Banque

« Pour être prêts dans les délais, nous avons dû anticiper les demandes »

Créé le

04.04.2014

-

Mis à jour le

08.04.2014

Le Comprehensive Assessment mobilise plusieurs centaines de collaborateurs au sein du Groupe Société Générale qui préfère recourir le moins possible à des ressources externes.

Comment le Comprehensive Assessment se traduit-il pour les équipes de Société Générale ?

Avec le soutien de la Direction générale, nous avons fortement mobilisé l'ensemble de nos équipes, en insistant sur le caractère prioritaire de l'exercice pour un groupe comme Société Générale, d'autant qu'il s'agit du premier contact avec notre futur nouveau régulateur.

Plusieurs centaines de collaborateurs sont mobilisés de près ou de loin par le projet ; nous avons fait le choix de ne recourir que marginalement à des ressources externes. En effet, par leur connaissance des activités du Groupe, nos collaborateurs sont les mieux placés pour répondre précisément et dans les temps aux demandes de la BCE. Ceci dit, nous avons demandé à nos commissaires aux comptes de nous aider à nous préparer, dans la mesure où ils sont intervenus récemment sur des exercices similaires en Europe.

En interne, les services les plus sollicités à ce stade sont les Risques, la Finance, l'Inspection et les équipes d'audit, les back- et middle-offices et les services informatiques. Mais les équipes du front-office le seront aussi, dans la phase de revue des dossiers. Bref, nous nous investissons beaucoup pour assurer le succès de cet exercice.

Qu'attendez-vous du Comprehensive Assessment ?

Il est dans l'intérêt de tous que cet exercice soit un succès et conforte pleinement la confiance des investisseurs dans le système bancaire européen. Aucune banque ne souhaite revivre la phase de défiance de l'été 2011.

Depuis lors, les banques ont certes poursuivi le renforcement de leurs fonds propres et de leur liquidité : le Groupe Société Générale respecte d'ailleurs dès à présent les nouveaux ratios Bâle III en termes de fonds propres et de liquidité, en avance sur le calendrier bâlois. Mais il est important que la transparence soit complète sur la solidité du système bancaire européen. Pour cela, le Comprehensive Assessment doit être ambitieux, tout en restant mis en œuvre de façon pragmatique. C'est d'ailleurs le sens des propos récents de Danièle Nouy.

En quoi le Comprehensive Assessment est-il si ambitieux ?

L'exercice est ambitieux par son ampleur et sa durée. Il se compose de trois parties dont la première (évaluation prudentielle des risques) s'est déroulée sur le dernier trimestre 2013. L' AQR [1] , qui a commencé en février, va se poursuivre jusqu'en juin environ. La dernière phase, les stress-tests conduits par l'EBA, prendra place à partir de la fin du printemps et se terminera à la rentrée. Les derniers développements du Comprehensive Assessment interviendront probablement jusqu'en septembre ou octobre. L'exercice s'étale donc sur presque un an.

Très ambitieux également, le champ d'application qui englobe près de 130 banques et la BCE a maintenu son objectif de passer en revue une proportion très significative du bilan de chaque banque (notamment au moins 50 % des RWA [2] de crédit). Cette ambition répond à la volonté de réaliser un exercice crédible, car très complet ; le point d'attention, me semble-t-il, est de s'assurer que cette volumétrie extrêmement significative et consommatrice en temps et ressources y compris du côté de la BCE et des régulateurs nationaux n'obérera pas la qualité de l'évaluation.

Comment va se passer la phase d'échantillonnage ?

Chaque banque a désormais remonté à la BCE des informations détaillées, crédit par crédit, sur la moitié de son bilan. Désormais, la revue concrète de dossiers de crédit par échantillonnage est sur le point de commencer : sur cette moitié de bilan, le superviseur va retenir plusieurs milliers d'emprunteurs et pour chaque emprunteur, plusieurs dossiers de crédits qui vont faire l'objet d'une remontée d'information complémentaire et être examinés par le régulateur. Ceci doit permettre au superviseur de se forger une opinion sur la bonne évaluation interne de la qualité de ces crédits.

Les délais de réponse sont très courts. Comment vous êtes-vous organisés ?

Pour être prêts dans les délais, nous avons en fait dû anticiper les demandes, sans attendre d'avoir les formats définitifs de la part de la BCE. Sur la base d'échanges réguliers notamment avec l'ACPR, puis de projets de « templates [3] » mis en circulation par la BCE, nous avons fait un certain nombre d'hypothèses progressivement affinées : dès fin décembre 2013, nous avons ainsi commencé à préparer nos pôles sur les informations qui seraient à fournir sur les portefeuilles susceptibles d'être sélectionnés, nous avions donc déjà bien avancé lorsque le format définitif a été publié mi-février et avons ainsi pu livrer dans les délais les remontées demandées. Nous procédons de la même façon pour préparer les sélections de dossiers. Et nos hypothèses initiales ne sont généralement pas très éloignées de la demande définitive.

L'Évaluation complète tient-elle suffisamment compte des spécificités nationales ?

Nous nous préparons à la supervision unique, donc adopter pour cet exercice une norme unique pour l'ensemble de la zone euro me paraît nécessaire : il est important d'avoir des règles communes et une manière identique de regarder les banques quel que soit le pays.

Comment vous préparez-vous au stress-test ?

Nous n'avons actuellement pas d'informations précises sur les scénarios macroéconomiques envisagés ; nous devrions les recevoir fin avril ou début mai. Mais nous anticipons un exercice dans le même esprit que ceux de 2011 et 2009, qui sont d'ailleurs proches de ceux que nous réalisons de nous-mêmes en interne, chaque année depuis 2007. Notre organisation est donc rompue à cet exercice.

Ceci dit, dans le cadre du Comprehensive Assessment, les hypothèses de stress seront appliquées à un bilan segmenté de manière plus fine, ce qui pourrait complexifier l'exercice.

N'est-il pas dommage de réaliser en 2014 un stress-test semblable à ceux de 2009 et 2011, qui ont été jugés peu fiables ?

À mon sens non, car le problème des précédents stress-tests n'est pas lié à leur méthodologie, mais aux suites données, aux conséquences tirées. En 2011, l'exercice initial ayant été critiqué pour n'avoir pas pris en compte de stress sur le risque souverain, un second stress avait été mené dans la foulée, exclusivement sur les expositions aux souverains ; c'est ce dernier qui a donné lieu à des exigences en capital et aucune suite n'a été donnée au stress-test initial.

Dans le stress-test de 2014, nous comprenons que l'exposition au risque souverain devrait être prise en compte également, ce qui est logique.

Que pensez-vous du ratio de solvabilité de 8 % qui devra être atteint dans le scénario central ?

Concernant le Groupe Société Générale, nous sommes confiants. Je rappelle que notre ratio de Core Tier 1 Bâle III s'élève d'ores et déjà à 10 %.

1 Asset Quality Review, revue de la qualité des actifs. 2 Risk-Weighted Assets, actifs pondérés des risques. 3 Modèles cadres à renseigner.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº324
Notes :
1 Asset Quality Review, revue de la qualité des actifs.
2 Risk-Weighted Assets, actifs pondérés des risques.
3 Modèles cadres à renseigner.