À l’heure du Brexit et de l’accroissement des tensions commerciales internationales, de nombreux dirigeants appellent l’Europe à prendre en main son destin dans une Union européenne qui place au cœur de son action les citoyens, la révolution digitale et le développement durable. Comment cela se décline-t-il pour l’Union des marchés de capitaux ?
L’enjeu est d’autant plus grand que Londres, le principal centre financier de l’Union, s’apprête à la quitter et devenir son principal concurrent et que la question de l’autosuffisance du financement de l’Europe est devenue stratégique. En effet, le financement de l’innovation digitale souffre d’un manque de fonds propres pour développer une économie digitale européenne dotée d’entreprises capables de rivaliser avec les GAFA. Les financements publics seront insuffisants pour réaliser une véritable transition vers une économie durable et il faut donc mettre en place des financements privés pour lesquels le respect de certaines valeurs soit créateur de valeur. Enfin, force est de reconnaître que depuis la crise de 2008, la confiance des citoyens de l’Union dans leur système financier ne s’est pas rétablie alors que dans un contexte de taux d’intérêt faible, leur épargne placée majoritairement à court terme est mal rémunérée et que le vieillissement global de la population appelle des placements longs susceptibles de financer leurs retraites. Dans ce contexte, comment créer un nouvel environnement de confiance à même de répondre aux besoins financiers des citoyens, des entreprises et d’une transition vers une économie européenne compétitive et durable ?
Quatre priorités
Tel est l’objet du rapport du Next CMU High-Level Group intitulé « Pour une Union de l’épargne et de l’investissement durable » qui a été remis fin 2019 aux ministres français, allemand, néerlandais et à la présidence finlandaise et qui a servi de base aux conclusions du Conseil de l’Union européenne adoptées le 5 décembre 2019 par l’ECOFIN. Ce rapport propose de concentrer les objectifs des institutions européennes, des États membres, des régulateurs et des professionnels sur quatre priorités visant à faire de l’Union à 27 le deuxième centre financier du monde :
– générer plus d’épargne longue ;
– développer massivement un marché actions dynamique ;
– créer à 27 États membres un espace de liquidité unifié ;
– et favoriser le rôle international de l’euro.
Afin de favoriser l’épargne longue, il est recommandé que les États membres établissent des plans de financement par capitalisation complémentaire et de permettre le déploiement aisé de l’épargne salariale dans l’ensemble du marché unique. L’épargne longue ainsi générée serait alors orientée vers l’économie durable au moyen d’une taxonomie des investissements vertueux et de standards européens non financiers des engagements environnementaux des entreprises, afin qu’ils soient mesurables et comparables.
S’agissant du développement des marchés actions, il conviendrait de simplifier les introductions en Bourse grâce à des règles plus adaptées aux PME et ETI. Enfin, en adaptant les normes Solvabilité 2 et IFRS 9, la détention d’actions cotées par les compagnies d’assurance serait moins pénalisée. Ainsi, qu’ils soient individuels ou institutionnels, les investisseurs européens pourraient davantage financer en direct leurs entreprises.
Afin que l’épargne européenne soit allouée aux investissements les plus innovants et créateurs de valeur, l’Europe à 27 se doit d’être un véritable marché unique, liquide et profond. Dépasser la fragmentation actuelle des marchés de capitaux européens suppose de lever les barrières aux fusions transfrontières d’acteurs financiers, de cesser la concurrence entre autorités de supervision et de développer un plan d’action industriel, d’emblée paneuropéen, de Finance Digitale.
Enfin, le temps n’est-il pas venu de développer les marchés obligataires et d’actifs titrisés ainsi que les plateformes de paiement, de transfert et d’échange de telle manière à ce qu’ils favorisent le rôle international de l’Euro ? Au carrefour de tous ces objectifs, l’ensemble des États membres pourraient donner l’exemple en s’engageant à émettre des emprunts souverains verts pour démontrer à leurs concitoyens la bonne orientation de leurs politiques publiques.
Une Europe renforcée
Ce rapport et les conclusions de l’ECOFIN invitent la nouvelle Commission d’Ursula von der Leyen à se saisir de ce sujet stratégique. L’Europe en sortirait renforcée et ses citoyens davantage confiants sur son impact réel et positif sur leur vie au quotidien.