L’évolution de la notion de « shareholder » vers celle de « stakeholder » engage dirigeants et actionnaires dans un dialogue de plus en plus actif : la transparence dans le domaine actionnarial s’accroît, et encourage un capitalisme plus responsable.
Pour accompagner les dirigeants des sociétés cotées dans ce mouvement, Euronext a lancé plusieurs initiatives afin d’informer les acteurs du marché sur la composition actionnariale des sociétés dans lesquelles ils investissent et aider les émetteurs qui souhaitent davantage d’efficacité dans le pilotage de leur cotation en Bourse.
La connaissance actionnariale, clé de voûte des relations investisseurs
Identifier ses actionnaires et obtenir une vision fine, dynamique et actualisée de la composition de son capital sont les facteurs déterminants d’une politique de relations investisseurs réussie, mais aussi, nous y reviendrons, un élément clé de la responsabilité sociale de l’entreprise.
De la composition et du dialogue actionnariaux dépendent la réaction du marché aux annonces et aux projets de la société, la capacité à trouver des financements, l’aboutissement d’avoir des partenaires de long terme associés à la stratégie de l’entreprise.
Enfin, les nouvelles réglementations pour la transparence et la digitalisation de la relation actionnaires amorcent deux évolutions structurantes, qui donnent un sens nouveau à l’épargne en actions dont nous avons tant besoin. Il s’agit à la fois de la souveraineté dans le financement de nos entreprises, mais également de l’égalité devant l’épargne : une Bourse ouverte et accessible à tous.
Qui sont les actionnaires des sociétés cotées en France ?
Mobilisé autour de ces enjeux et promoteur d’une finance durable, Euronext publie depuis trois ans une étude sur la composition actionnariale des sociétés cotées : le périmètre de ce baromètre a d’abord concerné la France avec les sociétés du CAC40®, puis s’est élargi en 2019 au SBF120® et en 2020 aux sociétés qui composent le BEL20®, en Belgique.
L’étude publiée en 2020 pour la France
Parmi les évolutions notables entre 2012 et 2018, retenons le renforcement des familles au sein de ces indices, notamment suite à l’inclusion de nouvelles valeurs comme Dassault Systèmes en 2018 mais aussi par la surperformance du secteur du luxe. Surtout, il est intéressant de noter que l’actionnariat de la gestion passive progresse : il est estimé à 6,6 % du CAC40® en 2018, BlackRock et Vanguard possédant 2,3 % de l'indice, suivis par le français Amundi à 1,4 %. C’est une tendance structurelle dans l’industrie de la gestion actions, qui est reflétée dans cette évolution.
Enfin, pour avoir un regard plus pertinent sur l’évolution de la population d’actionnaires individuels, il faudrait revenir plus d’une dizaine d’années en arrière, avant la crise de 2008, lorsque nous comptions encore près de 7 millions d’actionnaires individuels en France, contre un peu plus de 3 millions aujourd’hui
En Belgique, l’étude
Le profil des actionnaires détermine la réaction du marché
La séquence observée sur les marchés boursiers européens depuis début mars suite à l’évolution de la crise du coronavirus, nous éclaire beaucoup sur la diversité des réactions des opérateurs de marchés à ce scénario imprévisible, soudain et brutal.
Alors que les gestions passives et alternatives perdaient leurs repères, entraînant le marché au début de la crise dans des pics de volatilité inconnus depuis 10 ans, nous comprenons des gérants actifs « long-only » que leur principale décision a été de ne pas sur-réagir aux évolutions soudaines du marché, de ne pas précipiter leurs arbitrages, tout en adaptant les paramètres de liquidité et de risque de leurs portefeuilles, sans changer brutalement de convictions
Parallèlement, nous observons une activité accrue des actionnaires individuels sur les marchés actions pendant cette période : confinés à domicile et séduits par le récent succès populaire de l’introduction en Bourse de la Française de Jeux, sont-ils repris d’intérêt pour l’investissement en actions, à un moment où les valorisations semblent leur offrir un point d’entrée ? Les mois à venir nous diront si cette tendance se confirme durablement.
