De votre point de vue d’éditeur, où en est la migration ETEBAC ?
Les moyennes ou grandes entreprises ont démarré leur projet de migration, qu’il s’agisse de la partie protocole ou la partie SEPA, même si les échéances SEPA sont plus lointaines, à horizon 2013 et 2014. Ainsi, plus de 50 % de notre parc de grandes entreprises ont mis à jour leur logiciel de communication bancaire et paramétré au moins la moitié des banques de leur pool. Leur plate-forme a été testée et des flux réels circulent déjà dans leur nouveau protocole.
En revanche, les petites et moyennes entreprises sont très en retard : elles représentent près de 75 % de nos clients, mais 20 % d’entre elles seulement ont installé les nouvelles versions.
Comment votre société s’est-elle préparée à cette échéance ?
Les versions EBICS T sont sorties en 2009, compatibles avec les formats SEPA, SCT et SDD. Les versions EBICS TS sont sorties en octobre 2010, car elles n’ont pu être testées qu’une fois les premières banques opérationnelles sur ce protocole.
Compte tenu de la volumétrie que nous gérons, nous avons renforcé nos équipes en assistance technique téléphonique et en R&D pour que ces mises à jour soient les plus automatiques et simples possible. Nos produits comprennent des outils quasi industriels, destinés à automatiser la reprise des données et des paramètres. Ainsi, pour des PME/PMI, ce changement de protocole peut se faire sur une durée variant de deux heures à une journée, éventuellement par téléphone : le client reçoit la nouvelle version et nous l’aidons à faire le paramétrage de ses deux premières banques. Pour les grandes entreprises qui passent d’ETEBAC 5 à EBICS TS ou Swiftnet, la migration peut nécessiter une dizaine de jours. Mais il faut évidemment au préalable que les nouveaux contrats bancaires aient été établis.
Enfin, certaines grandes entreprises en profitent aussi pour effectuer leurs premiers flux au format SEPA. Ces projets sont plus vastes et interfèrent avec le système de gestion commerciale, de gestion des fournisseurs, sur la paye, les ERP… Par exemple pour les grands opérateurs téléphoniques, les assureurs, les sociétés productrices d’énergie, qui gèrent chaque mois des millions de prélèvements, le passage au SDD implique une gestion du mandat différente sur le plan juridique, quand il ne s’agit pas de mettre en place des e-mandats avec des signatures électroniques. Les projets peuvent alors s’étaler sur des durées de 6 à 9 mois. Mais les chantiers sont engagés.
Pourquoi les PME/PMI ne se mobilisent-elles pas ?
Les grandes entreprises voient dans la partie SEPA un retour sur investissement sous forme de des gains de productivité : entre autres, une plate-forme unique multi-pays au lieu de comptes locaux, l’intégration dans les SCT des numéros de factures réglées qui permet de faire des rapprochements automatiques. En revanche, bon nombre de PMI/PME franco-françaises ne voient pas d’avantages à SEPA et la partie changement de protocole n’est qu’une contrainte technique.
Quel est le risque de ce retard ?
Si 20 % seulement de nos 40 000 clients PME ont migré, cela veut dire qu’il en reste plus de 30 000 qui doivent mener cette démarche. Si tous s’y prennent en septembre, même en doublant les équipes, en les formant à travailler encore plus rapidement, nous n’y arriverons pas !
Certains dirigeants pensent que ce réseau X25 sera toujours opérationnel après le 30 septembre 2011…
Le réseau X25 s’appuie sur une technologie vieille de plus de 40 ans. Alcatel, Siemens… qui ont été les fabricants de ces réseaux, ne fournissent plus de pièces détachées pour les centraux téléphoniques ou les répartiteurs. Orange a suffisamment de pièces en stocks compte tenu du taux de panne estimé et sait assurer la maintenance jusqu’à une certaine date. Mais au-delà, compte tenu de l’usure de ce réseau, le risque est d’être confronté à des pannes fréquentes. Or le réseau X25 n’est pas comme le réseau IP d’internet sur lequel fonctionne EBICS, qui peut contourner d’éventuels tronçons en panne et passer par ailleurs. X25 est un maillage avec des concentrateurs : si l’un d’entre eux tombe en panne, tous ceux qui y sont connectés ne peuvent plus rien faire et n’ont pas les moyens automatiquement de se connecter sur un autre concentrateur. Ainsi le risque pris par les entreprises est de ne pas pouvoir payer leurs salariés, leurs fournisseurs… et de ne pas récupérer leur relevé de compte.
Certes, ils ont toujours la possibilité d’aller sur le portail Internet de leurs banques, mais ils n’en auront pas l’habitude et il leur faudra découpler un certain nombre de tâches à réaliser manuellement. La probabilité que leur paye prenne deux jours de retard n’est pas négligeable ! Cela peut fonctionner en dépannage mais ce n’est pas une solution à terme.
Le retard pris par les banques sur EBICS TS explique-t-il aussi l’attentisme des entreprises ?
En effet, seul un nombre limité de banques ont à l’heure actuelle un serveur EBICS TS en production. Elles devaient être prêtes au mois d’octobre, mais certaines annoncent qu’elles ne le seront qu’en juin.
Sur le plan technique, cela ne semble pas poser de problèmes de migration pour les entreprises directement concernées. Sur les 90 000 sociétés qui ont migré ou doivent le faire, seules 5 000 avaient ETEBAC 5, c'est-à-dire avec la signature électronique incluse, qui devrait être relayé par EBICS TS. Ce sont plutôt de grandes entreprises qui pour la plupart ont pu entamer leur migration car les produits que nous avons livrés permettent d’avoir la coexistence d’ETEBAC 5 et EBICS TS. Pour le moment, ils utilisent EBICS T pour obtenir leurs relevés de compte mais continuent à faire leur signature sur ETEBAC 5.
En revanche, un nombre non négligeable de PME/PMI avaient l’intention de passer sous ETEBAC 5 mais elles ont suspendu ce projet pour attendre le changement de protocole. Dans nos analyses, 10 à 15 % des sociétés qui utilisent aujourd’hui ETEBAC 3 passeraient sous EBICS TS… quand il sera prêt.
Et paradoxalement, cela donne aux PME/PMI a priori plus centrées sur les versions EBICS T une bonne raison d’attendre : si les banques sont en retard, pensent-elles, elles auront les moyens d’agir auprès d’Orange pour que ce dernier accorde un délai de grâce. Mais il ne s’agit pas seulement d’un problème commercial : les pièces détachées deviennent introuvables et sur Ebay,·elles atteignent des prix défiant toute concurrence : les cartes-mères X25 d’occasion coûtent 50 % plus cher que le prix d’une carte neuve il y a deux ans !
Quelles recommandations faire aux PME ?
Il ne faut pas attendre le dernier moment. Certaines entreprises veulent faire le changement de protocole et la migration SEPA en même temps : elles n’ont aujourd’hui plus le temps ; il faut d’abord changer le protocole.
Les protocoles EBICS ou Swiftnet transportent sans problème et en toute sécurité les anciens formats CFONB et les nouveaux formats SEPA. Passer à SEPA ne nécessitera donc pas de revenir sur la question du protocole.
Quels avantages faire valoir de ce changement de protocole ?
Il faut être honnête, ce n’est qu’une contrainte technique en particulier pour les PME-PMI. C’est plutôt avec la partie SEPA qu’elles pourront avoir un retour sur cet investissement…