Banque privée

« Nous sortons renforcés de tous ces chocs »

Créé le

16.04.2013

-

Mis à jour le

24.04.2013

Un an après sa prise de fonctions à la tête d’UBS en France, Jean-Frédéric de Leusse fait le point sur la période bousculée que vient de traverser l’établissement, sur sa restructuration en cours et sur les perspectives d’évolution.

UBS a été récemment cité dans de nombreuses affaires : Madoff, perte de trading, Libor... Quelles sont les mesures prises chez UBS pour que ce type d’événement ne se reproduise plus ?

UBS, comme beaucoup d’autres groupes bancaires, a affronté au cours des six dernières années un certain nombre de chocs dus aussi bien à des affaires ou escroqueries venant d’individus isolés qu’à des problèmes de régulation ou liés à la crise économique. UBS a réagi vite et de manière forte pour adapter sa stratégie et son organisation en essayant de se projeter dans l’avenir. Ainsi, après l’accident de trading de Londres en septembre 2011, un choix d’évolution de stratégie clairement marqué a été fait, accentué à partir d’octobre 2012. S’en est suivi un travail de remise en ordre et de renforcement des procédures internes de contrôle, de conformité et de reporting.

Plus précisément, sur le territoire français, UBS France fait l’objet d’une enquête sur l’évasion fiscale : où en est-elle ?

La polémique a été créée par la publication d’un livre qui malheureusement a fait beaucoup d’amalgames, d’approximations, de contre-vérités à grand spectacle dirigées contre UBS. Aujourd’hui, la banque n’est pas partie à l’instruction. Nous n’avons pas accès au dossier. Nous collaborons pleinement avec la justice. Il est dans l’intérêt de la banque de clore cet épisode, c’est ma mission. Je tiens à rappeler qu’UBS France est une banque française et, à ce titre, elle applique la loi française et s’y conforme parfaitement.

Comment avez-vous redéployé votre activité ?

Comme je vous le disais, à la suite de la présentation par Sergio Ermotti de la nouvelle stratégie du groupe, UBS a réduit significativement les activités de banque d’investissement, en arrêtant le trading pour compte propre, ainsi qu’un certain nombre de produits jugés trop risqués ou trop consommateurs de fonds propres dans le cadre des nouvelles réglementations. Le deleveraging de la banque d’investissement d’UBS a ramené dans un premier temps ses actifs pondérés du risque à 220 milliards de francs suisses en septembre 2011, puis à 162 milliards à fin septembre 2012, date à laquelle ce mouvement s’est accéléré, avec l’objectif d’atteindre le seuil de 70 milliards à fin 2013. En parallèle, le groupe a annoncé une diminution significative des effectifs. Une partie de la banque a été sortie pour en faire une structure à part et la gérer en «  roll over [1] ». Le métier de banque d’investissement se rapproche du métier stratégique principal d’UBS, la banque privée. La banque d’investissement est désormais moins un métier en propre qu’un métier au service des grands clients de la banque privée. Ce mouvement stratégique majeur s’est accompagné d’un changement de management, avec l’arrivée de Sergio Ermotti et d’Axel Weber [2] . Nous nous concentrons désormais sur les activités liées aux clients qui concernent plutôt le haut de bilan – conseil, fusions/acquisitions, equity capital market, actions… – et sur le trading des produits souhaités par les clients – matières premières, devises… Cela conduit à une restructuration en cascade de la banque d’investissement par lignes métiers, puisque nous arrêtons certaines activités au sein de chacune d’elles.

Comment cette restructuration touche-t-elle UBS en France ?

Cette réorganisation est la transcription locale du plan stratégique annoncé fin octobre 2012. La restructuration touche uniquement UBS Securities, la branche banque d’investissement d’UBS en France, dont j’ai la responsabilité directe. La particularité de cette activité à Paris vient de ce que nous faisons uniquement du conseil et de la vente. L’activité en France du M&A a été diminuée fortement en 2012, après une année 2011 déjà difficile. À cela s’ajoute un nouveau cadre réglementaire devenu plus contraignant en matière d’exigences de fonds propres et de liquidité (Bâle III). Ces nouvelles règles obligent le groupe, comme toutes les banques, à repenser la gestion des activités ainsi que l’allocation et la rentabilité de nos fonds propres. Nous adaptons nos capacités à la nouvelle gamme de produits du groupe. Dans notre activité taux, nous réduisons notre exposition sur les produits complexes, consommateurs de ressources de bilan. Nous avons donc réduit de 22 postes nos effectifs opérant dans les activités de M&A et en salle de marché, mais nous restons bien présents sur l'ensemble des métiers actions, taux, et M&A, avec 50 personnes en front. Nous recentrons la banque d’investissement sur le cœur de notre franchise qui est l’activité actions, où nous avons en ce moment beaucoup de succès : nous sommes entrés dans le Top 3 du trading sur les actions européennes en France et numéro 1 sur les actions globales. De manière globale, nous réaffirmons la présence d’UBS en France sur les trois grands métiers que sont l’asset management, la banque privée et la banque d’investissement. Notre objectif est de faire travailler ces métiers ensemble de manière plus étroite.

