Crise sanitaire et économique

Plans de relance : moteur de la reprise économique

Créé le

13.11.2020

Dans le cadre de la crise sanitaire, les plans de relance, nationaux ou européens, représentent des montants colossaux et apparaissent essentiels pour stimuler l’économie. Toutefois, l’absence de coordination entre eux et des agents économiques frileux dans un contexte encore marqué par l’incertitude peuvent en amoindrir l’efficacité.

La crise sanitaire est survenue dans un contexte où l’Europe et la France se trouvaient dans une trajectoire de dynamisme économique. En effet, la zone euro affichait un taux de croissance de 1,3 % en 2019 et connaissait un taux de chômage modéré à 7,5 %. La France avait une croissance s’élevant à 1,2 % en 2019 après 1,7 % en 2018. La consommation privée se redressait ; le pouvoir d'achat des ménages ayant augmenté en raison des mesures adoptées par le gouvernement suite à la crise des gilets jaunes. L'investissement était attractif, soutenu par une politique monétaire accommodante.

La crise sanitaire a imposé des mesures de confinement strictes mettant à l’arrêt l’appareil productif de nombreux pays. Cette crise est singulière car elle affecte l’offre et la demande d’une manière concomitante. Elle met également en exergue l’imbrication des chaînes de valeur européennes et leur dépendance à la Chine et dans des secteurs stratégiques tels que la santé.

Cette crise a plongé le monde dans la récession. Les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) prévoient une récession mondiale s’élevant à 4,4 %, à 8,3 % pour la zone euro et à 9,8 % pour la France en 2020. Dès lors, afin de faire face à cette situation historique, les États ont mis en œuvre des plans de relance. De quelle nature sont-ils et sur quels leviers s’appuient-ils (fiscalité, investissement, politique de l’offre) ? Sont-ils efficaces ? Permettront-ils de stimuler la reprise ? Rendront-ils les entreprises plus compétitives ? Depuis le début de la crise, ils jouent un rôle essentiel afin de limiter les faillites d’entreprises et la forte hausse du taux de chômage.

Des plans de relance hétérogènes dans un contexte de faible inflation

La crise a touché différemment les pays. Le continent européen a été le plus affecté, notamment les pays ayant un modèle de croissance basé sur la consommation tel que la France, l’Italie et l’Espagne. Ces pays furent davantage impactés en raison de la rigueur du confinement, leur spécialisation sectorielle et le degré d’ouverture de leur économie. Ces pays ont perdu plus de 30 % de leur valeur ajoutée depuis le mois de mars 2020 [1] . Afin de faire face à cette situation, les instances européennes ont compris la place centrale occupée par les marchés financiers et la nécessité d’éviter une crise majeure de liquidité en mémoire de la crise financière de 2008. Dès lors, les institutions européennes injectèrent depuis le début de la crise des liquidités équivalent à 17 % du PIB européen dans le continent. En comparaison, les États-Unis injectèrent 15,9 % de leur PIB et la Chine 4,2 %.

L’Europe est le bloc ayant le plus injecté de liquidités afin d’éviter le creusement des écarts entre États membres dans une union monétaire inachevée et d’assurer les conditions favorables de financement de l’économie réelle à travers l’octroi de crédits, notamment pour les plus petites entreprises. Ces politiques monétaire et budgétaire expansionnistes bénéficièrent d’un contexte favorable de faible inflation à moyen terme. En effet, la crise a entraîné une baisse de plus de 30 % de la demande mondiale de pétrole, le prix de l’énergie devant rester à des niveaux modérés ainsi que le niveau de l’inflation.

Un plan de relance européen historique : vers une mutualisation des dettes

En réponse à la crise, l’Europe a développé un plan de soutien massif, baptisé « Next Generation EU », destiné à aider les pays en fonction de leur niveau d’infection par la crise sanitaire. Ce plan est historique dans la mesure où, pour la première fois, l’ensemble des pays de l’Union européenne vont emprunter ensemble sur les marchés financiers. C’est une initiative unique car l’Allemagne a toujours été opposée à cette idée. Néanmoins, d’autres pays y restent hostiles tels que les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark.