Que nous enseignent ces comportements ? Sans doute que la diversité actionnariale est le meilleur atout dans le parcours boursier des entreprises. Il est évident que l’inclusion dans des indices de référence procure visibilité et liquidité, mais cela apporte également davantage d’actionnaires passifs, ou encore « long-short ». Pour ces raisons, les sociétés cotées doivent s’efforcer de constituer une base actionnariale également riche d’une part de gérants d’actions « stock-pickers », dont les décisions reposent sur des valeurs fondamentales, des projections de long terme, la confiance dans le management, et d’autre part, enfin, d’actionnaires individuels, de plus en plus facilement atteignables grâce à la communication digitale, et qui offrent un solide socle actionnarial aux entreprises.
Du shareholder au stakeholder : un dialogue de plus en plus actif
L’engagement actionnarial est un processus en marche. Nous ne pouvons qu’encourager les sociétés cotées à ne pas subir ce mouvement comme une contrainte, mais à en faire une opportunité au service de leur performance. Certes la responsabilité est exigeante, mais la représentation actionnariale et la possibilité de s’adresser à une multitude d’actionnaires individuels n’ont jamais été aussi efficaces grâce aux possibilités offertes par la communication digitale et les plateformes de relations-investisseurs. La multiplication des Assemblées Générales « virtuelles » en ces temps de confinement en apporte encore la preuve
Le renforcement du dialogue entre sociétés cotées et actionnaires sera de plus en plus actif, car il est soutenu par deux tendances de fond.
– Une situation conjoncturelle favorisant les situations d’activisme et d’offres hostiles. À court terme, compte tenu de l’onde de choc boursier provoquée par le coronavirus et par la crise économique qui se profile, certaines entreprises vont devoir faire face à des actions hostiles du fait de l’évolution de leurs fondamentaux, de leur valorisation et des défis que la crise constitue pour leur gouvernance, que seul un dialogue transparent et une relation de confiance avec leurs actionnaires pourront repousser. Réciproquement, les changements de politiques de distribution de résultats seront un bon test pour la responsabilité des actionnaires.
Une évolution structurelle avec l’accélération très rapide de l’investissement responsable « ESG ». C’est un fait : la collecte d’investissements par les fonds ESG bat des records et démontre même sa résistance depuis quelques semaines, dans les conditions boursières que nous connaissons. Parallèlement, il a pu être constaté que les entreprises dont les scores ESG sont inférieurs à leurs pairs ont connu des révisions à la baisse plus importantes de leur bénéfice par action cette année, et vice versa
Comment identifier et qualifier ses actionnaires ?
L’ensemble de ces exigences oblige les entreprises à davantage professionnaliser leur fonction de relations investisseurs et à se doter des moyens nécessaires pour accomplir cette mission de façon efficace, notamment en menant des travaux d’identification d’actionnaires avec des outils tels que les « Shareholder analysis » développés par Euronext Corporate Services.
Fort heureusement, les régulateurs européens ont également engagé les réformes permettant de faciliter la relation actionnaires, en particulier avec la Directive européenne « SRD 2 », qui est en cours de transposition dans chacun des États membres de l’UE
Cette directive, dont l’objectif est de promouvoir le développement d’un actionnariat de long terme, permet en pratique d’assurer que les décisions sont prises dans une perspective de stabilité des entreprises cotées :
– les émetteurs vont bénéficier d’un droit renforcé en termes d’identification de leurs actionnaires, notamment grâce à une transparence accrue des détenteurs finaux de leurs titres (et non plus au stade de la société de gestion ou de la banque dépositaire étrangère uniquement) ;
– de nouveaux standards de communication sont introduits, afin de faciliter la transmission d’information entre les entreprises et leurs actionnaires, notamment dans le processus de convocation et de tenue des Assemblées Générales.
Cette réforme est une réelle opportunité pour les actionnaires de faire valoir leurs droits et jouer leur rôle de partie prenante engagée. C’est également une opportunité pour les entreprises cotées d’améliorer la connaissance et le dialogue avec leurs actionnaires. Gageons que les épisodes économiques qui nous attendent emmènent chacune des parties dans cette voie, celle d’un dialogue renforcé, ouvert et responsable.