Banque Richelieu est lancée en janvier 2019 : quel est le concept ?
L'idée initiale est de lancer une nouvelle signature de banque privée en France, avec un ancrage très français mais une ambition européenne. Banque Richelieu est une signature qui dit à la fois stabilité et pragmatisme, vision longue et capacité d'adaptation. Sur le plan opérationnel, nous avons racheté les entités française et monégasque du groupe KBL epb, réunies sous une compagnie financière holding de tête créée à Paris sous supervision française et monégasque (ACPR, AMF et CCAF). Nous voulons constituer un nouveau groupe agile à taille humaine, qui rejoint la vieille tradition bancaire du banquier dédié à un client, qui l'accompagne dans la durée sans changer de poste tous les trois ans, qui va adapter son service à ce qu'il sait de la réalité du patrimoine, de la vie personnelle et professionnelle du client.
Pour créer ensuite les synergies nécessaires au sein du groupe, nous avons fait le choix de développer un nouveau système d'information, sans réutiliser aucun de ceux existants au sein des entités reprises.
Quelle clientèle ciblez-vous ?
Notre cible de clientèle est celle des millionnaires, européens et non-européens. Le système bancaire européen est synonyme de confiance et de sécurité pour des épargnants de tous horizons, notamment ceux qui ne veulent pas subir les érosions de change des pays dont ils viennent ou dont les pays n'offrent pas encore une sécurité juridique et financière suffisante. Ces clients sont soit très mobiles parce qu'ils font des mouvements géographiques réguliers, soit souhaitent organiser la mobilité de leur patrimoine.
Nous voulons mettre à leur disposition cet écosystème grâce à nos propres services sur la tenue de compte, les produits de gestion collective, le conseil d'investissement, mais aussi ceux des autres partenaires de cet écosystème que sont les avocats, les juristes, les fiscalistes, habitués à travailler avec la banque.
Nous recherchons des clients qui ne vont pas se contenter de souscrire à des émissions obligataires souveraines ou des produits trop classiques, mais qui vont vouloir une meilleure adaptation de l'offre à leur propre dessein. Pour y parvenir, la première étape que nous proposons à nos prospects en toute confidentialité, est de procéder avec eux à une analyse patrimoniale approfondie. Nous ne leur proposerons pas de placer la totalité de leurs actifs dans les produits de Banque Richelieu, car le principe même est la diversification, mais nous allons essayer de leur montrer que certaines composantes ne sont pas dans leur patrimoine aujourd'hui et qu'elles pourraient le dynamiser.
Quel est le profil de vos conseillers ?
Nous sommes aujourd'hui 110 collaborateurs en France et 50 à Monaco et devrions continuer à recruter dans les prochaines années. Nous voulons être attractifs pour des banquiers qui sont à l'heure actuelle dans des grandes maisons mais qui s'y ennuient parce qu'ils n'ont pas une liberté d'action suffisante. Ces collaborateurs, tout comme les clients que nous ciblons, veulent sortir de la routine des maisons trop bien organisées et trop passives. Ce sont les mêmes profils entre clients et banquiers et c'est d'ailleurs comme cela qu'ils se comprennent. La relation de confiance entre banquiers et clients a besoin d'une correspondance de tempérament, des modes de raisonnement qui soient en résonance, pour pouvoir leur proposer les produits financiers exactement adaptés à leur profil de risque.
Le marché de la banque privée est un secteur aujourd'hui difficile compte tenu de la faible rentabilité des produits financiers et d'une concurrence très élevée…
Cela prouve que nous avons vraiment un esprit entrepreneurial. Nous sommes en effet dans une période où il ne suffit pas d'investir dans le produit approprié pour avoir un rendement sécurisé. Beaucoup d'intervenants renoncent à la banque privée en raison de l’augmentation des contraintes réglementaires. Les grandes banques globales investissent ou se retirent de la banque privée en fonction de leur disponibilité en fonds propres et de leurs exigences de rentabilité. En revanche, je suis étonné de constater qu'aucune FinTech ne s'est réellement positionnée sur ce secteur pour y développer des produits innovants.
Comment allez-vous gérer ces contraintes réglementaires ?
Le premier point est qu'il faut être totalement conforme, il n'y a pas d'autre choix. Mais il faut aussi être le plus performant possible et faire de ces contraintes réglementaires des opportunités de meilleur service pour le client. Par exemple, en ce qui concerne la protection des données personnelles, il faut évidemment respecter le RGPD et se doter d'un DPO, mais celui-ci pourrait devenir le gestionnaire des données personnelles, pas seulement sur le compte bancaire et le patrimoine, mais de l'ensemble des données utiles du client, ses codes d'accès, ses contrats au moyen d'un coffre-fort numérique. C'est un des domaines dans lequel j'aurais été intéressé par des solutions des FinTechs. Autre exemple, nous avons été un des premiers établissements de la place à concevoir dès janvier 2018 pour nos clients français une nouvelle tarification « all in », très transparente sur les frais ou les rétrocessions. C'est une façon de répondre à nos obligations issues de MIF2 tout en proposant un service apprécié.
Quels sont vos objectifs de développement ?
Nous inaugurons fin janvier notre présence nouvelle à Strasbourg et souhaitons poursuivre ce développement en régions, là où nous trouverons les talents que mérite notre clientèle. Nous sommes aussi en plein développement de notre société de gestion, Richelieu Gestion avec des recrutements de haut niveau qui vont en faire à nouveau une référence dans le marché.
Au total, au niveau du groupe Richelieu, nous nous sommes fixés de doubler nos encours d'ici à fin 2021, hors opportunité d'achat externe, car nous sommes en mesure d'adosser cette croissance à notre niveau actuel des fonds propres.