Ainsi, dans le prolongement de la proposition franco-allemande, la Commission européenne a présenté le 27 mai, au Parlement européen, un plan de relance d’un montant de 750 milliards d’euros. Le 21 juillet dernier, les chefs d'État et de gouvernements européens s'accordaient autour de ce plan. La Commission européenne empruntera sur les marchés qui abonderont le budget européen.

Sur ce montant de 750 milliards d'euros pour financer en partie les programmes nationaux de relance, 390 milliards d'euros de subventions seront attribués aux pays dont 40 milliards d’euros pour la France. 360 milliards d’euros seront distribués par le biais de prêts devant être remboursés par chaque pays bénéficiaire.

L’allocation des ressources destinée aux États membres se fait en fonction de différents critères : le nombre d’habitants, le PIB par habitant, le taux de chômage avant le début de la pandémie et le niveau de la récession économique. Les États membres devront également respecter plusieurs éléments prescrits par le Conseil européen de juillet 2020 et précisés par la Commission européenne :

– 37 % des dépenses devront être allouées aux objectifs environnementaux européens, dont la neutralité carbone à horizon 2050 ;

– 20 % devront être destinés à la digitalisation de l'économie.

En raison du respect des procédures législatives, les premières subventions seront versées à l’été 2021. Il est de fait difficile d’évaluer pour l’instant l’efficacité de ce plan.

Néanmoins, ce plan européen, par sa composition, est déjà un vecteur de relance économique. D’abord, il permet d’octroyer des financements aux États membres les plus touchés à un faible coût, en raison de la signature d’emprunt commune aux États. C’est un pas de plus vers l’édifice d’une véritable zone monétaire optimale. C’est également une avancée vers le fédéralisme européen avec des États tels que l’Allemagne ayant souscrit à la mutualisation de la dette afin d’éviter le décrochage économique de nombreux pays. L’Allemagne est très imbriquée dans les chaînes de valeur européennes et ses premiers clients restent les pays européens. Il est alors difficile d’envisager une reprise si ces principaux partenaires commerciaux sont dans l’incapacité d’acheter les produits allemands.

Ce plan permet également de limiter le développement des écarts de compétitivité entre les États membres. Les trois puissances industrielles européennes que sont l’Allemagne, l’Italie et la France ont été économiquement touchées différemment, avec respectivement une récession estimée en 2020 à -6 %, -10,6 % et -9,8 % [2] . On observe d’ailleurs en France la baisse du taux de marge des sociétés non financières, qui passe de 33,2 % en 2019 à 28,1 % en 2020 [3] . La dynamique des prix en particulier dans les services, pèse directement sur l'évolution des prix de production et de la compétitivité des entreprises manufacturières, à travers le coût des intrants utilisés pour produire des biens manufacturés. Avant la crise de 2007, en France et en Italie, la forte évolution des coûts salariaux dans les services a affecté l'industrie via une hausse du prix de vente des services à la différence de l’Allemagne qui a développé la modération salariale. Cette situation a favorisé la diminution des taux de marge des entreprises manufacturières françaises et italiennes pour rester compétitives notamment face à l’Allemagne. La crise sanitaire pourrait conduire à des effets similaires dans un contexte où le taux de marge des entreprises a déjà baissé. Le plan de relance européen permettra de lutter contre ces disparités en préservant la capacité financière des entreprises (le plan français prévoit à cet effet la baisse des impôts de production).

Enfin, le plan s’inscrit dans le respect des enjeux environnementaux (taxe sur les plastiques) et vise à développer la digitalisation de l’économie, les entreprises numériques étant les grandes gagnantes de la crise.

Si les objectifs de ce plan dans un premier temps apparaissent louables, il semble regrettable qu’il ne s’accompagne pas davantage de concertation entre les États membres. En effet, les plans de relance nationaux devront être présentés à la Commission européenne, mais il n’y a aucune action coordonnée de relance économique concertée entre les États membres. C’est regrettable car ce plan aurait pu permettre la mise en place d’une véritable relance budgétaire européenne et aurait eu davantage d’impact que les actions nationales notamment concernant la compétitivité, l’investissement dans les secteurs stratégiques ou encore la réindustrialisation. Ces objectifs sont très présents dans le plan de relance français.

