Quel constat faites-vous sur votre activité au cours des neuf premiers mois de l’année 2011 ?
Nous avons eu un premier semestre plutôt bon par rapport à nos prévisions. Le marché immobilier de la région parisienne a été dynamique. Notre production de crédits a été en forte progression au premier semestre, surtout pour l’immobilier résidentiel, à un moindre titre pour les entreprises et les professionnels. Elle approchait 3 milliards d’euros en tendance annuelle, ce qui constitue un apport non négligeable à l’économie locale, sachant en comparaison que le budget de la région Île-de-France s’élève à 4,7 milliards.
Cela correspond bien à notre statut, revendiqué, de banque régionale et de banque coopérative. Banque régionale car l’argent que nous collectons est reprêté en circuit court dans la région et pas ailleurs. Nous exerçons tous les métiers de la banque commerciale, mais rien que ces métiers : nous ne faisons pas de BFI ni de gestion d’actifs (Natixis est là pour nous y aider) et n’avons pas de salle de marché. Banque coopérative également : deux tiers de nos clients sont aussi sociétaires. Cela représente environ 400 000 sociétaires pour un total de 600 000 clients. Ils nous sont précieux et fidèles. En effet, même lors des crises passées, ils ont continué à souscrire des parts sociales et aujourd’hui une banque comme Rives de Paris affiche un ratio tier 1 de 13 %. Ce n’est pas désagréable par les temps qui courent.
Qu’en est-il de la fin d’année et des perspectives 2012 ?
Concernant l’immobilier, les notaires publiaient des records en termes de prix moyen du mètre carré dans Paris, de 8 300 euros vers la fin du premier semestre. En outre, la fin de la loi Scellier est annoncée. L’environnement n’encourage pas les particuliers à investir. Ainsi, sur les crédits immobiliers, s’il n’y a pas de cassure du marché, nous observons un plafonnement plutôt logique de l’activité.
Sur les entreprises et les professionnels, nos clients ne sont pas si catastrophistes quand nous les interrogeons. Ils estiment que leur activité se maintient, même s’ils sont de plus en plus attentistes dans leurs propres projets et ont tendance à décaler des décisions d’investissement. Par exemple, nous avons passé un protocole avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI) portant sur une enveloppe de plusieurs dizaines de millions d’euros, de prêts d’équipement à 3,25 % sur 5 ans. Celle-ci n’est pas épuisée à l’heure actuelle. Avec le traditionnel attentisme préélectoral, l’activité va connaître au mieux un « plateau » entre mi-2011 et mi-2012. Après, les choses se seront décantées et nous aurons sans doute un peu plus de visibilité.
Avez-vous des craintes concernant les intentions annoncées par certains hommes politiques à propos des banques, concernant une « mise sous tutelle » ou leur « obéissance » ?
Rappelons seulement que lorsque le Crédit Lyonnais s’est trouvé en difficulté, il était nationalisé. Dexia, autant que je sache, avait des représentants de l’État à son Conseil d’administration. Il faut responsabiliser les banques et que les éventuels excès soient punis, mais l’État n’est pas forcément le mieux placé pour opérer une bonne gestion.
En revanche, il peut avoir des initiatives bienvenues, comme celles prises avec Oséo, qui est intervenu pour solvabiliser certaines demandes de crédit un peu tendues. En agissant en partenariat avec les banques et pas en opposition, il peut constituer un effet de levier très important pour le financement de l’économie.
Quelles sont les conséquences pour votre établissement des nouvelles réglementations, notamment Bâle III ?
Bâle III porte sur la solvabilité mais aussi sur les ratios de liquidité. Les établissements qui, contrairement aux Caisses d’épargne et aux Banques populaires, n’ont pas de base de dépôts de clientèle importants, sont plus concernés par cette réforme.
À l’heure actuelle, les dépôts de Banque Populaire Rives de Paris progressent entre 10,5 et 11 % par an, donc plus vite que nos crédits qui augmentent de 6 %. C’est un équilibre très précieux que nous allons essayer de préserver l’an prochain. Aujourd’hui, notre banque possède dans son bilan 9,5 milliards de dépôts et pas loin de 11 milliards de crédits. Nous sommes donc quand même un peu dépendants des marchés, mais pas pour la totalité de la différence car, fort heureusement, nous avons un fond de roulement, c’est-à-dire un excédent de fonds propres sur nos immobilisations qui nous permet d’en financer une partie.
