elles n’en sont pas à faire jouer la concurrence. Sur la dimension crédit, nous sommes sollicités par des entreprises sociales aux profils très variés dont parfois même des entreprises sociales qui s’ignorent… Le rôle de notre réseau est prospecter, d’identifier les ES et de s’assurer que tout entrepreneur social qui pousse notre porte reçoive une réponse, qu’elle soit fournie à l’intérieur du groupe ou non. Quand on met en place une organisation comme la nôtre, ce n’est pas une démarche opportuniste, c’est un engagement de long terme. Nous croyons en ce marché, même si, pour le moment, il est encore petit.