Comment peut-on définir Lydia aujourd’hui ? Quels sont le caractère disruptif de votre activité et son positionnement par rapport aux acteurs traditionnels du secteur ?
Lydia est une application mobile permettant aux particuliers, grâce à son interface sécurisée, d’effectuer toutes leurs opérations du quotidien en temps réel : rembourser un ami, payer son boulanger, une course chez Uber, un achat sur Amazon, son loyer… À cela s'ajoute, depuis mars 2018, la possibilité de consulter ses soldes bancaires sans avoir à changer d’application.
Lydia offre aux particuliers les outils pour effectuer leurs paiements, quel que soit le marchand (Monoprix, Deezer, Cdiscount, etc.). Aucune autre application de paiement en France et à l’étranger n’a un spectre aussi large. Nous nous sommes placés en effet au-dessus des banques, dans un positionnement « méta-bancaire », avec la volonté de donner en permanence une vue instantanée des opérations. Le côté disruptif de notre activité provient de son caractère universel : nous n’avons pas inventé de technologie particulière, même si nous avons la chance de pouvoir utiliser les technologies les plus récentes, à l’inverse des banques, contraintes par des systèmes d’information datant parfois de plusieurs dizaines d’années.
Depuis votre lancement en 2013, votre clientèle a-t-elle évolué ?
Nous comptons 1,4 million d’utilisateurs en France, dont 80 % ont entre 18 et 30 ans. Il est intéressant de constater l’évolution de leur répartition par tranche d’âge : au début de notre activité, nous avions 60 % de 18-24 ans et 20 % de 25-30 ans ; ils sont aujourd’hui respectivement 45 % et 35 %. Cela signifie que les utilisateurs du début – qui vieillissent comme vous et moi – continuent à utiliser Lydia et « évangélisent » leur entourage. Nous bénéficions ainsi d’un formidable effet de réseau. Cela représente plus de 1,5 million de transactions mensuelles, pour un panier moyen de 30 euros. La grande majorité de nos utilisateurs sont des particuliers, mais nous avons développé des API et services spécifiques pour les professionnels et pour les marchands (en ligne ou non) qui peuvent proposer notre application comme moyen de paiement à leurs clients.
Justement, quelles sont les différentes fonctionnalités et quid de leur modèle de rentabilité ?
Nous proposons une offre « free » et une « premium ». L’offre « free » présente toutes les fonctionnalités historiques de Lydia ainsi que les principales fonctionnalités de l’offre « premium », mais en accès limité pour pouvoir les découvrir. Notre chiffre d’affaires provient des commissions sur les transactions effectuées chez les marchands et des abonnements premium des
Les commissions sur les transactions se répartissent de la manière suivante : 0,7 % sur les transactions validées par QR Code, 1,5 % (prix public) sur les transactions effectuées via un bouton de paiement sur les sites Web, et la commission interbancaire reversée par le système cartes pour les transactions effectuées à l’aide des cartes – virtuelles ou non – émises par
Nous comptons proposer de nouvelles fonctionnalités d’ici le début de l’année 2019, qui ont toutes pour but de faciliter les transactions tout en gardant l’argent dans les comptes bancaires existants, notamment les comptes partagés et l’IBAN universel :
- avec une carte universelle, par exemple, lors du paiement avec la carte Lydia, il est possible d’indiquer quel compte bancaire prélever ;
- concernant l’IBAN universel, lorsque différents organismes (impôts, abonnements téléphone, etc.) effectuent des prélèvements, l’IBAN Lydia permettra de choisir le compte bancaire à partir duquel l’argent sera prélevé ; il sera possible d’établir des règles de prélèvement (par exemple, pour EDF, effectuer le prélèvement à partir du compte X) ou encore de modifier ces règles si, à un mois donné, le client préfère que ce prélèvement soit effectué à partir d’un compte différent. À terme, il sera possible de fractionner les versements prélevés sur des comptes différents, une fois renforcées nos règles de connaissance des clients (KYC) destinées à nous mettre en conformité avec les exigences de la directive de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Que est votre statut et quelles sont les principales réglementations encadrant votre activité ?
Nous sommes enregistrés auprès de l’ACPR en tant qu’agent prestataire de service de paiement auprès d’autres sociétés, elles-mêmes agréées en tant qu’établissement de paiement ou établissement de monnaie électronique. De ce fait, nous sommes soumis aux mêmes exigences réglementaires – lutte contre blanchiment et le financement du terrorisme, lutte contre la fraude, KYC… –, car ces sociétés, pour conserver leur agrément, nous contraignent à appliquer les mêmes procédures.
De quels moyens de financement avez-vous bénéficié et quelles sont vos perspectives de développement ?
Nous sommes opérationnels depuis 2013, après avoir levé des fonds en love money, puis nous avons fait un premier tour de financement fin 2014 de l’ordre de 3 millions (pour un total de 3,6 millions). En septembre 2016, nous avons fait un tour de 7 millions d’euros. Le dernier tour de table (13 millions d’euros) a eu lieu en février 2018. Cela représente un peu plus de 23 millions d’euros de financements au total. Parmi nos actionnaires figurent deux fonds d’investissement (Xange et New Alpha AM), des corporate (la banque Oddo BHF et la compagnie d’assurances CNP) ainsi que des family office, dont celui de la famille
Notre effectif actuel est de 50 personnes. Nous visons pour l’instant une couverture paneuropéenne plutôt que mondiale. Cette troisième levée de fonds doit nous permettre de tester notre développement à l’international au Royaume-Uni, en Irlande, au Portugal et en Espagne, mais aussi de développer de nouveaux produits dont notre offre premium n’est que le préliminaire.
Votre développement repose sur des partenariats : les banques en font-elles partie ?
Dès le départ, Lydia a été conçue comme une plate-forme et une interface sous lesquelles sont connectés des services que nous intégrons. Des briques techniques et produits constituent l’offre sous-jacente de Lydia, par exemple l’agrégation de compte avec Budget Insight ou la partie carte avec Treezor (FinTechs), mais nous travaillons aussi avec les grandes banques, pour la partie acquisition ou cantonnement des fonds…, avec des prestataires techniques (PSP), pour le stockage ou l’identification de cartes, ou encore avec des sociétés spécialisées dans le change. Certaines de ces briques sont visibles des clients, d’autres non. La perception de notre solution par les banques est vraisemblablement très différente selon les services concernés. Nous sommes plus des facilitateurs ou des partenaires de croissance que des concurrents potentiels. Nous n’envisageons pas non plus de délivrer du conseil : notre métier se limite au paiement. Lorsque nous proposons de l’agrégation de comptes, il s’agit de donner une alerte pour que votre acte de paiement avec Lydia soit le plus simple possible. Il n’est pas possible d’être à la fois méta-bancaire et banque.
Le climat des affaires en France est-il vraiment « FinTechs friendly » ? Quelles mesures nouvelles seraient nécessaires pour améliorer encore cet environnement ?
Le climat des affaires est favorable et tout ce qui est fait va dans le bon sens. Un indicateur de cet optimisme est le nombre important de jeunes issus des grandes écoles ou universités souhaitant devenir entrepreneurs ; auparavant, leur but était d’être fonctionnaires (pour la sécurité de l’emploi) ou d’entrer dans des grands groupes.
Afin de faciliter le déploiement de nos solutions, il serait toutefois souhaitable que l’administration publique propose davantage de paiements mobiles… Notre métier est difficile, car il s’exerce sur un matériau complexe – l’évolution des habitudes – et sur un sujet très sensible – l’argent. Cela prend du temps, mais c’est extrêmement gratifiant de participer à un changement aussi profond dans la vie des gens.