Dans un contexte de relance de la compétitivité et de redécouverte par les investisseurs des valeurs petites et moyennes cotées en Bourse, c'est le 30 juin 2010 qu'a été créé l’Observatoire du financement des entreprises par le marché, par la Caisse des dépôts, le ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, l’AMF, la Banque de France, le MEDEF, le Médiateur du Crédit, MiddleNext et NYSE Euronext. Cette initiative de Place ayant mission de promouvoir les PME et ETI cotées et d’améliorer leur accès au marché financier chapeaute le Conseil de l’analyse financière, dont le « dispositif de financement mutualisé ou partagé de l’analyse financière pour les sociétés cotées » a été mis en œuvre le 10 février 2011, à titre expérimental pour une durée de deux ans.
Le bilan du dispositif de Place
Ce dispositif permet aux PME et ETI de bénéficier à un coût réduit d’une couverture par un analyste financier visant à renforcer la notoriété de ces sociétés auprès de la communauté financière et à faciliter leur financement par le marché. Le Conseil de l’analyse financière s’assure du respect de critères d’éligibilité des entreprises, fixés dans la Charte de l’analyse financière des PME et ETI cotées : les entreprises doivent n’avoir bénéficié d’aucune analyse financière au cours des 18 derniers mois ; leur capitalisation boursière et le volume de transactions quotidiennes enregistrées sont également pris en compte. Sur la base du contrat d’analyse financière dans le cadre de la Charte de l’analyse financière, « le prestataire procède, en toute objectivité et indépendance, à la réalisation d’une analyse financière de l’émetteur ». À l’appui de l’analyse produite, « la communauté financière portera un jugement global sur l’émetteur, son niveau de performance et sa situation financière (actuelle et future) »Ce dispositif vise à donner un nouvel essor à l’analyse financière indépendante. Son coût est partagé à part égale entre la plate-forme de cotation NYSE Euronext, les investisseurs (sociétés de gestion membres de l’AFG) et l’émetteur lui-même.
Une approche approximative pour un résultat mitigé
Cependant, tandis que 20 ou 30 émetteurs répondant aux critères auraient pu bénéficier du dispositif, seulement deux analyses financières ont été ainsi réalisées en un an – sur les émetteurs Afone et Systar. Pourquoi un tel résultat ? Il semble que la participation des sociétés de gestion à ce dispositif ait plus été imposée que volontaire, contrairement aux principes de la Charte de l’analyse financière. Par une lettre du 6 mai 2011, l’AFG a écrit aux présidents des dix principales sociétés de gestion de portefeuille (SGP) françaises en termes d'encours gérés en actions pour leur faire part dudit dispositif. Puis, il a été décidé de la prise en charge par ces dix premières SGP, du financement des analyses financières indépendantes au profit des sociétés cotées éligibles. Ainsi, à l’été 2011, les deux premières SGP en termes d’encours gérés en actions (les investisseurs) ont donc financé à hauteur d’un tiers une analyse financière au profit de deux sociétés cotées sans qu'il y ait eu de rencontre d’intérêts entre l’investisseur et l’émetteur, puisque les principaux acteurs concernés – c’est-à-dire les gérants actions de Place – n’ont pas été directement informés du dispositif.
Une meilleure mise en œuvre est souhaitable
À l’avenir, il serait souhaitable que les SGP reçoivent, par le biais du comité d'analyse financière, un dossier comprenant des données historiques et chiffrées ainsi que des détails sur le secteur d’activité et les domaines d’intervention de la société émettrice, ce qui les aidera à manifester leur intérêt à participer au financement pour un tiers d'une analyse financière. Le dossier complet sur l’émetteur reçu par la SGP devrait ensuite être relayé aux gérants actions concernés.
En pratique, l’organisation de réunions entre les gérants d’OPCVM actions de la Place et les émetteurs concernés gagnerait en efficacité. Ainsi, l’une des SGP pourrait trouver un intérêt à payer un tiers de l’analyse et bénéficier en retour d’une exclusivité de 15 jours. Si le gérant actions le juge opportun, il pourrait sélectionner l’émetteur dans un de ses OPCVM actions gérés.
À défaut de manifestation d’un intérêt dans un délai de quelques jours, une des 10 premières SGP serait automatiquement désignée pour financer l’analyse pour un tiers.
Ce procédé aurait au moins pour finalité de ne pas faire subir par les 10 premières sociétés de gestion françaises le dispositif voulu par Bercy pour aider les PME et ETI cotées, mais au contraire de les inciter, dans une certaine mesure, à en être acteur. Il est regrettable que le dispositif, outil efficace pour la compétitivité de nos PME et ETI, ait été insuffisamment véhiculé par les acteurs de Place pour susciter l’intérêt des parties concernées. Le risque serait un abandon du dispositif au début de l'année 2013. Les défis à mener pour l’année à venir sont d’autant plus ambitieux dans un contexte électoraliste.
Le marché de l’analyse financière indépendante
Le marché de l’analyse financière indépendante en France se compose déjà de quelques acteurs, principalement des bureaux d’analyse financière indépendante qui ont vocation à suivre les valeurs petites et moyennes peu suivies par les brokers et qui, de fait, manquent de liquidité et de visibilité. Dans le cadre du dispositif, les analystes financiers qui ne sont pas issus de bureaux indépendants ne sont pas exclus de la réalisation de l’analyse financière. Cette équité d’accès n’est pas forcément un handicap : elle oblige tous les analystes candidats à respecter les contraintes de la charte, qui sont celles d’une analyse financière indépendante.
Pour créer un véritable marché de l’analyse financière indépendante en France et permettre ainsi aux PME et ETI de recourir au financement par le marché à côté du crédit bancaire, il conviendrait de la rendre obligatoire lors de la cotation et de s’assurer que les sociétés cotées en bénéficient au moins une fois par an. À terme, des analyses financières indépendantes devraient être réalisées pour toutes les petites et moyennes sociétés cotées, et pas seulement pour celles qui répondent aux critères d’éligibilité posés par le dispositif.
Dans un environnement hexagonal où le secteur industriel est en perte de vitesse, investir dans la qualité et l’innovation reste un enjeu primordial. Pour accroître la notoriété des PME et ETI auprès de la communauté des investisseurs, les valeurs petites et moyennes, génératrices de croissance et d’emploi, ont intérêt à être suivies par un ou plusieurs analystes pour assurer leur visibilité et développer leur liquidité, prérequis à une bonne tenue de marché.
Une analyse financière indépendante constitue donc un véhicule incontournable d’accès à une communication et, de fait, aux investisseurs, ce qui facilitera leur financement par le marché.