PayFair est souvent présenté comme un projet low cost. Vous retrouvez-vous dans cette définition ?
C’était une des perceptions de PayFair tout au début, mais nous avons beaucoup évolué depuis. Tous les acteurs d’une chaîne de valeur doivent être bénéficiaires pour que cela fonctionne. Notre objectif est de faciliter l’accès aux moyens de paiement, afin d’accroître le marché, d’augmenter le gâteau avant de le partager. Pour cela, nous agissons selon trois axes : la hausse de la convivialité pour le consommateur, la réduction du coût d’accès au paiement pour le marché et l’amélioration de la sécurité. Concrètement, cela se traduit par la recherche de solutions pour équiper à moindre coût les commerçants en terminaux de paiement et pour rendre plus efficaces les processus monétiques des banques. Plutôt que low cost, nous sommes fair cost.
Votre modèle économique repose sur des « intra-parties POS fees ». En quoi diffèrent-elles des interchanges ?
Dans les systèmes existants, l’interchange est avant tout un accord entre l’acquéreur et l’émetteur. Dans la réalité, il s’agit souvent d’un accord entre banques puisque beaucoup d’entre elles sont actives comme émetteur et comme acquéreur, ce qui suscite des questions de la part des autorités de la concurrence. Une enquête de la Commission européenne a montré que l’interchange agit, pour le marchand, comme un seuil minimum du coût de la transaction, influençant directement le prix qu’il affiche. Notre choix est de privilégier un accord non plus entre émetteurs et acquéreurs, mais entre émetteurs et accepteurs, à savoir les marchands. Les flux financiers sont identiques : le marchand paie dans sa transaction l’interchange qui est reversé à l’émetteur. Le changement se situe au niveau juridique.
Quelles sont les conséquences de ce choix sur votre gouvernance ?
Le plus simple est que cet accord sur les fees soit pris de manière multilatérale, via un forum entre marchands et émetteurs, pays par pays. Y est décidé non seulement le niveau de l’interchange, mais aussi la croissance souhaitée des volumes, la réduction de la fraude... Nous avons élargi les points discutés car nous pensons que les gains d’efficacité peuvent se faire sur des sujets moins sensibles que celui de l’interchange. Nous nous positionnons en tant que « facilitateur » neutre dans ces négociations et nous nous assurons que l’accord bénéficie à toutes les parties.
Qui sont les actionnaires de PayFair ?
Il s’agit d’un fonds d’investissement privé hollandais, Janivo Holding, et des fondateurs. Nous n’avons pas de financement des acteurs du marché à ce stade. Cet aspect de neutralité est à la base de notre premier stade de développement afin de garder la priorité sur les besoins exprimés par les acteurs du marché en temps que clients et non en temps qu’actionnaires (voir l'encadré 1).
Vous avez prévu une subvention pour les émetteurs qui adoptent PayFair. Pourquoi ?
La mise en place de PayFair n’est pas plus coûteuse pour les banques que les systèmes équivalents qu’elles envisagent d’utiliser, bien au contraire. Certaines peuvent considérer qu’il s’agit malgré tout d’un investissement non négligeable qu’elles sont peu incitées à prendre en charge étant donné le contexte général actuel de réduction des coûts. Nous prêtons une grande attention à limiter autant que possible cet impact afin que le système soit attractif pour le consommateur, pour le marchand et pour la banque. Nous avons donc mis au point des propositions envers certains opérateurs qui comprennent une contribution financière à la mise à niveau d’infrastructures existantes pour y intégrer PayFair. Dans certains pays où les activités ont été fortement externalisées ou dans ceux où le système bancaire est fortement concentré, les besoins seront moins importants que dans d’autres. C’est notamment le cas pour le processing en France avec le réseau eRSB, en Hollande avec Equens ou en Italie avec SIA-SSB.
Quelle limite dans le temps avez-vous fixée pour cette aide ?
L’idée est d’aider les first movers en laissant la dynamique du marché opérer ensuite : les premiers acteurs de chaque marché en bénéficieront de manière systématique.
En octobre 2009, vous avez lancé des cartes PayFair sur le marché belge. Que s’est-il passé depuis ?
Nous avons effectivement lancé un pilote fin octobre 2009 via un programme de cobranding avec un acteur majeur de la grande distribution belge. Notre objectif pour 2010 est désormais d’accroître la couverture du marché belge en termes d’acceptation des cartes PayFair : plus de la moitié des terminaux de paiement des petits commerçants sera ainsi équipée d’ici la fin de l’année car il s’agit simplement de mettre à jour, via téléchargement, le logiciel de ces terminaux. Dans la grande distribution, nous avons reçu l’accord explicite des principaux acteurs, tels que Lidl, Makro, Carrefour, Ikea et beaucoup d’autres encore. Nous avons également annoncé, pour le dernier trimestre de l’année, un partenariat avec de nouveaux acteurs des
Et en dehors de la Belgique ?
Nous sommes en discussions avancées portant sur des contrats d’émission avec des banques d’Europe centrale et de l’Est pour un lancement en 2011. Elles pourraient ainsi être potentiellement les premières banques à émettre des cartes PayFair en Europe. Ces pays sont avides d’innovation et très ouverts à un nouvel entrant, n’ayant, la plupart du temps, pas de système cartes domestique en place. Ils sont aussi attirés par les produits Internet et mobiles que nous lançons.
Côté acquisition, les partenariats que nous avions annoncés sont étendus, avec Atos Wordline, CCV et Ingenico-Easycash, notamment. En France, où les sujets d’interchange sont tout particulièrement sensibles et où une Commission parlementaire présidée par le député Richard Mallié se penche d’ailleurs activement sur la question, nous avons le support des membres les plus importants de la
Quel est votre objectif de développement à plus long terme ?
