Nouveaux services

Open banking : quels modèles économiques pour les FinTechs ?

Créé le

29.03.2019

-

Mis à jour le

11.04.2019

À la veille de l’entrée en vigueur du règlement relatif aux « normes techniques de réglementation » (RTS) de la DSP 2, les agrégateurs peuvent-ils construire un business model équilibré ? L'analyse du cofondateur et président de la FinTech française Linxo Group.

En Europe, l’activité d’agrégation de comptes, ou service d’information sur les comptes, est réglementée depuis l’entrée en vigueur de la deuxième directive sur les services de paiement (DSP 2) en janvier 2018. Pour exercer cette activité, une entreprise doit avoir un agrément, délivré en France par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Si les nouvelles dispositions concernant les services d’information sur les comptes et l’initiation de paiement, les deux nouveaux services de paiement définis par la DSP 2, ont suscité beaucoup d’intérêt, il est bon de rappeler que l’agrégation de comptes existe depuis 1999 aux États-Unis et depuis 2010 en France : Linxo a ouvert son service en décembre 2010. L’open banking, qui recouvre entre autres ces services, n’a donc pas été inventé par le régulateur européen avec la DSP 2 !

De nouvelles règles pour l'agrégation de comptes

L’open banking est fondé sur un principe : les données financières appartiennent aux clients et ceux-ci doivent être libres d’en disposer librement, notamment pour les réutiliser dans d’autres services. Les pionniers de l’open banking ont développé, sans attendre la réglementation, des technologies et services permettant à leurs utilisateurs de récupérer leurs données financières automatiquement, en utilisant l’accès Web ou mobile offert par les banques à leurs clients. Ces technologies, à partir de septembre 2019, vont progressivement laisser leurs places à des interfaces techniques normalisées (Application programming interfaces – API) avec l’entrée en vigueur des RTS, « Regulatory Technical Standards on strong customer authentication and common and secure open standards of communication ».

Si l’arrivée d’API est la bienvenue, il est à noter que ces RTS et la DSP 2 plus généralement ne concernent que les comptes de paiement : comptes chèques, comptes courants, paiements cartes, etc. L’exposition d’API sur le périmètre des crédits ou des comptes d’épargne dépendra de la bonne volonté de chaque acteur !

Par ailleurs, ces RTS imposent une authentification forte pour l’accès aux comptes au premier accès et tous les 90 jours, sur les interfaces Web ou mobiles de la banque aussi bien que sur les API.

À chaque usage un modèle économique

Que se passera-t-il en septembre 2019 avec l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles ?

Nous pouvons espérer que les usages qui ont commencé à se développer continuent à progresser et à prendre de l’ampleur ! Les paragraphes qui suivent détaillent les plus populaires de ces usages, ainsi que les modèles économiques qui leur sont associés.

Le premier usage de l’open banking a probablement été la gestion des finances personnelles – première activité de Linxo –, l’agrégateur permettant à ses utilisateurs de consulter et analyser dans une seule interface l’ensemble de ses comptes détenus dans plusieurs institutions financières. La connaissance à 360° de l’utilisateur permet de lui proposer des produits et services de partenaires. L’utilisateur du service bénéficie d’un service à valeur ajoutée. Cette valeur est partagée avec l’agrégateur soit sous forme d’une souscription payante, soit grâce à la rémunération des partenaires qui proposent leurs produits et services.

L’octroi de crédit est un autre usage à fort potentiel. Plutôt que de partager des relevés bancaires en papier ou en format PDF, le demandeur peut partager avec l’institution de crédit ses informations financières via le service d’information sur les comptes fourni par l’agrégateur. Le parcours est alors plus fluide pour le demandeur, et le risque de fraude réduit pour l’établissement financier. L’institution de crédit qui propose le service pourra donc partager la valeur créée en rémunérant l’agrégateur.

L’automatisation de la saisie comptable des entreprises est un autre usage de l’open banking. Le chef d’entreprise peut, via un service d’information sur les comptes, partager ses données directement avec le cabinet comptable. Ce service permet au cabinet comptable de gagner du temps de saisie et d’avoir les données de façon plus continue.

Dans le domaine de la fidélité et l’acquisition de nouveaux clients, dans le commerce en ligne ou physique, de nouvelles offres utilisent directement les transactions des comptes bancaires. Ces offres permettent un nouveau type de ciblage très efficace et une rémunération à la performance.

Un point d'entrée unique vers un hub de services

L’open banking permet aussi de faire du compte agrégateur un point d’entrée unique vers un hub de services financiers auxquels se connecter en « 1 clic ». C’est dans cette logique que nous avons par exemple créé Linxo Connect. Au lieu de transférer ses données financières manuellement, l’utilisateur peut les transférer en un clic au partenaire de son choix. Les cas d’usage sont multiples : souscription à un crédit immobilier ou consommation, à un service de conseil patrimonial, à un produit d’épargne, etc. Avantages pour l’utilisateur : un point d’entrée unique vers de multiples services financiers et une expérience sans friction. Et pour le partenaire, une amélioration sensible de son taux de transformation – le prospect qui devient client – et une expérience très fortement différenciante. Le modèle économique est particulièrement vertueux. Le service est gratuit pour l’utilisateur, le partenaire ne paye que lorsque l’utilisateur se connecte à son service, ce qui lui fait gagner plusieurs points de transformation dans le parcours : tout le monde est gagnant.

Il existe d’autres cas d’usage, et de nouveaux vont se créer. Ceux-ci apportent tous une valeur tangible à un ou plusieurs acteurs de l'écosystème et c’est bien cette création de valeur qui permet la rémunération de l’agrégateur. Ce n’est pas tant l’accès à la donnée brute qui mérite rémunération que la capacité de l’agrégateur à connecter un grand nombre d’institutions financières avec des services à valeur ajoutée, à traiter et à enrichir cette donnée pour la rendre pertinente pour le cas d’usage donné, le tout dans un cadre sécurisé et sous le strict contrôle de l’utilisateur et de son consentement.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº379