Dans son discours devant la Lloyd’s of London, le 29 septembre 2015, Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, s’inquiétait de la « tragédie des horizons » : les coûts des catastrophes liées au réchauffement de la planète apparaîtront à long terme, tandis que les horizons de placement des investisseurs, ou des politiques monétaires des régulateurs, sont bien plus proches. Les risques auxquels la finance fera face à cause du changement climatique sont pourtant bien réels. Comment réconcilier les horizons financiers et climatiques ?
Les limites de la notation ESG
Depuis 1997, en France, les investisseurs ont recours aux notations ESG : elles sont censées orienter leurs décisions d’investissement. Aujourd’hui, nous faisons le constat de la complexité et de l’épuisement de la notation ESG : elle se révèle désormais inadaptée pour répondre au défi climatique, qui impose sa loi physique : elle consiste à réduire les émissions de CO2, non à augmenter une note ESG.
Les notations ESG se sont multipliées et elles se contredisent
Les tentatives du régulateur de rassurer les investisseurs et épargnants en créant des labels n’ont pas tout réglé. Au moment où la notation ESG alimente le greenwashing, il est temps de changer de méthode.
Le besoin d’un langage commun
Depuis 2010, la loi Grenelle II impose une obligation de reporting RSE pour les entreprises cotées et celles dépassant certains seuils (plus de 500 employés et plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan). Depuis 2016, la loi de transition énergétique impose, dans son article 173-IV, d’intégrer à ce reporting « les postes significatifs d’émissions directes et indirectes sur l’ensemble de la chaîne de valeur, c’est-à-dire comprenant l’amont et l’aval de son activité ».
Ces lois enclenchent de nouveaux comportements, comme l’exclusion du charbon. Mais Novethic souligne que la loi n’unifie pas la mesure : certains rapports (pour ceux qui le font) indiquent les émissions de CO2 par million d’euros investi, ou de chiffre d’affaires, ou de PIB, ou même à l’unité de production
Ces règlements n’ont pas enclenché de changement systémique. Pourquoi les discours alarmistes des scientifiques ne suffisent-ils pas à faire évoluer le monde de la finance et des entreprises ? L’explication nous semble tenir au fait que les deux parties ne parlent pas le même langage : les uns parlent de degrés, de tonnes, quand les autres parlent en euros. Il manque une langue commune.
Parlons d’euros, comme si la Nature envoyait sa facture
Axylia est parti d’une idée : convertir les émissions de CO2 en euros. Pour établir la facture carbone, Axylia prend en compte l’ensemble des scopes, dans un souci d’exhaustivité et d’intégrité :
– le scope 1 concerne les émissions directes d’une entreprise (combustion de gaz, pétrole…) ;
– le scope 2 rassemble les émissions indirectes d’une entreprise liées à sa combustion d’énergie (consommation d’électricité...) ;
– le scope 3, encore peu réglementé et peu pris en compte, comprend les émissions indirectes d’une entreprise en amont (achat de matières premières...) et en aval (utilisation des produits vendus…).
Valorisée sur la base des estimations du GIEC, chaque tonne de CO2 émise dégrade ainsi le résultat d’exploitation de l’entreprise, pour parvenir à un résultat « ajusté du carbone », comme si la nature avait envoyé sa facture à l’entreprise. Instantané financier, ce stress-test permet de savoir dans quelle mesure le bénéfice de l’entreprise est dépendant de ses émissions de CO2 et de mesurer son risque carbone.
Le Score Carbone® Axylia, de A à F, matérialise alors ce risque carbone. Jusqu’au Score Carbone® C, la « facture carbone » est assumée par son bénéfice ; au-delà, l’entreprise passe en perte. Et, quand une entreprise n’est pas suffisamment transparente pour permettre de mesurer avec fiabilité ses émissions, son score n’est pas calculé.
Calculé en dynamique en intégrant les engagements de réduction des émissions de CO2, le Score indique la transformation que connaîtra l’entreprise et, le cas échéant, les efforts à mener pour que son activité soit réellement responsable.
Pour l’investisseur et l’épargnant, c’est une méthodologie compréhensible sur la viabilité environnementale de l’entreprise. Pour l’entreprise, le score est un stress-test précieux pour évaluer la résistance de son résultat au risque climatique et définir en retour une politique RSE ajustée et crédible.
40 % des entreprises du CAC40 posent problème
Aujourd’hui, près de la moitié des 1 800 milliards d’euros de capitalisation boursière de l’indice CAC40 pose problème, principalement pour des raisons de transparence (15%), essentiellement sur les émissions du scope 3 et pour les banques : parmi elles, BNP Paribas et la Société Générale sont concernées, mais on trouve aussi dans ce périmètre des groupes comme Publicis. Parallèlement, 25 % de la capitalisation ont un Score Carbone négatif (D, E et F). Tel est le cas pour Total, mais également tout le secteur automobile (Renault, Stellantis, Michelin). Carrefour est également sous la moyenne. Il ne faut toutefois pas s'arrêter aux trains qui n'arrivent pas à l'heure : sur l'ensemble du périmètre du CAC 40, 50 % est classé en A, score revu à la hausse si l'on se focalisé aux seules sociétés notées..
Partant de ces notations, Axylia a calculé un indice boursier, le Vérité40. Par méthodologie, il n’inclut que des Scores Carbone « positifs » de A, B ou C. En réalité, les C sont ultra-minoritaires, représentés seulement par deux titres : Air Liquide et Danone, ce dernier ayant mis en place un indicateur intégré « vert » (le bénéfice par action ajusté du carbone. Sur le périmètre du Vérité 40, les émissions de CO2 sont réduites de 80 %, soit un progrès considérable par rapport aux -15 % d’une notation ESG, utilisée par la très large majorité des fonds ISR. À première vue, la performance boursière n’est pas impactée négativement : +11 % contre -2 % pour l’indice CAC40 en 2020. Nous avons le projet de lancer un fonds de placement investi sur ce gisement.