Partenariats public-privé en Afrique : un continent riche en opportunités

Créé le

06.10.2011

-

Mis à jour le

11.10.2011

Épargnée par la crise de 2008, l’Afrique se doit de pérenniser sa belle croissance par la construction d’infrastructures. Là peut-être plus qu'ailleurs, la création de conditions optimales pour l’investissement privé s’avère fondamentale.

L’Afrique est la locomotive de la croissance des 40-50 prochaines années et sera la zone du monde la plus peuplée. Malgré cette croissance, qui a démarré voici deux décennies et se maintient à un haut niveau nonobstant la crise, et malgré le recul de l’extrême pauvreté, les inégalités restent fortes.

Le contexte économique africain a radicalement changé. Depuis la moitié des années 1990, sa croissance annuelle moyenne a été de 5 %. Il s’agit du seul continent, avec l’Asie, à ne pas avoir été touché par la récession en 2008. L’Afrique est un nouvel acteur émergent. C’est un relais important de la croissance mondiale, ne serait-ce que par les matières premières qu'il contient dans son sous-sol. On constate aussi que l’inflation est relativement maîtrisée et les déficits réduits.

L’endettement extérieur a considérablement reculé et les investissements extérieurs se diversifient.

Cet élan ne pourra être consolidé qu’avec un effort accru en faveur des infrastructures africaines. Une croissance forte, inclusive et durable est essentielle pour pouvoir garantir l’emploi aux 400 millions de jeunes qui entreront sur le marché du travail au cours des 30 prochaines années.

Cette croissance partagée et solide exige, outre un effort de formation, une mise à niveau des infrastructures dont les insuffisances coûtent chaque année au continent, en fonction des instituts d’étude, entre 2 et 3 points de croissance. Cette insuffisance a été mise en lumière il y a deux ans par une étude AICD [1] (Africa Infrastructure Country Diagnostic Study) qui est encore un document de référence.

Pour réaliser ces économies d’échelle et favoriser les productions locales, l’Afrique doit commercer davantage avec elle-même, suivant en cela l’exemple des échanges intracommunautaires en Europe. Cela ne sera pas possible tant que le coût de transport des marchandises restera plus élevé, par exemple, entre Ouagadougou et Cotonou qu’entre Cotonou et le port de Shanghai. La croissance de la productivité des économies restera une gageure tant que les pays resteront frappés par des ruptures d’approvisionnement.

Des flux de capitaux privés aujourd’hui insuffisants

La relance des investissements en infrastructures passe par une mobilisation accrue des financements privés. Une réflexion sans tabou sur cette question est aujourd’hui indispensable et les discussions de cette année sont placées sous ce thème. L’étude AICD a en effet démontré que même en améliorant fortement la gestion et la productivité des services d’infrastructures, il faut une trentaine de milliards de dollars supplémentaires par an pour mettre à niveau les infrastructures du continent africain.

Ni les budgets nationaux, ni l’aide au développement ne seront suffisants pour satisfaire ces besoins. Reste l’apport de capitaux privés. Il serait injuste de négliger les réflexions engagées au cours des deux dernières décennies. Certains investisseurs privés, après s’être fortement impliqués dans le financement et la gestion des infrastructures dans les années 1990 (secteur de l’eau, de l’énergie électrique, quelques incursions dans les routes et les autoroutes à péage), sont aujourd’hui en position d’attente.

Ces financements privés représentent aujourd’hui 10 à 15 % des flux qui seraient nécessaires. Il y a donc une très forte marge. En outre, la situation est contrastée en fonction des secteurs considérés : la téléphonie mobile ou les terminaux portuaires à gestion de conteneurs mobilisent facilement des capitaux (voir Tableau). Il y a eu un saut de deux à trois générations technologiques en téléphonie mobile.

Les activités à forte composante de service public sont malheureusement plus orphelines que précédemment. Il n’y a pas de raison pour que ces infrastructures restent à l’écart de la reprise de l’investissement privé, si on constate l’amélioration de l’environnement nécessaire à la construction de ces infrastructures.

Un état des lieux est sans doute nécessaire, dans le prolongement de celui de l’AICD, sans doute à l’occasion de la prochaine réunion des membres de l’ICA qui se déroulera en novembre prochain. Il s’agit d’imaginer les montages financiers qui permettront à ces projets de voir le jour en assurant aux investisseurs des garanties, et un retour minimum sur investissement.

Cette année, il y a une solennité particulière à nos travaux, parce qu’ils sont suivis de très près par les dirigeants politiques. Ils trouvent en effet leur place dans le cadre des travaux du G20 qui inclut un volet « infrastructures africaines ». Nos conclusions seront reprises intégralement dans les travaux du G20.

1 «Africa’s Infrastructure: A Time for Transformation », disponible à l'adresse http://siteresources.worldbank.org/EXTAFRSUBSAHTRA/Resources/1513929-1280763841115/AICD-Overview_en.pdf.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº296
Notes :
1 «Africa’s Infrastructure: A Time for Transformation », disponible à l'adresse http://siteresources.worldbank.org/EXTAFRSUBSAHTRA/Resources/1513929-1280763841115/AICD-Overview_en.pdf.