Une autre conséquence de Bâle III est de limiter le phénomène de transformation qui est tout de même à la base des métiers de banquier : acheter de la « ressource court-terme », en principe moins chère que la ressource longue, et consentir du crédit long. Avec Bâle III, pour éviter les risques systémiques, les banques vont devoir mieux adosser leurs crédits à leurs ressources. Un grand danger serait d’aller trop loin dans ce sens. D’une part, cela renchérirait le crédit et, d’autre part, le marché est incapable de fournir à foison des ressources longues, d’autant qu’une grande partie de ces dernières est accaparée par la dette des États. Les banquiers essaient de faire valoir leur point de vue à ce sujet auprès du Comité de Bâle et à Bruxelles : il faut, en l’encadrant bien sûr, maintenir un niveau de transformation, car sinon la rareté et le prix du crédit vont entraver nos économies.
Que répondez-vous aux chefs d’entreprise qui disent en effet craindre une restriction de l’accès au crédit ?
Nous n’en sommes pas là ! Le président de BNP Paribas a affirmé lors de la présentation des résultats de son groupe que « les bons projets trouvent une réponse ». C’est une excellente formulation !
Nous sommes dans une période de basses eaux en termes de risques, ce qui n’a pas toujours été le cas : il y a 2 ou 3 ans, beaucoup de contentieux ont été enregistrés. Aujourd’hui, la santé des entreprises est suffisante pour que les ratios de contentieux soient très modestes. Les banques sont prêtes à prendre des risques, c’est d’ailleurs leur métier. Autre indicateur objectif : le nombre de dossiers du médiateur. Après un pic, celui-ci s’est considérablement réduit depuis 2 ans. Cette décrue montre qu’il n’y a à l’heure actuelle pas de problème réel de réponse apportée par les banques. En fait, la demande reste modeste : reprenons l’exemple cité précédemment de notre enveloppe de prêts BEI à 3,5 %, qui ne trouve pas preneur…
Les entreprises ont aujourd’hui le souci de diversifier leurs sources de financement avec de nouvelles tentatives pour mutualiser leurs interventions sur les marchés obligataires. Que pensez-vous de ces initiatives ?
La structure de financement de l’économie reste très différente de part et d’autre de l’Atlantique : 2/3 via les marchés et 1/3 par l’intermédiation bancaire aux États-Unis, l’inverse en France. L’idée que vous développez est séduisante, mais il ne faut pas oublier que les PME paient aujourd’hui leur crédit moins cher qu’en empruntant sur les marchés. Globalement, sur une ligne de financement court terme, le trésorier d’une grande entreprise, paiera sur les marchés l’euribor 3 mois +1,5 %. Or beaucoup de PME refuseraient un taux euribor 3 mois +0,60 %. Il ne faut pas se faire d’illusions : si elles vont sur les marchés, cela leur coûtera plus cher qu’aujourd’hui. La vérité, que tout le monde ne veut pas entendre, c’est que les marges sur les marchés de crédit en France, qu’il s’agisse de l’immobilier ou des entreprises, sont plus basses qu’ailleurs.
La crise a-t-elle changé les relations avec vos clients ?
Paradoxalement, je pense que la santé des entreprises est bien meilleure qu’il y a 10 ans, sur une tendance longue. Elles sont mieux gérées, plus structurées. Les banquiers, de leur côté, ont aussi des dossiers beaucoup mieux tenus, nous sommes dans une approche moins empirique et plus professionnelle des risques. Nous avons, croyez-moi, de très bons collaborateurs dans les banques. On ne le mentionne pas assez, mais le secteur bancaire français compte 400 000 emplois, plus que dans la construction automobile, bien qualifiés qui plus est. C’est un secteur qui a recommencé à embaucher.
Les banques bénéficient malheureusement de « campagnes de publicité » gratuites où les médias expliquent que nous sommes tous des méchants. Heureusement, dans la vraie vie, les Français déclarent aimer leur agence et leur conseiller.
Constatez-vous une augmentation des incivilités dans le réseau dû au contexte de crise ?
Il est certain que les incivilités, que nous recensons depuis l’accord AFB de décembre 2006, existent dans les agences. Mais il faut reconnaître qu’à l’heure actuelle, certains amalgames de communication, émanant de milieux divers poussent un peu à la roue… Pour apprendre à faire face à ce phénomène, bon nombre de nos conseillers d’accueil sont formés à l’université du groupe Accor, avec laquelle nous avons un partenariat.
Les banques cherchent aujourd’hui à réintégrer dans leur bilan des ressources telles que celles investies en assurance vie ; est-ce aussi votre préoccupation ?
J’ai déjà mentionné que nous avons 9,5 milliards de ressources. En fait, si nous étions une banque allemande, soumise à la même réglementation bâloise, nous aurions à peu près 14 milliards de dépôts à notre bilan. Pourquoi ce miracle ? Tout simplement parce qu'en Allemagne, il n’existe pas comme en France de produits fiscaux comme l’assurance vie, le PEA, les livrets réglementés, qui sortent des bilans des banques. En France, la quasi-totalité des produits avec avantage fiscal est aujourd’hui collectée par les banques, pour sortir ensuite de leur bilan.
Nous sommes pourtant capables de faire des prêts sociaux nous-mêmes, avec des règles fixées par les pouvoirs publics. Le PTZ (prêt à taux zéro) représente aujourd’hui de l’ordre de 20 % de notre production de crédit. C’est à mon avis un vrai thème de réflexion après les élections présidentielles, quel que soit le gouvernement.
La réglementation Bâle III ne sera pas différente des deux côtés du Rhin. Il faut faire en sorte que les banques françaises se situent dans un environnement où elles ne soient pas désavantagées par rapport aux autres banques européennes.
Avez-vous créé, comme d’autres établissements, des produits spécifiques destinés à rapatrier des ressources dans votre bilan ?
Nous avons créé un compte à terme, Riv'Épargne Horizon, qui peut aller jusqu’à 10 ans et dont il est possible de sortir à tout moment. Bien sûr, plus le temps passe, plus le rendement s’accroît. Il est à 1 % à la fin de la première année mais franchit les 5 % à partir de 5 ou 6 ans ; donc il rapporte actuellement toujours plus qu’une Sicav monétaire, sans droit d’entrée. En un an, ce produit a totalisé 1,3 milliard de collecte.
En outre, nous commençons à bien diffuser un compte à terme sur 3 ans, Riv’Action Garantie, dont le rendement est indexé sur l’indice SBF 120. Si l’indice a progressé au cours d’une année, quelle que soit cette augmentation, le rendement de l’année est de 4,25 %. Si l’indice a stagné ou diminué, non seulement le capital est garanti, mais nous versons un intérêt de 1 %. Les clients regardent ce type de produit avec intérêt : ils bénéficient de la signature de la banque, pas de droit d’entrée, ni de frais de conservation et sont assurés d’avoir mieux qu’un placement monétaire. Nous avons intérêt à faire preuve de créativité pour être capables de collecter de la ressource, si possible considérée comme stable dans les nouveaux ratios de Bâle III (LCR et NSFR).
Que pensez-vous des propositions du projet Volcker aux USA et du rapport Vickers en Grande-Bretagne, lesquels prônent une séparation des activités de banques de dépôt et de banque d’investissement ?
Plutôt que des cloisonnements juridiques, tels qu’envisagés dans le rapport Vickers (Lehmann Brothers était une pure BFI, Northern Rocks une pure banque, cela ne les a pas empêchés de faire défaut), nous préférons le projet Volcker. Nous trouvons logique de proscrire les activités pour compte propre pour les banques commerciales, en leur demandant de traiter uniquement les besoins de leurs clients, grands ou petits (par exemple pour structurer un produit comme Riv’Action Garantie).
Cette séparation peut-elle être bénéfique ?
C’est un avis personnel qui n’engage que moi, mais je pense que oui. Les circuits sont parfois trop poreux. Les banques centrales ont fait leur travail en assurant la liquidité du système. Mais la pomme de l’arrosoir est un peu large ; elle arrose indistinctement toutes les catégories d’activité. Or il peut arriver que certaines banques utilisent cette liquidité abondante pour développer des activités d’arbitrage, plutôt que financer l’économie. Mais c’est une conviction personnelle.