En ce début 2015, les établissements financiers canadiens se sont montrés particulièrement actifs. Royal Bank of Canada est ainsi à l’origine de l’une des principales opérations de fusion-acquisition bancaires réalisées aux États-Unis depuis 2007 (voir Encadré 1). Toutefois, c’est de l’autre côté de l’Atlantique que la bataille fait rage pour la prise de contrôle de la banque portugaise Novo Banco.
Novo Banco est née le 3 août 2014 dans le cadre du plan de sauvetage de Banco Espirito Santo (BES). Les difficultés de BES se sont brutalement révélées le 30 juillet dernier, suite à l’annonce d’une perte semestrielle de 3,6 milliards d’euros, bien supérieure aux attentes. L’ampleur et la gravité de la situation avaient alors surpris la plupart des investisseurs. Même si toute la lumière n’a pas encore été faite sur l’effondrement de l’ancienne première banque cotée du Portugal, cette affaire semble révéler une gestion opaque et frauduleuse de la part de son actionnaire principal, la famille Espirito Santo.
Début août, les autorités portugaises avaient donc dû intervenir en urgence, pour éviter un effet de contagion, et décidèrent de scinder Banco Espirito Santo en deux entités. Ses actifs sains ont été regroupés dans une nouvelle structure baptisée « Novo Banco » ; cette dernière a bénéficié d'une injection de capitaux propres d'une montant de 4,9 milliards d'euros par le Fonds de résolution bancaire, dont 3,9 milliards prêtés par l'État portugais, qui contrôle actuellement 100 % de son capital. Quant aux actifs toxiques, ils ont été logés dans une structure de défaisance (bad bank), chargée de les liquider.
Avec un total de 72,5 milliards d’euros d’actifs, Novo Banco est la troisième banque portugaise derrière Caixa Geral de Depositos (CGD) et Millennium BCP. À la tête d’un réseau de 631 agences au service de plus de 2 millions de clients, Novo Banco possède 25,1 milliards d’euros de dépôts et un portefeuille de crédits de 43,8 milliards d’euros, dont 72 % à destination des entreprises. 89 % des multinationales et 66 % des PME du pays sont des clients de Novo Banco, ce qui la place en position de leader sur ce segment de clientèle. Quant à sa part de marché moyenne au niveau national, elle est de 18 % (voir Encadré 2).
Les prétendants avaient jusqu’au 31 décembre 2014 pour exprimer une marque d’intérêt dans le cadre du processus de cession de Novo Banco. À la mi-février, la Banque du Portugal a annoncé que 15 candidats, sur un total de 17 institutions intéressées, avaient été retenus sans toutefois préciser leurs noms. Les établissements ainsi qualifiés vont ensuite recevoir des informations complémentaires avant d’émettre, le cas échéant, des offres non engageantes d’ici au 20 mars prochain.
Pour l’heure, seules la portugaise Banco BPI et les espagnoles Banco Santander et Banco Popular ont publiquement fait état de leur intérêt pour Novo Banco. Banco BPI, cinquième banque du pays, et la filiale locale du géant espagnol, Santander Totta, ont chacun 11 % de parts de marché au Portugal. Dès lors, cette acquisition les hisserait à la première marche du podium. Pour atteindre cet objectif, BPI devrait pouvoir compter sur le soutien financier de son principal actionnaire, la banque catalane Caixabank, qui détient plus de 44 % de son capital.
Le fonds d’investissement américain Apollo Global Management, qui a passé en septembre 2014 un accord avec Novo Banco pour acquérir sa filiale d’assurance Tranquilidade pour 44 millions d’euros, ainsi que le conglomérat chinois Fosun serait également sur les rangs. Preuve de son intérêt pour le marché portugais, ce dernier a, d’une part, investi plus d’un milliard d’euros dans le rachat de la branche d’assurances de la banque publique CGD (Caixa Seguros) ; d’autre part, il a dépensé 460 millions d’euros supplémentaires en octobre dernier pour acquérir le groupe de santé portugais Espirito Santo Saude, appartenant à Banco Espirito Santo.
Le nom du repreneur devrait être connu d’ici fin juin 2015. Quoi qu’il en soit, Novo Banco apparaît comme une opportunité stratégique majeure pour tout acteur européen ou international désireux de pénétrer le marché bancaire portugais.
Achevé de rédiger le 24 février 2015.