Comment s’est comporté le segment des ETI cotées pendant la crise ?
Elles ont plutôt bien résisté : les indices dédiés aux PME-ETI se sont mieux portés sur deux ans que ceux des large cap type CAC 40. En règle générale, les sorties de crise passent d’abord par les très grandes entreprises, plus liquides, avant de gagner en cascade celles de taille plus modeste. Un modèle qui s’est inversé ces derniers mois, certains gros émetteurs ayant repoussé leurs opérations alors que les plus petits les ont maintenues.
Comment expliquez-vous cela ?
Les PME-ETI ont bénéficié des mesures d’assouplissement consécutives à la réflexion de place initiée par Christine Lagarde, comme par exemple l’abaissement du montant minimum du placement privé au moment de l’introduction sur NYSE Alternext de 5 à 2,5 millions d’euros.
La place de Paris a lancé fin 2009 une palette d’initiatives pour inciter les PME-ETI à avoir recours à la Bourse.
Pourquoi ce soutien en cette période de sortie de crise ?
Le crédit bancaire représente environ 92 % du financement des 60 000 PME-ETI existantes, contre 7 % pour le private equity et 1 % pour le public equity. Une introduction en Bourse permet à une entreprise de renforcer ses capitaux propres. En s’assurant une trésorerie substantielle, elle assied sa crédibilité auprès de ses banques et améliore les conditions d’emprunt. Nous souhaitions faciliter l’accès des PME-ETI aux marchés de capitaux pour accélérer leur développement.
En période de crise, la liquidité est une question centrale, vous l’avez rappelé. Quelles mesures avez-vous prises dans ce sens ?
Les PME-ETI sont des entreprises traditionnellement moins liquides que les large cap. C’est pourquoi nous avons revu en début d’année la notion d’apporteur de liquidité (liquidity provider ou LP) afin qu’une entreprise accompagnée d’un LP sur le segment privé soit automatiquement cotée en continu. Une autre mesure que nous avons mise en place a consisté à resserrer les fourchettes imposées aux brokers agissant en tant que LP, avec un spread maximal ramené de 5 à 4 %. Ce renforcement des contraintes imposées aux LP a entraîné une plus grande attractivité du prix des titres pour les investisseurs.
Depuis cette année, les entreprises cotées sur le marché réglementé de NYSE Euronext peuvent se transférer sur Alternext. Quel succès rencontre cette mesure ?
La loi Brunel, votée en novembre 2009, a permis la mise en place d’une passerelle entre le marché réglementé de NYSE Euronext et NYSE Alternext. À ce jour, nous comptons douze transferts effectifs et une dizaine encore en attente (voir encadré 2). La motivation principale des entreprises qui optent pour cette opération est l’abaissement des obligations réglementaires et des coûts associés à la cotation. Enfin, cette dernière permet à des sociétés, parfois cotées depuis plus de dix ans, de trouver un nouvel essor en Bourse.
L’un des principaux griefs adressés par les ETI à la Bourse est le coût trop élevé. Que faites-vous contre cela ?
Il faut distinguer les frais fixes et les frais liés à des opérations financières, type levée de capitaux. Une introduction en Bourse revient à verser 5 à 10 % des montants levés aux différents intervenants tels que le listing sponsor pour les entreprises souhaitant être cotées sur NYSE Alternext, l’avocat, l’auditeur, l’agence de communication financière, NYSE Euronext dans une moindre mesure, etc. Une fois en Bourse, les levées de fonds sur le marché secondaire sont des opérations financières simples, rapides et peu onéreuses par rapport aux intérêts associés à un emprunt bancaire. Les entreprises cotées sur NYSE Euronext peuvent également émettre des obligations et profiter du plus grand bassin de liquidité au monde.
Les ETI françaises ne sont pas facilement enclines à entrer en Bourse. Comment pensez-vous lever ces freins ?
En juin 2010, nous avons organisé avec l’AMF un premier séminaire pédagogique pour les PME-ETI cotées ou susceptibles de l’être. Cet événement a rencontré un beau succès, notamment auprès des émetteurs basés en région qui représentent environ 40 % de la cote française, 25 % étant situés dans la seule région lyonnaise. Nous approchons régulièrement les PME-ETI pour mieux leur faire comprendre l’équilibre positif entre les bénéfices et les contraintes d’une introduction en Bourse et nous faisons témoigner des chefs d’entreprises cotées. Notre rôle est également d’aider les entreprises tout au long de leur parcours boursier. C’est pourquoi, depuis près d’un an, nous avons mis en place ExpertLine pour leur faire bénéficier d’un service d’information et d’accompagnement en temps réel.
Inversement, les analystes s’intéressent peu aux plus petites entreprises. Quelles sont les initiatives de la place en ce domaine ?
L’observatoire des PME-ETI cotées a été créé pour donner de la visibilité aux sociétés et encadrer l’analyse financière indépendante. Nous avons mis en place un pilote de deux ans, financé par l’émetteur à hauteur d’un tier ainsi que par NYSE Euronext et l’AFG ASSFI. L’Observatoire fera le lien entre des entreprises candidates et les prestataires de services d’investissement. Un certain nombre de sociétés bénéficieront de ces services et gagneront en visibilité donc en liquidité.
Christine Lagarde appelle de ses vœux la création d’une Bourse européenne des PME-ETI. Que vous inspire ce projet ?
Ce n’est pas parce que vous allez réunir les PME allemandes, anglaises, hollandaises, françaises, etc. que cela va créer un écosystème commun. Actuellement, NYSE Alternext est le premier marché véritablement paneuropéen conçu sur mesure pour les PME-ETI. Contrairement à l’AIM de Londres, l’un des principaux concurrents de NYSE Alternext, nous avons observé une reprise de l’activité encourageante sur le marché des introductions en Bourse en 2010. Créé en 2005, soit sept ans après l’AIM, la croissance de NYSE Alternext a été freinée par les conditions de marché. Il commence néanmoins à atteindre une taille critique avec déjà 153 entreprises cotées. Sur l’ensemble de nos marchés, nous comptons une trentaine de PME-ETI introduites depuis le début de l’année. Nous voulons devenir la référence européenne sur ce segment, qui représente environ 80 % de notre cote en nombre d’entreprises.