Management

Penser « out of the box »

Créé le

04.03.2020

Réfléchir en dehors des sentiers battus permet de favoriser une vision nouvelle et innovante sur une situation donnée. Il ne s’agit pas de faire table rase des pratiques et de l’environnement actuels, mais plutôt de les transformer en profondeur pour en tirer des possibilités inédites.

 

Penser « out of the box », « en dehors de la boîte »… L'expression, reprise abondamment par les revues de management, se réfère à un schéma inventé dans les années 1970-1980. C’est un appel à résoudre les problèmes en pensant différemment, en utilisant une perspective nouvelle. C’est un Américain, John Adair, qui revendique dès 1969 la popularisation dans les entreprises du rébus en 9 points (voir Schéma 1). Le défi est de passer par les 9 points en 4 traits par une ligne continue sans lever son crayon. Une des solutions présentées nécessite de s’affranchir du cadre créé par les 8 points extérieurs. Pour résoudre le rébus, il faut accepter de sortir du cadre, pour mieux y revenir.

Doit-on considérer cette injonction de penser comme un appel à la transgression ?

– oui : le mot « transgression » vient du latin « transgressum », qui signifie « aller au-delà », et a pour antonymes les notions d’obéissance, de respect, mais également de régression. Contrairement à son acception la plus générale – la transgression est la désobéissance volontaire aux règles –, la transgression peut être une attitude positive ;

– non : la « transgression » ne signifie pas, comme certains peuvent le penser de manière erronée, « casser la boîte » ou « en sortir pour ne pas y revenir ». Dans la série « Game of Thrones », la mère des dragons, Daenerys Targaryen, déclare : « Je ne vais pas arrêter la roue ; je vais casser la roue. » Ce serait une erreur que tenter de résoudre un problème en le détruisant avec son écosystème, ou en voulant bâtir et imposer un système nouveau, souvent synonyme de dictature et de chaos. Les écosystèmes ne s’arrêtent pas, ni ne se brisent : ils évoluent.

Transformer et non détruire

Il faut comprendre la complexité de l’environnement au sens d’un « enchevêtrement » entre des problématiques diverses et chercher à les faire changer de l’intérieur. La solution doit être comprise et appropriée par tous pour transformer durablement la réalité.

Il faut donc changer la perspective pour changer son regard et trouver la solution. Comme dans le Cercle des poètes disparus de Peter Weir où le professeur demande à ses étudiants de monter sur les tables pour regarder les choses connues de manière différente. Approche transgressive qui mènera au drame, dans une institution où l’administration comme les parents défendent les valeurs de discipline et de tradition.

La très grande difficulté, pour « penser en dehors de la boîte », est qu’il faut en même temps maîtriser parfaitement les règles et avoir une approche innovante, pour combiner son savoir et la recherche d'une solution dynamique.

Dans le domaine des FinTechs, nombre des fondateurs sont, à l’origine, « en dehors de la boîte », c’est-à-dire qu’ils n’ont souvent aucune connaissance préalable ou approfondie du secteur financier. Les propos de Daniel Schreiber, cofondateur de la start-up américaine Lemonade, sont à ce titre très révélateurs [1] . Les créateurs de cette compagnie américaine d’assurance habitation fondée en 2015, avouent volontiers leur méconnaissance d’un secteur majeur mais ayant peu évolué au fil des ans, très bureaucratique, fortement réglementé et capitalistique ; et surtout une industrie avec une relation profonde de défiance entre l’assuré et l’assureur amenant nombre d’assurés à embellir le montant des dommages et nombre de compagnies à traiter sans ménagement leurs clients sinistrés. En revanche, les deux fondateurs cumulaient une expertise en plateformes technologiques, en économie du partage et en création de start-up. Ils partageaient également la volonté de dessiner, par une approche directe et digitalisée, ce que devrait être la relation assureur/assuré et ce que l’assurance devrait être pour ses clients.

Le problème, pour ces innovateurs, est bien de réinscrire cette réflexion innovante « dans la boîte », c’est-à-dire dans des contextes réglementaires, techniques, culturels, concurrentiels à la fois évolutifs et spécifiques, et de pouvoir gérer la croissance dans la durée. Pour les groupes traditionnels déjà « dans la boîte » et défiés par ces nouveaux entrants, il s’agit d’évaluer ces nouvelles techniques pour transformer en profondeur leur activité existante, avec le plein engagement de leurs équipes.

Combiner savoir d’adulte et spontanéité

Le meilleur exemple à mon sens que l’on puisse donner est cette anecdote sur l’enfance de Carl Friedrich Gauss (1777-1855). Son instituteur demande à la classe de cumuler arithmétiquement les 100 premiers nombres, pensant avoir un répit de plusieurs dizaines de minutes. Il ne fallut que quelques secondes au jeune Friedrich pour donner la réponse, à la plus grande surprise de son enseignant. Il avait procédé au raisonnement suivant : cumuler les deux chiffres extrêmes 1 + 100 ; 2 + 99 ; 3 + 98, etc. permet de se rendre compte que ce cumul donne toujours 101 ; pour obtenir la solution au problème (5050), il suffit de multiplier ce nombre par 50 (voir Schéma 3).

Réelle ou non, l’histoire de Carl Friedrich Gauss est belle. Finalement, pour penser « en dehors de la boîte », ne faut-il combiner notre savoir d’adulte et la spontanéité de l’enfant qui sommeille en nous ?

 

1 Wharton Fintech, Interview de Daniel Schreiber par  David Gogel, 20 décembre 2016 : https://medium.com/wharton-fintech/interview-with-daniel-schreiber-ceo-and-co-founder-of-lemonade-1a6aef384e2f.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº843
Notes :
null 20 décembre 2016 : https://medium.com/wharton-fintech/interview-with-daniel-schreiber-ceo-and-co-founder-of-lemonade-1a6aef384e2f.
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