Selon une étude sur les nouvelles normes IFRS publiée par le cabinet d’audit et de conseil Deloitte, 88 % des banques mondiales interrogées pensent que le chemin des normalisateurs comptables pour parvenir à une harmonisation des exigences comptables régissant les instruments financiers est encore long.
70 banques interrogées
La 3e édition de cette
- IFRS 9 relative aux instruments financiers qui remplacera la norme IAS 39 actuelle ;
- IFRS 10, 11 et 12 relatives à la consolidation ;
- IFRS 13 sur l’évaluation de la juste valeur des éléments financiers et non financiers.
La valorisation fait débat
Les reportings financiers des banques et particulièrement la problématique des instruments financiers sont des sujets auxquels les investisseurs, les régulateurs et la presse financière accordent une attention particulière. Amplifiées par la crise financière et la crise de la dette en Europe, les problématiques de valorisation des instruments financiers et de provisionnement des actifs ont été placées sous haute surveillance par les régulateurs des principaux pays membres du G20. Ce sujet fait également débat auprès des actionnaires et investisseurs, qui, sur les principes mais également sur les modalités pratiques d’application, ont des vues différentes, voire parfois opposées sur ce que doit être le traitement comptable approprié.
La priorité réglementaire
La sensibilité de la gouvernance d’entreprise vis-à-vis des changements comptables reste modérée, même si le niveau de sensibilité a augmenté depuis 2 ans. Pour les banques interrogées, les projets liés aux évolutions réglementaires et notamment Bâle III restent aujourd’hui une priorité car elles estiment que les impacts sur les organisations seront les plus significatifs dans les 5 années à venir (voir Encadré 2). Outre les changements réglementaires liés à Bâle III, les contraintes en matière de liquidité et de ratios réglementaires, les banques citent d’autres évolutions réglementaires qui les impactent ou les impacteront à court et moyen terme, telles que
Même si les exigences en capital réglementaire des banques dans les différents pays s’appuient largement sur des informations comptables, les banques considèrent les changements comptables attendus comme un sujet de préoccupation secondaire. Ceci s’explique principalement par le report du planning d’application des nouvelles normes.
Parmi les différentes évolutions des normes IFRS attendues, la dépréciation des actifs reste le sujet sur lequel les établissements interrogés envisagent les impacts les plus significatifs (voir Encadré 3), même si ceux-ci apparaissent moins importants que lors de la première étude.
Le lancement des projets IFRS retardé dans les banques
76 % des banques interrogées pensent que le calendrier pour l’élaboration d’IFRS 9 sous sa forme définitive sera reporté au-delà de sa date d’entrée en vigueur, fixée au 1er janvier 2015.
Jusqu’à ce que l’IASB finalise ses propositions relatives à la dépréciation, le climat d’incertitude qui continue à régner est tel que pour nombre de banques, les projets IFRS 9 ne seront pas la priorité, du moins dans un futur proche. Elles préfèrent attendre d’avoir davantage de visibilité sur le texte définitif avant d’engager des projets qui ont un coût.
En conséquence, certaines banques, qui n’avaient pas lancé les analyses ou les études d’impacts, dans le cadre notamment d’IFRS 9, ont retardé le début de la mise en œuvre de leurs projets au second semestre 2013, voire à plus tard. D’autres banques ont mis en veille ces derniers et les relanceront lorsque les normes seront clarifiées.
En excluant le sujet de la macrocouverture qui fera l’objet d’un
L’absence de convergence des référentiels
88 % des banques interrogées doutent que la convergence entre l’IASB et le
La comptabilisation des dépréciations d’actifs étant particulièrement importante pour les investisseurs et les régulateurs, l’absence de convergence pourrait avoir des incidences sur la comparaison de la performance entre les banques soumises aux normes IFRS et celles soumises aux normes US Gaap (principalement les banques américaines) et engendrer des divergences sur les besoins en capitaux entre ces deux catégories d’acteurs.
Vers une meilleure comparabilité ?
Les banques ne sont pas convaincues que l’application d’IFRS 9 entraînera une meilleure comparabilité de l’information financière. Un certain nombre de banques sont confiantes sur le caractère comparable de l’information au niveau national, mais doutent que la comparabilité de l’information au niveau international puisse être atteinte. Des établissements ont exprimé des réserves sur la capacité des banques, auditeurs et régulateurs à interpréter IFRS 9 d’une manière identique. Environ deux tiers des participants sont d’avis que les propositions de l’IASB ne permettront pas d’améliorer la communication de leur information financière et de leur performance, par rapport à IAS 39. Les raisons évoquées par les participants sont liées au décalage qui existe entre les règles de comptabilisation et la gestion des risques, à leurs interrogations quant au fondement du choix d’un horizon de pertes de 12 mois envisagé pour les portefeuilles de crédit sains et plus généralement la complexité persistante dans les principes de comptabilisation des instruments financiers.
Un niveau de provisions supérieur
69 % des banques interrogées s’attendent à un niveau de provisions sur les catégories 2 et 3 (voir Encadré 3) supérieur aux provisions actuelles déterminées selon IAS 39. En intégrant les provisions constituées pour la première catégorie (pertes estimées sur les 12 premiers mois sur le portefeuille de crédit sains), l’ensemble des banques partage la vision que les provisions cumulées sur l’ensemble du portefeuille (incluant les trois catégories) seront supérieures aux provisions actuelles. Un certain nombre de banques interrogées pensent que la mise en œuvre du modèle d'expected loss sur les portefeuilles d’actifs pourrait avoir des impacts sur les exigences de capital et donc sur le coût des
À propos de la macrocouverture
Selon les banques, la comptabilité de couverture doit se rapprocher de la réalité économique de l’entreprise et de la gestion. Concernant la couverture, malgré les simplifications proposées par l’IASB sur la macrocouverture, deux tiers des banques interrogées n’envisagent pas d’augmenter l’utilisation de la comptabilité de couverture dans leurs comptes. Toutefois, deux tiers d’entre elles sont favorables à ce que l’IASB change les règles comptables sur la macrocouverture dans ses projets normatifs à venir. Deux tiers des banques interrogées pensent que les propositions de l’IASB ne permettront pas une amélioration de la communication sur leur situation financière par rapport à la norme IAS 39 actuelle.
La valorisation des dérivés
Une généralisation de la prise en compte de la
43 % des banques ayant participé à l’étude affirment avoir déjà pris en compte la DVA dans la valorisation de leurs dérivés au passif alors même qu’IFRS 13 n’était pas encore applicable.
75 % d’entre elles confirment qu’elles prendront bien cet ajustement de valeur dans le cadre de la mise en œuvre d’IFRS 13 au 1er janvier 2013.
Des exigences accrues en capitaux
Pour la majorité des banques interrogées, il est essentiel que les normes comptables au niveau international permettent d’améliorer la comparabilité des états financiers et de la performance des banques au niveau mondial. Toutefois, cet objectif semble difficile à atteindre compte tenu des incertitudes qui demeurent notamment en matière de convergence entre l’IASB et le FASB sur un certain nombre de sujets liés à la comptabilisation des instruments financiers. Le principal point d’achoppement en matière de convergence concerne la dépréciation d’actifs qui, au-delà des aspects comptables, peut avoir une incidence sur les besoins en capital réglementaires des banques, pouvant générer des inégalités en terme de compétitivité entre les banques au niveau mondial.
Les exigences en capitaux, déjà croissantes dans de nombreux pays, pourraient s’accroître davantage pour refléter les niveaux de provisionnements plus élevés imposés par l’IASB et le FASB. Cela entraînera, potentiellement, une hausse de la tarification des opérations de crédit.