Votre gestion de carrière ?
Elle peut se caractériser par trois facteurs :
- l’esprit du jeu : « to have fun » ! Cela a commencé par deux baccalauréats, D d’abord puis C, parce que j’aimais les maths. Ensuite, étudiante à Bordeaux, je partageais mon temps entre mes cours et la planche à voile. Le principe du plaisir est le fil conducteur de toute ma carrière ;
- l’exigence : je travaille beaucoup, un paradoxe peut-être pour moi qui aime m’amuser. En outre, je pense que tout travail doit être correctement rémunéré et je n’ai jamais transigé sur ce principe. J’étais réellement prête à quitter un groupe où ce principe n’aurait pas été respecté et à chaque changement de poste, j’ai mis mes propositions de rémunération sur la table… mais je dois reconnaître n’avoir jamais eu de problème pour faire valoir ce point de vue ;
- savoir « mordre » : pour réussir, être compétente, bosseuse et sympathique ne suffisent pas ! Il faut savoir mordre, pour imposer ses vues, et ne pas avoir peur de l’inconnu. Le fait est que je ne suis pas très impressionnable : l’éducation de mes parents m’a donné confiance en moi, un énorme atout.
Patron au féminin, pas si courant ?
J’ai en effet été parmi les premières femmes dirigeantes chez ERISA dès 1997, puis dans le groupe HSBC France en 2000, anciennement CCF, en tant que directrice générale de la filiale d’assurance vie et membre du Comité de direction de la banque. Pour autant, je ne me suis jamais considérée comme une pionnière, peut-être parce que, dès l’enfance, j’étais déjà l’aînée et le chef de bande au sein de ma fratrie !
Banquier, assureur, manageur, comment vous définissez-vous ?
Je revendique d’être avant tout un manager ! Lorsque je suis devenue DGA chez ERISA au CCF, j’ai été choisie car considérée par René de La Serre, alors président du groupe et selon ses propres paroles, comme un « très bon manager ». Il estimait d’ailleurs qu’en France, on trouve de très bons experts, mais beaucoup moins de véritables managers : l’accès à des fonctions de management a été le point de départ de l’accélération de ma carrière.
Quel type de manager êtes-vous ?
Je conçois le management avec une forte composante collaborative : l’entreprise est celle de tous les salariés : « chacun tient un bout du volant ». Il faut savoir déléguer et faire confiance. En tant que DGA d’ERISA, j’ai ainsi travaillé avec les équipes pour définir ensemble les valeurs qui devaient être celles de l’entreprise… et n’ai pas hésité à me séparer de ceux qui n’y adhéraient pas, au point qu’à un moment donné j’ai été surnommée « le Robespierre en jupons » ! Mais je porte une réelle attention aux collaborateurs, à leur parcours et leur évolution. Lors de ma prise de poste en tant que DG Assurances chez HSBC, une des missions confiées au DRH était de repérer les problèmes personnels qui se posaient aux collaborateurs, en vue de trouver une solution pour chacun d’entre eux et faire en sorte qu’ils puissent mener sans difficulté leurs vies de famille et professionnelle. Il faut du respect et de la bienveillance. Et il faut aussi apprendre à se taire pour acquérir une bonne écoute : j’apprends encore chaque jour les vertus de l’écoute. Enfin, je veille aussi à ce que mes collaborateurs soient correctement rémunérés en préparant notamment les négociations sur les budgets comme un véritable enjeu à la fois pour eux-mêmes et pour la compétitivité de l’entreprise.
Quelle place pour la diversité ?
Je pense avoir été une pionnière de la diversité que j’ai toujours mise en pratique en recrutant, des jeunes, notamment issus des banlieues, même lorsque je sentais des hésitations de la part de ma hiérarchie. Cette diversité m’a fascinée dès mon arrivée à Paris : débarquant de ma province, j’ai été d’emblée très curieuse des visions nouvelles apportées par ces personnes issues d’horizons différents.
Coach par interim ?
Dès mon adolescence, je coachais mes frères en maths, puis bénévolement d’autres enfants. Et j’ai toujours continué ; je le pratique aujourd’hui… dans un café du 6e arrondissement, où j’ai croisé Jean-Hervé Lorenzi : j’ai découvert qu’il était un ardent supporter des pôles de compétitivité et c’est ainsi que nous travaillons ensemble aujourd’hui.