Qu’en est-il du renforcement des dispositifs de contrôle interne ?

Sous le contrôle vigilant des régulateurs, le groupe déploie des dispositifs très stricts de contrôle et de reporting. Nous sortons renforcés de tous ces chocs. UBS apparaît à mes yeux comme une banque de l'« après-crise » : elle a opéré les choix stratégiques de redéploiement sur son cœur de métier, la banque privée, dans lequel elle est leader mondial. C’est une banque totalement internationalisée, systémique dans trois pays hors zone euro, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Suisse. Du fait des chocs qu’elle a subis, UBS a dû se placer au plus haut niveau en termes de normes de contrôle interne et de couverture des risques. C’est à présent une banque parmi les mieux capitalisées du monde, avec un niveau de fonds propres supérieur aux exigences des régulateurs. Le métier de la banque privée est peu consommateur de fonds propres, puisque l’activité de crédit n’est pas dominante, le business model étant beaucoup plus axé sur le service et le conseil. Même si la rentabilité dans la banque privée est plus difficile, c’est un métier qui nous permet d’espérer un Return on Equity élevé.

Quels sont vos objectifs en France en banque privée ?

UBS France dispose d’une équipe de banquiers performante et possède un très beau portefeuille de clients. C’est ce qui a « sauvé » cette maison, qui a été assez sévèrement secouée l’année dernière. UBS France est une institution relativement récente créée en green field en 1999. Du coup, nous gérons plus une clientèle d’entrepreneurs que les vieilles familles traditionnelles. Nous avons aussi une activité dédiée aux non-résidents du Moyen-Orient qui marche très bien.

Nous avons deux points forts supplémentaires : l’ingénierie patrimoniale, avec l’une des meilleures équipes de la Place, et une équipe de fusions/acquisitions mid caps très performante : elle a obtenu l’année passée une progression de 30 % de chiffre d’affaires, alors que le marché était globalement en baisse de 70 %. Notre équipe, qui est numéro trois sur le marché français, est un excellent moyen pour obtenir de nouveaux clients. Au cours des derniers mois, nous avons recruté neuf jeunes diplômés dans le cadre de notre programme de formation « Next Generation ».

Sur ces bases, notre fin d’année 2012 a été très bonne, en particulier parce que les besoins de conseil en ingénierie patrimoniale sont devenus prépondérants, ce qui constitue le cœur du métier de la banque privée, avec l’allocation d’actifs. Nous avons ainsi développé nos encours sous gestion pour atteindre 8,7 milliards d’euros. Nous constatons également une évolution positive sur deux types de produits, le crédit et les mandats de gestion, nos clients marquant leur retour vers des solutions de gestion active de portefeuille.

Quels sont les effets des réglementations concernant la commercialisation des produits financiers sur votre activité ?

Pour UBS France en particulier, nous avons renforcé le degré de sophistication de l’analyse du client pour se conformer aux obligations issues de la MIF. Cette évolution est très positive : elle nous permet de mieux comprendre les attentes de nos clients. Comme tous les établissements bancaires, la crise a conduit des clients d’UBS à perdre de l’argent ; nous avons eu à donner des explications. Il nous paraît sage aujourd’hui d’imposer aux banquiers d’avoir un degré élevé de discussion préalable avec les clients sur les risques et de s’assurer qu’ils ont été pleinement informés. Aujourd’hui, le processus MIF nous permet de nous assurer nous-mêmes et de démontrer que nous l’avons effectivement bien fait.

Que pensez-vous de l’environnement fiscal, à la fois avec la mise en œuvre de la TTF et les mesures de taxation du patrimoine annoncées dans la dernière loi de finances ?

Nous appliquons la taxe financière, une opération très bureaucratique à mettre en place ; il est encore un peu tôt pour en évaluer toutes les conséquences. Par ailleurs le rythme des réformes fiscales s’est accéléré, de 3 à 4 par an, ce qui est beaucoup. J’espère que cela va diminuer, car cela rend nos clients extrêmement nerveux. L’imprévisibilité absolue de la loi fiscale – outre son caractère pesant – est un défaut français majeur ; nous ne faisons plus du conseil fiscal aujourd’hui, mais de l’explication fiscale : nos clients n’arrivent plus à suivre. Pour recruter un client en banque privée, un des grands éléments différenciant va être non pas le rendement du portefeuille proposé, mais la qualité de l’information fiscale fournie.

 

1 Gestion en extinction. 2 Respectivement directeur général et président du Conseil d’administration d’UBS.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº760
Notes :
1 Gestion en extinction.
2 Respectivement directeur général et président du Conseil d’administration d’UBS.