En juin 2014, la Banque Mondiale a provoqué la surprise. Après avoir réactualisé son chiffrage de la parité de pouvoir d'achat entre États-Unis et Chine de 4,21 yuan pour 1 dollar à 3,52, elle concluait pour 2013 à un PIB de 16,2 trillions de dollars pour la Chine contre 16,8 pour les Etats-Unis. Désormais, la différence en 2013 se limite donc à 4 %, au lieu de 23 % antérieurement retenu. Comme on s'attend à ce qu'en 2014, le PIB progresse de 7,5 % en Chine et de 2 % aux États-Unis, le PIB chinois dépassera le PIB américain dès 2014 (pour environ 1,5 %).
Ni Pékin ni Washington n'ont braqué le projecteur sur ce qui, aux yeux des historiens du futur, apparaîtra comme un événement clé.
Pékin poursuit sa politique de communication qui vise à faire apparaître la Chine moins prospère et moins puissante qu'elle ne l'est. Cela présente à ses yeux l'avantage majeur de pousser les pays démocratiques à la passivité face à son irruption multidimensionnelle sur la scène internationale.
Washington, quant à lui, ne tient pas à souligner le fiasco de sa politique commerciale à l'égard de Pékin, ni la complaisance commerciale que, depuis 1999, la Maison-Blanche manifeste à l'égard de la Chine.
À cette date, elle accepta que la Chine rentre à l'OMC alors même que, en dépit d'un coût salarial horaire en yuan très bas, Pékin ne cachait pas son intention quant à maintenir le yuan fortement sous-évalué contre dollar et contre toutes les autres monnaies du monde (Pékin artificiellement maintint le cours dollar/yuan à 8,28 entre 1994 et 2005 et ne le réduisit que lentement : 6,15 en août 2014, très au-dessus de la parité de 3,52). La Maison-Blanche accepta aussi que les droits de douane entre la Chine, d'une part, les pays de l'OCDE, d'autre part, ne soient pas du tout symétriques.
Muni de tels privilèges commerciaux, Pékin a pu verrouiller depuis 15 ans une compétitivité extrême contre tous les autres pays et obtenir de ce fait une croissance de son PIB très supérieure à celle de tous les autres pays sans que pour autant son solde commercial cesse de rester fortement excédentaire.