Un plan de relance de 100 milliards en France pour l’offre et préverser l’appareil productif

Le plan de relance français annoncé par le gouvernement le 3 septembre dernier d’un montant de 100 milliards d’euros sera financé pour 40 milliards par le plan européen « Next Generation EU » ; les 60 milliards restant le seront par la France à travers l’endettement et 26 milliards financés par la Caisse des dépôts. Ce plan repose sur trois piliers distincts :

– 30 milliards d’euros pour accélérer en 2 ans la transition écologique. De nombreux secteurs sont concernés tels que les transports, le bâtiment, l’industrie et agriculture. Des incitations fiscales, à travers la distribution de crédits d’impôts écologiques, sont destinées à stimuler la reprise en incitant les ménages à investir dans la rénovation thermique de leur logement ou encore les primes écologiques à la mobilité ont déjà eu un impact sur les achats de véhicules propres. Grâce à ces aides fiscales, le secteur automobile français aurait moins décroché que dans les autres pays européens. On relève les exemples d’investissement suivants : 11 milliards pour les transports dont le développement du ferroviaire ; 7 milliards pour la rénovation des bâtiments et 2 milliards pour la filière hydrogène ;

– 35 milliards d’euros pour renforcer la compétitivité et la souveraineté des entreprises. Ce pilier est central car il permet d’accroître à court terme la compétitivité des entreprises françaises et à moyen terme de favoriser les investissements vers les filières stratégiques et d’attirer les industries à haute valeur ajoutée. Le plan prévoit une baisse de 20 milliards des impôts de production (pesant deux fois plus en France que la moyenne des pays européens) ; 3 milliards pour renforcer les fonds propres des entreprises en difficulté et des garanties publiques. Ce volet à court terme est destiné à limiter la perte de parts de marché notamment par rapport à l’Allemagne et d’accroître les fonds propres des entreprises afin de préserver leur taux de marge. À moyen terme, le plan souhaite investir dans les secteurs d’avenir tels que la santé, l’électronique, la 5G, l’agroalimentaire et attirer les industries de pointe ;

– 35 milliards d’euros pour améliorer les compétences et soutenir la création d’emploi. Ce pilier permet de répondre à très court terme aux nouvelles mesures de confinement. En effet, il prévoit 6,7 milliards d’euros pour le « Plan jeune » aidant au recrutement de jeunes de moins de 26 ans par une aide de 4 000 euros ; 6,6 milliards pour le chômage partiel des entreprises en difficulté et 6 milliards d’investissements dans le secteur sanitaire.

Le plan de relance français vise à maintenir l’appareil productif et préserver l’offre afin de bénéficier rapidement de la reprise de la demande intérieure. Cette politique a été efficace lors du premier confinement car les aides fiscales ont permis de limiter les faillites d’entreprises et de préserver globalement le pouvoir d’achat des ménages. Le rebond de la consommation a été vif au troisième trimestre révisant à la baisse le niveau de la récession pour l’année 2020. Si ce choix de l’offre fut efficace dans un premier temps, le plan de relance du mois de septembre se base sur la reprise de la consommation intérieure et la capacité de désépargne des ménages. Or, dans un contexte d’incertitude et de vagues successives de confinement, le rebond de la consommation pourrait être affecté et le dernier trimestre moins robuste que prévu. Ainsi, si le plan de relance permet de préserver les entreprises, son impact sera limité dans un contexte d’effondrement de la demande, c’est en cela le principal risque jusqu’à la fin de l’année 2020.

Les agents économiques, seuls acteurs de la reprise

Dans le cadre de la crise sanitaire, les plans de relance apparaissent essentiels afin de stimuler les pans de l’économie particulièrement affectés par la crise. Les mesures fiscales et les aides permettent aux agents économiques de faire face et aux entreprises d’être résilientes en attendant la reprise. Les plans de relance sont multiples, nationaux et européens, et représentent des montants colossaux. S’ils stimulent la reprise, ils ne peuvent se substituer à la conjoncture économique et aux comportements des agents, seuls acteurs de la reprise.

 

1 En comparaison de mars 2019.
2 Prévisions FMI d’octobre 2020.
3 EBE / VA en % ; estimations BIPE.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº850bis
Notes :
1 En comparaison de mars 2019.
2 Prévisions FMI d’octobre 2020.
3 EBE / VA en % ; estimations BIPE.