Le sujet de la protection des épargnants, qui fait partie des missions de l’AMF, suppose une vulnérabilité de ces particuliers, laquelle s’expliquerait notamment par leur manque de culture financière. Que faire pour améliorer cette situation ?
En 2011, nous avons publié une étude sur l’éducation financière des Français avec le Crédoc et La Finance pour tous. Cette étude a permis de faire ressortir deux chiffres assez parlants et qui montrent à eux seuls la nécessité d’améliorer la culture financière dans notre pays.
Tout d'abord, 80 % des Français ont un sentiment d’incompétence dans le domaine des placements financiers, mais une réelle envie de perfectionner leur connaissance. D’une manière générale, ces personnes font confiance à leurs conseillers financiers, même lorsqu’elles ne comprennent pas ce que la banque leur propose. Ensuite, un quart de la population pense qu’un produit financier peut procurer un rendement élevé sans prise de risque. Ces épargnants constituent des proies faciles pour des intervenants peu sourcilleux, voire des escrocs agissant par exemple sur Internet. Dans les deux cas, l’amélioration du niveau de connaissance financière s’avère primordiale. Face à ce constat et afin de remplir pleinement notre mission de protection des épargnants, nous avons mis en place toute une série d’initiatives. Nous sommes ainsi partenaires de l’
Parmi les nouveautés de notre futur site Internet, nous allons offrir un calculateur qui permettra au visiteur de visualiser le montant des frais qui pèse sur son épargne.
Certaines banques, comme BNP Paribas, mènent des initiatives dans le domaine de l’éducation financière ; ne craignez-vous pas que les établissements délivrent une information biaisée par leur intérêt commercial ?
Du point de vue de l’AMF, toute initiative en vue d’améliorer la connaissance financière et la bonne compréhension des risques et avantages liés à un investissement ne peut être qu’encouragée. Bien sûr, nous serons en permanence attentifs à tout risque de dérive.
Menez-vous des actions spécifiques pour protéger la population la plus vulnérable ?
Nous sommes particulièrement vigilants sur cette problématique. En effet, ces épargnants subissent de nombreuses incitations les invitant à investir sur le Forex et les
C’est pourquoi l’AMF conduit une double action. La première vise à dénoncer les intervenants non autorisés sur ces marchés en publiant une liste de noms. La deuxième consiste à mettre des points de vigilance sur des offres autorisées, mais dont les pratiques commerciales sont plus que « limites ». Outre les contrôles que l’AMF mène et qui peuvent aboutir à des sanctions, nous avons établi une étroite collaboration avec la
Au-delà de ces cas précis, quelle est votre action en matière de publicité ?
Nous avons vérifié 3 435 publicités en 2011, ce chiffre incluant les bannières Internet. Nous intervenons a posteriori. Cela nous permet d’identifier les publicités qui ne respectent pas le principe d’une présentation équilibrée des risques et avantages. Nous pouvons être conduits à intervenir afin de faire rectifier le discours commercial conformément à la réglementation en vigueur. Cette surveillance nous permet aussi d’identifier l’évolution des thèmes de communication des banques. Par exemple, la promotion de l’assurance vie a laissé place, début 2012, aux produits d’épargne bancaire comme les livrets et les comptes à terme.
Que pensez-vous des banques dont les publicités mettent en avant le fait que leurs conseillers financiers ne reçoivent pas d’incitation à vendre un produit plutôt qu’un autre ?
Ces publicités ne me posent pas de problèmes en tant que telles, sous réserve qu’elles soient sincères.
Certains représentants des épargnants trouvent que le DICI est difficile à comprendre…
Le document d’information clé est une avancée majeure pour les épargnants. C’est un bon compromis entre la technicité et la pédagogie. En deux à trois pages construites sur un modèle standardisé au plan européen, il permet à l’investisseur de connaître les principales caractéristiques d’un OPCVM. Ce document facilite aussi la comparabilité entre différents produits. Afin d’aider les épargnants dans la bonne compréhension de ce document, l’AMF a édité à leur attention un guide pédagogique sur le DICI.
Certains banquiers estiment que, parfois, les modifications de l’AMF sur leur documentation commerciale rendent le texte plus technique et donc moins facilement compréhensible par le grand public…
L’AMF est très attachée à la clarté de l’information mise à la disposition de l’investisseur, je suis donc très étonnée par ce retour d’expérience.
Les banques estiment que le questionnaire MIF n’est pas fiable, car certains clients craignent d’avouer leur ignorance en matière financière ou n’osent pas révéler qu’une partie de leur épargne est placée dans une autre banque ; que pensez-vous de ce biais ?
La réglementation destinée à protéger les épargnants impose aux banques de connaître leurs clients. Depuis 2007, la directive
Les épargnants semblent avoir été poussés par les banques (via la publicité ou les conseillers) à placer leur patrimoine sur des produits d’épargne bilancielle plutôt que sur l’assurance vie. Ces incitations n’ont-elles pas été inspirées par l’intérêt de la banque ?
Il y a certainement eu une modification de la politique commerciale des banques en faveur des produits bilantiels, mais cette évolution a très bien pu correspondre à l’aspiration des épargnants, influencés notamment par le contexte économique incertain.