Crowdlending

Plateforme de prêt : une alternative au système bancaire pour les TPE ?

Créé le

11.06.2019

-

Mis à jour le

28.06.2019

Forces et limites du crowdlending pour le financement des très petites entreprises : l'analyse du fondateur de la société de prêt October, ex-Lendix.

En octobre 2014, l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation [1] a ouvert une brèche inédite dans le monopole bancaire. Les plateformes de prêt aux entreprises étaient nées, avec une promesse simple : offrir une alternative en leur permettant d’emprunter directement auprès d’investisseurs particuliers et institutionnels, sans passer par les services des banques.

Bien évidemment, la promesse séduit tout entrepreneur qui a connu le long et pénible parcours de l’emprunteur, et essuyé de nombreux refus, souvent restés incompris. La promesse s'annonce d’autant plus séduisante pour les très petites entreprises (TPE), réputées mal aimées des banques.

Petit rappel historique

Chose impensable il y a encore quelques années, la finance participative a entrepris de bouleverser les modèles financiers habituels. La collecte de dons ou l'investissement au capital de start-up, deux des principales activités de la finance dite « participative », ne sont pas véritablement des nouveautés. Mais le prêt en direct par des particuliers constitue, lui, une véritable révolution. Depuis des siècles, prêter de l’argent était une activité strictement interdite à l'épargnant.

Prenant la mesure du bouleversement en cours aux États-Unis et au Royaume-Uni, le législateur français a donc offert fin 2014 un cadre réglementaire clair et avant-gardiste aux plateformes internet souhaitant mettre en relation les épargnants et les entreprises en quête de financement. Une opportunité sans précédent pour les TPE et PME, qui, contrairement aux grands groupes, n’avaient jusqu’alors d'autre solution que la banque pour se financer. Le prêt aux entreprises est un marché gigantesque : ce sont 80 à 100 milliards d’euros de nouveaux prêts alloués chaque année en France.

La promesse des plateformes de prêt aux entreprises, qui ont vu le jour dans la foulée de cette loi, est celle d’un financement plus large et accessible pour les TPE et PME, dont tous les observateurs reconnaissent l’utilité pour l’économie nationale. Les plateformes stimulent aussi la concurrence et facilitent l’investissement privé.

Un bilan modeste et révolutionnaire

Quatre ans après, les montants prêtés restent encore modestes par rapport au financement bancaire traditionnel. Les 300 millions d’euros prêtés à 600 TPE et PME suffisent par exemple à October, anciennement Lendix, qui opère en France, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et bientôt en Allemagne, pour s’afficher comme le leader en Europe continentale.

En revanche, ces FinTechs spécialisées ont révolutionné le financement des petites entreprises par leur approche de l’expérience client. Grâce à la technologie et à une remise à plat de l’ensemble des process, il est désormais possible de distribuer des prêts aux entreprises avec une efficacité jamais vue auparavant. Il faut compter 48 heures de la première prise de contact à la réception d’une offre de financement ferme, pour des montants allant jusqu’à 5 millions d’euros.

Ce premier test grandeur nature a permis aux principales plateformes européennes d’accumuler un niveau de données inégalé, et surtout exploitable pour étudier chaque décision de crédit. Grâce aux millions de données financières accumulées, les analystes vont enfin pouvoir capitaliser sur une information structurée, comme cela a rarement été fait au sein du système bancaire. L’avantage des plateformes de prêt est de pouvoir « nativement » stocker chaque donnée, de manière à la rendre exploitable et significative. Ceci permet de repenser un métier séculaire sans le poids de l’histoire et des habitudes.

Qui sont les entreprises emprunteuses ?

Avec 48 mois de recul, il est possible de tirer quelques enseignements sur le profil des premiers emprunteurs. Chez October par exemple, l'emprunteur moyen réalise 13,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, emploie 58 personnes, réalise un résultat d’exploitation de 1,4 million d’euros dans une entreprise qui existe depuis 18 ans. Le plus petit emprunteur réalise 113.000 euros de chiffre d’affaires, le plus important 440 millions.

Nous sommes certes assez loin des caractéristiques de la TPE. La difficulté à toucher cette catégorie d'entreprise s’explique par le fait qu'il n'est guère facile d’évangéliser les plus petites entreprises, là où les plus grandes bénéficient de nombreux conseils, avocats, experts-comptables, ou courtiers, qui sont autant de relais pour l'information sur les services offerts par les plateformes. Nous pouvons légitimement nous attendre à une plus large diffusion de l’offre vers les TPE, grâce au « phénomène de percolation » et une arrivée à maturité du marché. Mais une industrie ne se transforme pas radicalement en quelques dizaines de mois, surtout lorsqu'on touche au sujet sensible de l’argent et du financement.

Banque et FinTech : une relation délicate

Grâce à une meilleure collaboration entre les banques et les FinTech, il est possible de favoriser encore plus efficacement le financement des PME et surtout des TPE. Mais, autant l’admettre d’emblée, la relation entre les banques et les FinTechs n’a pas été toujours été simple.

Forcément, quand un nouvel entrant arrive avec la prétention de repenser l’organisation d’un métier au cœur de la banque, cela fait grincer quelques dents. « Nous sommes déjà très bien organisés, merci ». « Une banque est déjà une société de technologie. Pas besoin des FinTechs ! ». Et, admettons-le aussi, les FinTechs manquent parfois de modestie en vantant l’ampleur de la révolution à venir, ce qui n'est pas propice à l'apaisement des relations.

Mais une vraie complémentarité existe. Les exemples émergent petit à petit au niveau européen. ING a déployé dans plusieurs pays la solution de prêt automatisée de la FinTech Kabbage tandis qu’October source des emprunteurs de plus en plus nombreux grâce à Arkea.

Chez October, nous sommes même allés un cran plus loin, puisque symboliquement, une banque (Arkea toujours) est venue emprunter sur notre plateforme aux côtés de dix grands groupes, parmi lesquels AccorHotels, The Adecco Group, Edenred, Engie, JCDecaux, ou Suez, afin de montrer l’exemple aux petites entreprises. L’opération a eu lieu à la fin de l’année 2018, et était dénommée « Grandir Ensemble ».

Pour que les plateformes de prêt aux entreprises continuent de se développer, il faut un cadre réglementaire clair, stable et protecteur pour les prêteurs. Dans ce domaine, la France, en se dotant d’une nouvelle réglementation en octobre 2014, a été l’un des pionniers européens. A titre de comparaison, alors que l'industrie y existe depuis plus de 10 ans, le Royaume-Uni cherche toujours le meilleur mode opératoire pour protéger ses épargnants. Grâce à la loi Pacte, il est vraisemblable que la France gardera son avance en matière réglementaire et continuera d'inscrire ce sujet dans la durée.

 

1 Ordonnance du 30 mai 2014 et décret d'application du 16 septembre 2014.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº834
Notes :
1 Ordonnance du 30 mai 2014 et décret d'application du 16 septembre 2014.