Notre ambition est de nous positionner comme une alternative aux systèmes domestiques partout en Europe car ce sont les systèmes non européens qui tendent à s’imposer. Et cela risque de faire manquer à l’Europe un des objectifs majeurs que doit apporter SEPA : accroître la concurrence. Il y a en Europe une mobilisation des banques en faveur d’une telle alternative, notamment via le projet Monnet. À ce stade, il n’est pas encore indiqué par les banques participant à la réflexion Monnet quel sera le résultat concret de leur analyse, mais PayFair, qui est d’ores et déjà déployé sur le marché, est une réponse au besoin exprimé par les membres de Monnet. Nous ne nous voyons dès lors pas en concurrence, mais en complémentarité.
À combien chiffrez-vous l’économie pour les commerçants qui utilisent vos cartes ?
Nous avons procédé à une analyse sur le marché belge, qui a la spécificité d’être assez fermé : il n’y a ainsi qu’un seul acquéreur pour les cartes du système national, Bancontact-MisterCash. Même si les prix pratiqués sur le marché ont toujours été assez bas, ouvrir la chaîne de valeur peut générer des économies pour les commerçants, par exemple au niveau de l’acquisition du terminal et de l’installation de la ligne de télécommunication. PayFair permettrait ainsi une économie de deux millions d’euros par mois pour le marché belge, sachant qu’une moitié de la somme viendrait de l’utilisation de PayFair comme chèque repas électronique. Autrement dit, ce ne sont pas des économies qui se font sur le dos des banques.
Qu’en est-il de votre offre de paiement sur Internet et mobile ?
Nous travaillons sur des produits qui peuvent aider la marque PayFair à s’implanter sur un marché sans investissements lourds. C’est le cas de notre outil de paiement sur Internet. Lorsqu’un consommateur souhaite payer sur Internet avec la solution PayFair, il n’a qu’à entrer son numéro de mobile avec un code PIN qu’il a communiqué de manière sécurisée au préalable et une fois pour toutes à sa banque. Le système va alors lui demander une seconde authentification en envoyant sur son ordinateur un son qui devra être reconnu par le mobile. Avec ce système, il n’y a plus de fraude massive possible et il s’agit dès lors pour les banques d’une sérieuse économie potentielle par rapport aux coûts actuels liés à la fraude. Pour le consommateur, il s’agit d’une réelle amélioration puisque l’opération prend à peine quelques secondes et ne nécessite plus de devoir – à chaque transaction – introduire ses données financières sensibles sur le net. Pour le marchand, enfin, c’est également une amélioration bienvenue car réduisant d’abord sensiblement le nombre d’interruptions de vente via internet (lesquels se produisent essentiellement au moment du paiement), par un coût de transaction bien plus intéressant ensuite, et enfin par une garantie de paiement obtenue sans complications pour l’utilisateur.
Nous avons étendu cette solution au paiement via mobiles : le marchand dispose d’un téléphone en guise de TPE, le consommateur y entre son numéro de mobile et son code PIN (une solution sans contact sera prête d’ici peu) et son téléphone authentifie le son émis par celui du commerçant. On peut également utiliser cette solution sur les DAB, où ont lieu un grand nombre de cas de fraude.
En quoi cette offre est-elle un produit d’appel pour la carte ?
Pour les banquiers, un tel produit est beaucoup moins risqué que d’aller expliquer au consommateur qu’il doit changer de carte, lui qui n’a pas conscience des différences entre les systèmes. Pourquoi prendrait-il telle carte EMV plutôt qu’une autre ? Commencer par un produit comme le paiement sur Internet permet à la marque PayFair d’exister et la rend sympathique : la convivialité d’utilisation est optimale pour le consommateur, tout en garantissant la sécurité. La banque offre ainsi à son client une vraie valeur ajoutée, et perçue comme telle. Par ailleurs, les processus sur lesquels s’appuie le paiement en ligne sont les mêmes que pour les cartes : leur déploiement est donc rendu très facile techniquement pour les banques. Ce n’est plus qu’un problème de marketing. Et pour peu que le réseau d’acceptation soit suffisamment développé, ce qui est en train de se mettre en place, les banques pourront vraiment considérer l’émission une carte PayFair plutôt qu’une autre au moment du renouvellement de leur portefeuille. L’idée, là encore, est de limiter au maximum les investissements nécessaires pour l’adoption de nos cartes.
Quand cet outil sera-t-il sur le marché ?
Nous allons lancer un pilote avant fin 2010 sur le marché belge et un déploiement complet est également prévu plus tard avec le développement de notre offre en Europe centrale et de l’Est.
Une marque, deux sociétés
PayFair est organisé autour de deux sociétés :
- l’une basée en Suisse, qui est responsable de la marque auprès des émetteurs et des acquéreurs et qui gère les « Rules and Regulation » ;
- l’autre basée en Belgique, qui est en charge de la partie technique, du processing.
Cette organisation répond aux exigences fixées par SEPA qui veut que le scheme (la marque) soit séparé du processing, selon le principe de l’unbundling (dégroupage). Chaque acteur doit pouvoir utiliser les services de l’un sans avoir obligatoirement recours à l’autre. PayFair compte une dizaine de salariés et une cinquantaine en ajoutant les prestataires. Ceux-ci interviennent principalement au niveau du développement et de l’infrastructure pour le fonctionnement quotidien.
4 ans d’existence
2007 : lancement de l’idée et élaboration du business plan
2008 : levée des fonds et formalisation des accords techniques
Octobre 2009 : premier pilote sur le marché belge