Gestion d’actifs

Obligations vertes : un complément plutôt qu’un substitut aux obligations traditionnelles

Créé le

29.07.2021

Le marché des obligations vertes progresse, mais cette classe d’actifs n’est pas suffisamment mûre pour prendre place en cœur de portefeuille pour les investisseurs.

Les investisseurs cherchent de plus en plus à ajouter une dimension durable à leur portefeuille, les produits financiers dits ESG (c’est-à-dire prenant en compte dans leur gestion des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont le vent en poupe.

Les obligations vertes appartiennent à cette catégorie. Cette nouvelle génération d’obligations connaît une croissance significative depuis une dizaine d’années, même s’il s’agit toujours d’un marché de niche.

Que sont les obligations vertes ou « green bonds » ?

Les obligations vertes sont émises par des gouvernements, des organisations supranationales et des entreprises pour financer exclusivement des projets environnementaux et climatiques.

Ces projets portent généralement sur les énergies renouvelables, les bâtiments verts, la gestion durable de l’eau, et le transport « propre ».

Cela les distingue des obligations traditionnelles, où l’émetteur a la liberté d’utiliser l’argent levé à des fins diverses ou pour refinancer une dette existante.

Les émetteurs d’obligations vertes sont également tenus de fournir une description détaillée du projet qu’ils souhaitent financer, des informations sur l’avancement du projet (généralement annuellement), et son impact attendu. Ces critères de transparence sont d’autant plus stricts si l’émetteur cherche à obtenir le label « green bonds » de la Climate Bonds Initiative, l’organisme international indépendant qui est devenu une référence en la matière.

La première obligation verte a été émise en 2007 par la Banque européenne d’investissement, et les émissions vertes sont globalement restées l’apanage des agences gouvernementales et des banques internationales de développement pendant la décennie qui a suivi. Mais depuis 2016, le marché a connu une augmentation significative des émissions chaque année et d’une plus grande variété d’émetteurs, y compris des souverains et des entreprises.

Aujourd’hui, l’essentiel des émissions d’obligations vertes provient d’Europe, et les gouvernements des pays de l’Union européenne deviennent des acteurs clés sur ce marché.

Aux États-Unis, les émissions d’obligations vertes sont largement portées par les entreprises et, dans une moindre mesure, les collectivités locales. Il existe également un marché naissant d’obligations vertes titrisées émises par les agences semi-publiques américaines Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae. Cependant, il n’y a aucun plan concret à ce stade pour que le gouvernement américain entre sur ce marché, bien que l’accent mis par l’administration Biden sur les investissements dans les infrastructures durables puisse ouvrir la voie au lancement de bons du Trésor verts.

Sur les marchés émergents, les émissions d’obligations vertes sont pour l’instant minimes. La Chine domine cet univers. Cependant, les normes chinoises sur les obligations vertes locales sont fragmentées et ne sont pas entièrement alignées sur les standards internationaux. Cela signifie que certains fonds d’investissement en obligations vertes les évitent volontairement.

Quel rôle dans mon portefeuille ?

Bien que le marché des obligations vertes ait gagné en maturité, nous sommes loin du moment où les investisseurs pourront le considérer sur un pied d’égalité avec les obligations traditionnelles. Premièrement, cet univers d’investissement est porteur de biais significatifs qui sont susceptibles d’avoir un impact important sur la performance future des fonds « green bonds » par rapport aux fonds traditionnels ou à des indices obligataires classiques.

Par exemple, sur l’univers global, les fonds investis en obligations vertes ont un fort biais vers les obligations libellées en euros, au détriment des obligations libellées en dollars américains qui dominent les indices obligataires globaux traditionnels.

Les investisseurs sont ainsi en partie privés des caractéristiques défensives du billet vert en période de très forte aversion au risque sur les marchés. Deuxièmement, l’univers des obligations vertes est plus fortement orienté vers les obligations d’entreprise, d’agence et supranationales, tandis que les obligations d’État sont nettement moins représentées. Les investisseurs y sont donc davantage exposés au risque de crédit.

Un univers de fonds assez récent et hétéroclite

Les fonds investis en obligations vertes sont pour l’instant minoritaires dans le large univers des fonds obligataires. Les actifs des fonds d’obligations vertes s’élevaient à 25 milliards de dollars à la fin du premier trimestre 2021, soit moins de 1 % du total investi en fonds obligataires au niveau mondial, avec cependant une croissance fournie depuis deux ans.

Morningstar a identifié 76 fonds – 67 actifs et 9 passifs – actuellement disponibles à la vente dont l’objectif d’investissement déclaré est de fournir une exposition au marché des obligations vertes. Parmi ces fonds, 65 sont domiciliés en Europe, 7 aux États-Unis, 2 en Asie, un au Canada, et un en Australie. Cependant, peu de ces fonds ont à ce jour un historique de performance supérieur à cinq ans, et un grand nombre d’entre eux ont fait l’objet d’une restructuration ou d’un changement de stratégie au cours de leur vie, ce qui complique l’analyse de leurs performances passées. Les frais y sont aussi très hétérogènes, avec, dans certains cas, des tarifs bien supérieurs à ceux des fonds obligataires traditionnels.

Au final, pour les investisseurs qui souhaiteraient s’exposer aux « green bonds » pour ajouter une dimension ESG à leur portefeuille, le choix d’un fonds passif bon marché, tel que le iShares Global Green Bond index fund, avec 0,22 % de frais de gestion annuels, semble l’un des plus raisonnables. Mais à ce stade, cette exposition ne saurait se substituer entièrement à un portefeuille d’obligations internationales plus classique et mieux diversifié.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº859